À la une
Vue cavalière de la ville et du château de Blois au bord de la Loire, gravure de 1575.

Blois : des deux frères, il ne reste que des cendres jetées à la Loire

François de Belleforest, « Vue de Blois » (1575), extrait de la Cosmographie universelle de tout le monde — domaine public (Wikimedia Commons).

Trois jours après le meurtre du duc de Guise et la mort de son frère le cardinal, on apprend que les corps ont été livrés au feu et leurs cendres répandues dans le fleuve. Nul tombeau, nulle relique : la cour mesure l'audace du geste, et la nouvelle commence à gagner le dehors du château.

Nicolas Fabvre 26 décembre 1588 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

État des informations

Nous rapportons l’après-coup tel qu’on le perçoit à Blois, deux à trois jours après le double meurtre. La reine mère est dite malade, sans que nous en préjugions la fin ; la réaction du royaume est encore à venir. Nous ne donnons les propos prêtés aux uns et aux autres que pour des bruits, non pour des faits assurés.

Ce que l’on sait

  • Les corps du duc et du cardinal de Guise ont été brûlés et leurs cendres jetées à la Loire, pour n’en laisser ni tombeau ni relique.
  • La cour de Blois mesure l’audace du geste ; la nouvelle du double meurtre commence à se répandre hors du château.
  • La reine mère Catherine de Médicis, gravement malade au château, a été informée ; elle approuve officiellement le geste de son fils.

Ce que l’on ignore

  • On ignore comment Paris, les grandes villes et le clergé recevront la nouvelle : ce ne sont, pour l’heure, que des premières secousses.
  • La manière dont Rome et le Saint-Siège jugeront la mort d’un cardinal n’est pas mesurée.
  • Le sort des autres détenus du château reste incertain.

Le contexte

Depuis 1562, le royaume est déchiré par intermittence entre catholiques et réformés (huguenots) ; la Ligue, parti catholique intransigeant conduit par la maison de Guise, tient Paris et plusieurs grandes villes.

Le 12 mai 1588, la Journée des barricades a livré Paris au duc de Guise ; le roi Henri III s’est enfui de sa capitale le 13 mai et n’y est pas revenu.

Par l’édit d’Union de juillet 1588, le roi, contraint, s’est engagé à ne jamais faire la paix avec les protestants et a confirmé Guise dans la charge de lieutenant général du royaume.

Les États généraux, ouverts à Blois le 16 octobre 1588 et dominés par les députés ligueurs, pressent le roi sur les finances et les nominations au Conseil — prérogatives qu’il juge attentatoires à sa souveraineté.

Carte de la journée

  • Château de Blois · France

    Résidence royale sur la Loire où siègent la cour et les États généraux à l’automne 1588. C’est dans les appartements royaux, au deuxième étage de l’aile François Ier, que le duc de Guise est assailli et tué le 23 décembre.

  • États généraux de Blois · France

    Assemblée des trois ordres réunie dans la grande salle du château depuis le 16 octobre 1588, dominée par les députés du parti catholique et en conflit ouvert avec le roi sur les finances et les nominations.

  • Paris (ville ligueuse) · France

    Capitale acquise à la Ligue et au duc de Guise depuis la Journée des barricades, d’où le roi s’est enfui le 13 mai 1588. La nouvelle des meurtres de Blois n’y est pas encore parvenue.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Royauté

Henri III

Roi de France, dernier des Valois

Roi de France depuis 1574, chassé de Paris par la Ligue lors de la Journée des barricades (12 mai 1588). Débordé par les États de Blois et par la puissance du duc de Guise, il fait mettre à mort les deux frères Guise les 23 et 24 décembre 1588.

Indéterminé

Henri Ier de Lorraine, duc de Guise

Chef de la Ligue, lieutenant général du royaume

Dit « le Balafré », chef de la maison de Lorraine-Guise et du parti catholique, maître de Paris depuis les barricades de mai 1588, lieutenant général du royaume. Tué au château de Blois le matin du 23 décembre 1588 par la garde des Quarante-Cinq.

Indéterminé

Louis de Lorraine, cardinal de Guise

Cardinal, archevêque-duc de Reims

Frère cadet du duc, prince de l’Église et seconde tête de la maison de Lorraine. Arrêté au lendemain du meurtre de son frère, il est mis à mort dans sa geôle le 24 décembre 1588.

Royauté

Catherine de Médicis

Reine mère

Reine mère, artisane d’une vie de compromis entre les partis. Gravement malade au château de Blois lors du double meurtre ; on la dit troublée par le procédé de son fils.

Indéterminé

Charles, cardinal de Bourbon

Prince du sang, prétendant de la Ligue

Vieux cardinal, oncle d’Henri de Navarre, que la Ligue met en avant comme héritier catholique. Arrêté à Blois dans la foulée du meurtre du duc de Guise.

Royauté

Jean-Louis de Nogaret, duc d’Épernon

Favori du roi, colonel général de l’infanterie

Favori d’Henri III, à l’origine de la levée de la garde des Quarante-Cinq. Homme haï de la Ligue, tenu pour l’un des piliers du parti royal.

Sources historiques utilisées

secondary

Assassinat d’Henri de Guise — Wikipédia

Déroulé des 23-24 décembre 1588 au château de Blois : Conseil convoqué comme prétexte, appel du duc vers le cabinet du roi, embuscade des Quarante-Cinq, mort au pied du lit royal ; le lendemain, mise à mort du cardinal de Guise (Quarante-Cinq récusant le sacrilège, soldats soudoyés), corps brûlés et cendres jetées à la Loire. Heures, nombre d’assaillants et détails donnés comme variables selon les récits.

secondary

Henri Ier de Guise — Wikipédia

Biographie du duc Henri de Guise, dit le Balafré : chef de la Ligue, maître de Paris depuis la Journée des barricades (12 mai 1588), lieutenant général du royaume par l’édit d’Union de juillet 1588.

secondary

États généraux de 1588-1589 — Wikipédia

Les États généraux ouverts à Blois le 16 octobre 1588, dominés par les députés du parti catholique, et la contestation des finances royales et des nominations au Conseil.

secondary

Les Quarante-Cinq — Wikipédia

La garde des Quarante-Cinq, gentilshommes gascons levés par le duc d’Épernon vers 1584-1585 pour la protection rapprochée d’Henri III ; exécutants du meurtre du duc de Guise. (À distinguer strictement du roman d’Alexandre Dumas.)

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait la crise de Blois au jour le jour, du 23 au 26 décembre 1588, sans rien préjuger de la suite : le roi croit avoir décapité la Ligue, l’issue est ouverte. Les « petites phrases » fameuses sont données comme légendes signalées, jamais comme paroles avérées ; les chiffres et heures discutés sont rapportés avec réserve.