À la une
Procession armée de la Ligue catholique traversant Paris, moines et bourgeois en armes défilant en cortège devant les maisons de la place de Grève

Ce que Paris fête, le camp le pleure : la nouvelle de la mort du roi jette la ville ligueuse dans la liesse

Anonyme, « Procession de la Ligue sur la place de Grève » (vers 1590), musée Carnavalet, Paris — domaine public (Wikimedia Commons).

Depuis le camp, nous recueillons avec deux jours de retard les nouvelles de Paris. La ville assiégée y a appris dès le 2 la mort du roi ; elle s'y est livrée, dit-on, à une allégresse sans mesure. Feux de joie, cloches, processions : on y célèbre comme un bienfait ce qu'ici l'on pleure comme un régicide.

Nicolas Bréban 4 août 1589 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

État des informations

Cette édition rapporte la liesse de Paris ligueur et les débats qu’elle soulève sans les épouser ; les accusations lancées sur les commanditaires sont données comme rumeurs, jamais comme faits.

Ce que l’on sait

  • La nouvelle de la mort du roi a gagné Paris dès le 2 août ; la ville ligueuse l’a accueillie par des manifestations de joie.
  • Les prédicateurs de la Ligue exaltent publiquement le geste et la personne de Jacques Clément ; le camp royal, lui, pleure un roi assassiné.
  • Les nouvelles des provinces et de l’étranger ne parviennent encore qu’au compte-gouttes.

Ce que l’on ignore

  • On ignore quelles villes reconnaîtront l’héritier désigné et comment les cours étrangères réagiront à la mort du roi.
  • La portée politique et la durée de la liesse parisienne restent indéterminées.

Le contexte

Depuis 1562, le royaume est déchiré par intermittence entre catholiques et réformés ; la Ligue, parti catholique intransigeant, tient Paris et plusieurs grandes villes.

En décembre 1588, à Blois, le roi a fait mettre à mort le duc Henri de Guise et son frère le cardinal, chefs de la Ligue ; la Sorbonne a ensuite prétendu délier les sujets de leur serment de fidélité, et Paris s’est soulevée contre son roi.

Au printemps 1589, au Plessis-lès-Tours, Henri III s’est réconcilié avec Henri de Navarre, son héritier désigné et chef du parti protestant ; les deux armées marchent ensemble sur Paris.

En juillet 1589, l’armée conjointe a pris Pithiviers, Étampes puis Pontoise et campe aux portes de la capitale (Saint-Cloud au nord, Meudon au sud) ; l’assaut général est fixé au petit matin du 2 août.

Carte de la journée

  • Camp royal de Saint-Cloud · France

    Camp de l’armée royale, au nord-ouest de Paris, où loge Henri III pendant le siège de la capitale. C’est là que le roi est frappé le 1er août 1589, à la veille de l’assaut prévu.

  • Paris (ville ligueuse, assiégée) · France

    Capitale tenue par la Ligue et assiégée par les armées du roi et du roi de Navarre. Ville fermée d’où le moine est parti et où la mort du roi sera accueillie par la liesse.

  • Couvent des Jacobins de Paris · France

    Couvent dominicain de Paris où vivait Jacques Clément avant de gagner le camp royal.

  • Serbonnes, près de Sens · France

    Pays d’origine de Jacques Clément, où il aurait pris l’habit de l’ordre de Saint-Dominique.

Analyse

Analyse

Provinces, cours étrangères : ce que l’on ignore encore de l’accueil fait à la nouvelle

Trois jours après la mort du roi, la nouvelle n'a pas fini de se répandre dans le royaume, et n'a pas même commencé, pour la plupart, à franchir les frontières. Un pays coupé par la guerre, des courriers qui doivent contourner les villes tenues par la Ligue, des cours étrangères qui n'ont peut-être pas encore appris la chose : ce que Rome, Madrid, Londres ou les princes d'Allemagne en penseront demeure, à cette heure, une question sans réponse.

4 août 15895 min

Opinion

Les acteurs du moment

Royauté

Henri III

Roi de France, dernier des Valois

Roi de France depuis 1574, chassé de Paris par la Ligue en mai 1588. Réconcilié avec Henri de Navarre au printemps 1589, il assiège sa capitale depuis Saint-Cloud lorsqu’un moine le frappe le 1er août.

Indéterminé

Jacques Clément

Religieux jacobin venu de Paris

Jeune religieux dominicain (« jacobin »), originaire de Serbonnes, près de Sens, du couvent des Jacobins de Paris. Exalté contre l’hérésie, il gagne le camp royal et frappe le roi ; abattu sur-le-champ, il ne pourra être interrogé.

Indéterminé

Henri de Navarre

Roi de Navarre, héritier désigné, chef protestant

Roi de Navarre et premier prince du sang, chef du parti réformé, réconcilié avec Henri III au Plessis-lès-Tours en avril 1589. Le roi mourant le désigne pour successeur ; excommunié, il n’est reconnu ni par la Ligue ni par une part du royaume.

Royauté

Jacques de La Guesle

Procureur général

Procureur général qui, ajoutant foi à la qualité et à la lettre dont se réclamait le moine, l’a présenté et introduit auprès du roi.

Royauté

Achille de Harlay

Premier président du Parlement de Paris

Premier président du Parlement, retenu prisonnier des ligueurs dans Paris. C’est une lettre présentée comme venant de lui qui a servi au moine à obtenir audience.

Indéterminé

Catherine de Guise, duchesse de Montpensier

Sœur des princes de Guise tués à Blois

Sœur du duc et du cardinal de Guise mis à mort à Blois en décembre 1588. La rumeur parisienne lui prête d’avoir mené la joie de la ville, voire d’avoir eu part au dessein du moine ; rien ne l’établit.

Sources historiques utilisées

secondary

Assassinat d’Henri III — Wikipédia

Déroulé du 1er-2 août 1589 : introduction du moine par La Guesle sous couvert d’une lettre de Harlay, coup au bas-ventre, mise à mort de l’assassin, agonie, désignation d’Henri de Navarre, mort du roi. Commanditaires présentés comme non établis.

secondary

Jacques Clément — Wikipédia

Biographie du religieux jacobin : origine (Serbonnes, près de Sens), couvent, surnom « capitaine Clément », geste et mort immédiate. L’assassin tué sur place n’a pu être interrogé.

secondary

Siège de Paris (1589) — Wikipédia

Déroulé du siège de juillet-août 1589 : prises de Pithiviers, Étampes et Pontoise, camps de Saint-Cloud et Meudon, assaut général prévu le 2 août.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait la crise de Saint-Cloud au jour le jour, du 1er au 4 août 1589, sans rien préjuger de qui a armé le moine ni de la suite : la succession d’un prince hérétique reste une question ouverte, les soupçons sont donnés comme rumeurs, les termes médicaux sont ceux du temps.