Le cardinal de Guise exécuté à son tour
Au lendemain de la mort de son frère le duc, Louis de Lorraine, cardinal de Guise et archevêque de Reims, a été mis à mort ce jour dans sa geôle du château. On a versé le sang d'un prince de l'Église.
Au lendemain de la mort de son frère le duc, Louis de Lorraine, cardinal de Guise et archevêque de Reims, a été mis à mort ce jour dans sa geôle du château. On a versé le sang d'un prince de l'Église.
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.
Un député du tiers état aux États de Blois, de sensibilité ligueuse (nom tu à sa demande)
Réuni depuis octobre au château de Blois, où le tiers état et le clergé sont en grande part acquis à la cause catholique, un député du tiers a vu, hier matin, l'assemblée apprendre coup sur coup la mort du duc de Guise et l'arrestation des siens. Il dit la sidération, le sentiment de trahison, et la peur qui court aujourd'hui dans les rangs ligueurs. Aujourd'hui l'écoute sans épouser ses propos.
Où étiez-vous quand la nouvelle vous a atteint ?Lire l’entretienJ'étais dans mon logis, à m'apprêter pour me rendre au château, car un Conseil s'était tenu de fort bonne heure et l'on attendait que l'assemblée fût appelée à siéger. C'est là qu'un des nôtres est entré, blême, pour dire qu'on venait de tuer monseigneur de Guise dans les chambres mêmes du roi. Je ne l'ai pas cru d'abord : je pensais à quelque rixe, à quelque querelle de gardes comme il en survient. Puis d'autres sont venus, portant tous la même chose, et il a bien fallu se rendre à l'évidence. En un moment, tout le quartier des députés a été debout, aux portes, sur les degrés, chacun demandant à son voisin ce qu'il en savait.
Un gentilhomme du parti royal, proche de la chambre du roi Henri III (nom tu à sa demande)
Au lendemain de la mort du duc de Guise, recueilli le 25 décembre dans le château encore fermé, un gentilhomme du parti royal, proche de la chambre du roi, plaide la cause de la couronne. Il ne parle pas de meurtre : il parle d’un roi longtemps humilié qui, débordé par des États devenus insolents, a repris la main sur un vassal qu’il tenait pour un maître dans le royaume. Il croit son maître rétabli dans son autorité. Aujourd’hier rapporte sa version sans la faire sienne.
Comment nommez-vous ce qui s’est passé avant-hier dans ce château ?Lire l’entretienJe le nomme un acte de justice, et un acte de roi. On vous dira ailleurs que c’est un meurtre ; le mot est facile, mais il est faux. Un meurtre, c’est le fait d’un particulier qui frappe pour sa querelle ou son profit. Ici, c’est le roi, source de toute justice dans son royaume, qui a fait tomber un homme devenu trop grand pour lui obéir. Un souverain n’assassine pas : il châtie, ou il pardonne. Le duc de Guise avait passé toute mesure ; le roi a jugé qu’il ne pouvait plus ni le souffrir ni le punir par les voies ordinaires, un homme si puissant qu’aucun tribunal du royaume ne l’eût osé toucher. Il a donc usé de son droit de roi. Voilà ce que j’en dis, et ce que dit la couronne.
Maître de Paris depuis les barricades de mai, lieutenant général du royaume depuis juillet, le chef de la maison de Lorraine gouvernait la Ligue et, à Blois même, semblait tenir le roi à sa merci. Le voici mort de la main de celui qu'il croyait avoir dompté.
Louis de Lorraine, cardinal-archevêque de Reims, vient de périr à son tour dans sa geôle, un jour après son frère le duc. Portrait de celui qui portait, à trente-trois ans, la tiare spirituelle d'une maison dont le duc portait l'épée.
On les voit depuis trois ans dans l'ombre du roi, l'épée toujours au côté. Mardi matin, au château de Blois, ce sont eux qui ont frappé le duc de Guise. Portrait d'une garde gasconne dont la fidélité, jusqu'ici discrète, vient d'éclater au grand jour.
Au lendemain de la mort du duc de Guise, ce ne sont pas seulement deux têtes qui sont tombées au château : le cardinal de Bourbon, l'archevêque de Lyon et plusieurs seigneurs proches de la Ligue ont été saisis et sont retenus. L'assemblée réunie à Blois depuis le 16 octobre se retrouve d'un coup sans figure pour la conduire.
Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable à Blois au soir du 24 décembre 1588 : le double meurtre, les arrestations, la destruction des corps. Le roi croit avoir décapité la Ligue et repris son royaume ; l’issue est ouverte. Elle ne préjuge en rien de la suite, ne cite les « petites phrases » fameuses que comme légendes signalées, et n’endosse la voix d’aucun parti.
Depuis 1562, le royaume est déchiré par intermittence entre catholiques et réformés (huguenots) ; la Ligue, parti catholique intransigeant conduit par la maison de Guise, tient Paris et plusieurs grandes villes.
Le 12 mai 1588, la Journée des barricades a livré Paris au duc de Guise ; le roi Henri III s’est enfui de sa capitale le 13 mai et n’y est pas revenu.
Par l’édit d’Union de juillet 1588, le roi, contraint, s’est engagé à ne jamais faire la paix avec les protestants et a confirmé Guise dans la charge de lieutenant général du royaume.
Les États généraux, ouverts à Blois le 16 octobre 1588 et dominés par les députés ligueurs, pressent le roi sur les finances et les nominations au Conseil — prérogatives qu’il juge attentatoires à sa souveraineté.
Résidence royale sur la Loire où siègent la cour et les États généraux à l’automne 1588. C’est dans les appartements royaux, au deuxième étage de l’aile François Ier, que le duc de Guise est assailli et tué le 23 décembre.
Assemblée des trois ordres réunie dans la grande salle du château depuis le 16 octobre 1588, dominée par les députés du parti catholique et en conflit ouvert avec le roi sur les finances et les nominations.
Capitale acquise à la Ligue et au duc de Guise depuis la Journée des barricades, d’où le roi s’est enfui le 13 mai 1588. La nouvelle des meurtres de Blois n’y est pas encore parvenue.
L’enchaînement du Conseil-prétexte à la destruction des corps, tel qu’on peut le reconstituer au soir du 24 décembre — les grands faits sont sûrs, le détail horaire l’est moins.
Une vingtaine de gentilshommes des Quarante-Cinq désignés ; huit, selon les récits, auraient porté les coups. Les chiffres varient.
Somme que les récits disent versée aux soldats soudoyés pour exécuter le cardinal, les Quarante-Cinq ayant récusé le sacrilège. Chiffre transmis, invérifié.
Le duc Henri de Guise le 23, son frère le cardinal le 24 — les deux têtes de la maison de Lorraine.
Des mises en garde circulent ; le duc les écarte. On lui prête le mot « Il n’osera pas » — propos rapporté.
Appelé au cabinet du roi, il est assailli par les Quarante-Cinq en traversant les appartements royaux et meurt au pied du lit royal.
Le cardinal de Guise, le cardinal de Bourbon et des députés ligueurs sont saisis.
Les Quarante-Cinq récusant le meurtre d’un cardinal, des soldats sont soudoyés pour l’exécuter dans sa geôle.
Les corps des deux frères sont brûlés et les cendres jetées à la Loire, pour n’en laisser aucun tombeau.
Roi de France depuis 1574, chassé de Paris par la Ligue lors de la Journée des barricades (12 mai 1588). Débordé par les États de Blois et par la puissance du duc de Guise, il fait mettre à mort les deux frères Guise les 23 et 24 décembre 1588.
Dit « le Balafré », chef de la maison de Lorraine-Guise et du parti catholique, maître de Paris depuis les barricades de mai 1588, lieutenant général du royaume. Tué au château de Blois le matin du 23 décembre 1588 par la garde des Quarante-Cinq.
Frère cadet du duc, prince de l’Église et seconde tête de la maison de Lorraine. Arrêté au lendemain du meurtre de son frère, il est mis à mort dans sa geôle le 24 décembre 1588.
Reine mère, artisane d’une vie de compromis entre les partis. Gravement malade au château de Blois lors du double meurtre ; on la dit troublée par le procédé de son fils.
Vieux cardinal, oncle d’Henri de Navarre, que la Ligue met en avant comme héritier catholique. Arrêté à Blois dans la foulée du meurtre du duc de Guise.
Favori d’Henri III, à l’origine de la levée de la garde des Quarante-Cinq. Homme haï de la Ligue, tenu pour l’un des piliers du parti royal.
Déroulé des 23-24 décembre 1588 au château de Blois : Conseil convoqué comme prétexte, appel du duc vers le cabinet du roi, embuscade des Quarante-Cinq, mort au pied du lit royal ; le lendemain, mise à mort du cardinal de Guise (Quarante-Cinq récusant le sacrilège, soldats soudoyés), corps brûlés et cendres jetées à la Loire. Heures, nombre d’assaillants et détails donnés comme variables selon les récits.
Biographie du duc Henri de Guise, dit le Balafré : chef de la Ligue, maître de Paris depuis la Journée des barricades (12 mai 1588), lieutenant général du royaume par l’édit d’Union de juillet 1588.
Notice sur Louis de Lorraine, cardinal de Guise, archevêque-duc de Reims, deuxième tête de la maison de Lorraine, mis à mort à Blois le 24 décembre 1588.
Les États généraux ouverts à Blois le 16 octobre 1588, dominés par les députés du parti catholique, et la contestation des finances royales et des nominations au Conseil.
La Journée des barricades du 12 mai 1588 : soulèvement parisien favorable à Guise, fuite du roi hors de sa capitale le 13 mai.
La garde des Quarante-Cinq, gentilshommes gascons levés par le duc d’Épernon vers 1584-1585 pour la protection rapprochée d’Henri III ; exécutants du meurtre du duc de Guise. (À distinguer strictement du roman d’Alexandre Dumas.)
Récit synthétique de l’assassinat du duc de Guise au château de Blois ; repères de datation (23 décembre 1588, un vendredi).
Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait la crise de Blois au jour le jour, du 23 au 26 décembre 1588, sans rien préjuger de la suite : le roi croit avoir décapité la Ligue, l’issue est ouverte. Les « petites phrases » fameuses sont données comme légendes signalées, jamais comme paroles avérées ; les chiffres et heures discutés sont rapportés avec réserve.