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Portrait d’Henri III, roi de France, en costume de cour, vers 1580

Le roi est mort cette nuit à Saint-Cloud

François Quesnel, « Portrait d’Henri III (1551-1589), roi de France » (vers 1580), musée Carnavalet, Paris — domaine public (Wikimedia Commons).

Contre l'espoir d'hier, la blessure du roi s'est envenimée dans la journée et la nuit. Henri III s'est éteint vers deux ou trois heures du matin, sans enfant de son sang. Se sachant perdu, il a fait venir le roi de Navarre et enjoint aux seigneurs présents de le tenir pour son successeur. Le camp est frappé de stupeur ; l'assaut prévu ce matin sur Paris est suspendu.

Guillaume Danès 2 août 1589 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

État des informations

Cette édition rapporte la mort du roi et la désignation de Navarre sans rien préjuger de la suite : la reconnaissance d’un roi hérétique reste une question entièrement ouverte.

Ce que l’on sait

  • Le roi Henri III est mort de sa blessure dans la nuit du 1er au 2 août 1589 ; il était le dernier des Valois et laisse le trône sans héritier direct.
  • Se sachant perdu, il a fait reconnaître Henri de Navarre pour successeur et demandé aux seigneurs de lui rester fidèles.
  • Des gentilshommes catholiques quittent le camp ; l’assaut sur Paris est ajourné.

Ce que l’on ignore

  • Nul ne sait si Henri de Navarre, prince protestant et excommunié, pourra tenir l’armée ni être reconnu roi par un royaume catholique en partie révolté.
  • Le contenu exact des dernières paroles du roi varie selon les témoins ; on ne peut le fixer.

Le contexte

Depuis 1562, le royaume est déchiré par intermittence entre catholiques et réformés ; la Ligue, parti catholique intransigeant, tient Paris et plusieurs grandes villes.

En décembre 1588, à Blois, le roi a fait mettre à mort le duc Henri de Guise et son frère le cardinal, chefs de la Ligue ; la Sorbonne a ensuite prétendu délier les sujets de leur serment de fidélité, et Paris s’est soulevée contre son roi.

Au printemps 1589, au Plessis-lès-Tours, Henri III s’est réconcilié avec Henri de Navarre, son héritier désigné et chef du parti protestant ; les deux armées marchent ensemble sur Paris.

En juillet 1589, l’armée conjointe a pris Pithiviers, Étampes puis Pontoise et campe aux portes de la capitale (Saint-Cloud au nord, Meudon au sud) ; l’assaut général est fixé au petit matin du 2 août.

Carte de la journée

  • Camp royal de Saint-Cloud · France

    Camp de l’armée royale, au nord-ouest de Paris, où loge Henri III pendant le siège de la capitale. C’est là que le roi est frappé le 1er août 1589, à la veille de l’assaut prévu.

  • Paris (ville ligueuse, assiégée) · France

    Capitale tenue par la Ligue et assiégée par les armées du roi et du roi de Navarre. Ville fermée d’où le moine est parti et où la mort du roi sera accueillie par la liesse.

  • Couvent des Jacobins de Paris · France

    Couvent dominicain de Paris où vivait Jacques Clément avant de gagner le camp royal.

  • Serbonnes, près de Sens · France

    Pays d’origine de Jacques Clément, où il aurait pris l’habit de l’ordre de Saint-Dominique.

Saint-Cloud, 31 juillet - 2 août 1589

De l’audience à la mort : trente-six heures à Saint-Cloud

Chronologie de la crise, du moine introduit au camp jusqu’à la mort du roi, avec les repères dynastiques connaissables à cette date. Les niveaux d’incertitude sont indiqués : ce qui est tenu pour sûr, ce qui n’est que rapporté.

Règne d’Henri III ≈ 15 ans

Roi de France depuis 1574.

La maison de Valois sur le trône depuis 1328

Avènement de Philippe VI, premier roi Valois.

Héritier direct du roi aucun

Le roi meurt sans fils ; la succession est ouverte et disputée.

Confirmé

Un moine se présente au camp

Un religieux jacobin venu de Paris, disant porter des secrets pour le roi, est conduit au procureur La Guesle.

Confirmé

Audience privée

Muni d’une lettre présentée comme du président de Harlay, le moine est reçu seul par le roi.

Confirmé

Le roi frappé

Le moine tire un couteau et frappe le roi au bas-ventre ; il est aussitôt tué par les gardes.

Rapporté

Blessure jugée bénigne, puis aggravation

Les chirurgiens espèrent d’abord la guérison ; dans la journée, les douleurs et la fièvre gagnent.

Rapporté

Navarre appelé et désigné

Se sachant perdu, le roi fait reconnaître Henri de Navarre pour successeur et demande le serment des seigneurs.

Confirmé

Mort du roi

Henri III meurt de sa blessure, le jour même où devait être donné l’assaut sur Paris.

Confirmé

L’armée se défait

Des gentilshommes catholiques quittent le camp ; l’assaut sur Paris est ajourné.

Les derniers mots du roi divergent selon les mémorialistes : aucun verbatim n’est arrêté ici.

L’assassin ayant été tué sur place, aucun commanditaire n’est établi : les soupçons qui circulent ne sont que rumeurs.

La médecine du temps ne « diagnostique » pas la cause de la mort ; on parle de corruption des entrailles et de gangrène.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Royauté

Henri III

Roi de France, dernier des Valois

Roi de France depuis 1574, chassé de Paris par la Ligue en mai 1588. Réconcilié avec Henri de Navarre au printemps 1589, il assiège sa capitale depuis Saint-Cloud lorsqu’un moine le frappe le 1er août.

Indéterminé

Jacques Clément

Religieux jacobin venu de Paris

Jeune religieux dominicain (« jacobin »), originaire de Serbonnes, près de Sens, du couvent des Jacobins de Paris. Exalté contre l’hérésie, il gagne le camp royal et frappe le roi ; abattu sur-le-champ, il ne pourra être interrogé.

Indéterminé

Henri de Navarre

Roi de Navarre, héritier désigné, chef protestant

Roi de Navarre et premier prince du sang, chef du parti réformé, réconcilié avec Henri III au Plessis-lès-Tours en avril 1589. Le roi mourant le désigne pour successeur ; excommunié, il n’est reconnu ni par la Ligue ni par une part du royaume.

Royauté

Jacques de La Guesle

Procureur général

Procureur général qui, ajoutant foi à la qualité et à la lettre dont se réclamait le moine, l’a présenté et introduit auprès du roi.

Royauté

Achille de Harlay

Premier président du Parlement de Paris

Premier président du Parlement, retenu prisonnier des ligueurs dans Paris. C’est une lettre présentée comme venant de lui qui a servi au moine à obtenir audience.

Indéterminé

Catherine de Guise, duchesse de Montpensier

Sœur des princes de Guise tués à Blois

Sœur du duc et du cardinal de Guise mis à mort à Blois en décembre 1588. La rumeur parisienne lui prête d’avoir mené la joie de la ville, voire d’avoir eu part au dessein du moine ; rien ne l’établit.

Sources historiques utilisées

secondary

Assassinat d’Henri III — Wikipédia

Déroulé du 1er-2 août 1589 : introduction du moine par La Guesle sous couvert d’une lettre de Harlay, coup au bas-ventre, mise à mort de l’assassin, agonie, désignation d’Henri de Navarre, mort du roi. Commanditaires présentés comme non établis.

secondary

Jacques Clément — Wikipédia

Biographie du religieux jacobin : origine (Serbonnes, près de Sens), couvent, surnom « capitaine Clément », geste et mort immédiate. L’assassin tué sur place n’a pu être interrogé.

secondary

Siège de Paris (1589) — Wikipédia

Déroulé du siège de juillet-août 1589 : prises de Pithiviers, Étampes et Pontoise, camps de Saint-Cloud et Meudon, assaut général prévu le 2 août.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait la crise de Saint-Cloud au jour le jour, du 1er au 4 août 1589, sans rien préjuger de qui a armé le moine ni de la suite : la succession d’un prince hérétique reste une question ouverte, les soupçons sont donnés comme rumeurs, les termes médicaux sont ceux du temps.