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Estampe de 1589 représentant Jacques Clément poignardant le roi Henri III au camp de Saint-Cloud, entouré de gardes

Le roi frappé d’un couteau au camp de Saint-Cloud

Henri III assassiné par Jacques Clément, estampe anonyme (1589), Bibliothèque nationale de France — domaine public (Wikimedia Commons).

Ce matin, sous sa tente de Saint-Cloud, le roi a reçu en audience privée un religieux jacobin venu de Paris. L’homme l’a frappé au bas-ventre d’un couteau caché ; le roi a arraché la lame et en a frappé son agresseur, que les gardes ont aussitôt mis à mort. Les chirurgiens jugent d’abord la blessure légère.

Guillaume Danès 1 août 1589 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Articles secondaires

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au soir du 1er août 1589 ; elle ne préjuge ni de la survie du roi, ni de la main qui aurait armé l’assassin.

Ce que l’on sait

  • Le matin du 1er août 1589, au camp de Saint-Cloud, un religieux jacobin reçu en audience a frappé le roi Henri III d’un couteau au bas-ventre.
  • Le moine, introduit par le procureur général La Guesle sous couvert d’une lettre présentée comme du président de Harlay, a été mis à mort sur-le-champ par les gardes.
  • Les chirurgiens ont d’abord jugé la blessure légère ; le roi est vivant et l’assaut prévu contre Paris est suspendu.

Ce que l’on ignore

  • L’issue de la blessure demeure incertaine : les premiers avis sont rassurants, mais nul ne peut répondre de la guérison.
  • On ignore si le moine a agi seul ou s’il a été armé : tué sur place, il n’a pu être interrogé.

Le contexte

Depuis 1562, le royaume est déchiré par intermittence entre catholiques et réformés ; la Ligue, parti catholique intransigeant, tient Paris et plusieurs grandes villes.

En décembre 1588, à Blois, le roi a fait mettre à mort le duc Henri de Guise et son frère le cardinal, chefs de la Ligue ; la Sorbonne a ensuite prétendu délier les sujets de leur serment de fidélité, et Paris s’est soulevée contre son roi.

Au printemps 1589, au Plessis-lès-Tours, Henri III s’est réconcilié avec Henri de Navarre, son héritier désigné et chef du parti protestant ; les deux armées marchent ensemble sur Paris.

En juillet 1589, l’armée conjointe a pris Pithiviers, Étampes puis Pontoise et campe aux portes de la capitale (Saint-Cloud au nord, Meudon au sud) ; l’assaut général est fixé au petit matin du 2 août.

Carte de la journée

  • Camp royal de Saint-Cloud · France

    Camp de l’armée royale, au nord-ouest de Paris, où loge Henri III pendant le siège de la capitale. C’est là que le roi est frappé le 1er août 1589, à la veille de l’assaut prévu.

  • Paris (ville ligueuse, assiégée) · France

    Capitale tenue par la Ligue et assiégée par les armées du roi et du roi de Navarre. Ville fermée d’où le moine est parti et où la mort du roi sera accueillie par la liesse.

  • Couvent des Jacobins de Paris · France

    Couvent dominicain de Paris où vivait Jacques Clément avant de gagner le camp royal.

  • Serbonnes, près de Sens · France

    Pays d’origine de Jacques Clément, où il aurait pris l’habit de l’ordre de Saint-Dominique.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Royauté

Henri III

Roi de France, dernier des Valois

Roi de France depuis 1574, chassé de Paris par la Ligue en mai 1588. Réconcilié avec Henri de Navarre au printemps 1589, il assiège sa capitale depuis Saint-Cloud lorsqu’un moine le frappe le 1er août.

Indéterminé

Jacques Clément

Religieux jacobin venu de Paris

Jeune religieux dominicain (« jacobin »), originaire de Serbonnes, près de Sens, du couvent des Jacobins de Paris. Exalté contre l’hérésie, il gagne le camp royal et frappe le roi ; abattu sur-le-champ, il ne pourra être interrogé.

Indéterminé

Henri de Navarre

Roi de Navarre, héritier désigné, chef protestant

Roi de Navarre et premier prince du sang, chef du parti réformé, réconcilié avec Henri III au Plessis-lès-Tours en avril 1589. Le roi mourant le désigne pour successeur ; excommunié, il n’est reconnu ni par la Ligue ni par une part du royaume.

Royauté

Jacques de La Guesle

Procureur général

Procureur général qui, ajoutant foi à la qualité et à la lettre dont se réclamait le moine, l’a présenté et introduit auprès du roi.

Royauté

Achille de Harlay

Premier président du Parlement de Paris

Premier président du Parlement, retenu prisonnier des ligueurs dans Paris. C’est une lettre présentée comme venant de lui qui a servi au moine à obtenir audience.

Indéterminé

Catherine de Guise, duchesse de Montpensier

Sœur des princes de Guise tués à Blois

Sœur du duc et du cardinal de Guise mis à mort à Blois en décembre 1588. La rumeur parisienne lui prête d’avoir mené la joie de la ville, voire d’avoir eu part au dessein du moine ; rien ne l’établit.

Sources historiques utilisées

secondary

Assassinat d’Henri III — Wikipédia

Déroulé du 1er-2 août 1589 : introduction du moine par La Guesle sous couvert d’une lettre de Harlay, coup au bas-ventre, mise à mort de l’assassin, agonie, désignation d’Henri de Navarre, mort du roi. Commanditaires présentés comme non établis.

secondary

Jacques Clément — Wikipédia

Biographie du religieux jacobin : origine (Serbonnes, près de Sens), couvent, surnom « capitaine Clément », geste et mort immédiate. L’assassin tué sur place n’a pu être interrogé.

secondary

Siège de Paris (1589) — Wikipédia

Déroulé du siège de juillet-août 1589 : prises de Pithiviers, Étampes et Pontoise, camps de Saint-Cloud et Meudon, assaut général prévu le 2 août.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait la crise de Saint-Cloud au jour le jour, du 1er au 4 août 1589, sans rien préjuger de qui a armé le moine ni de la suite : la succession d’un prince hérétique reste une question ouverte, les soupçons sont donnés comme rumeurs, les termes médicaux sont ceux du temps.