À la une
Portrait gravé en médaillon de Michel de L’Hospital, chancelier de France, en buste, de profil, barbe longue, dans un cadre orné de fruits et de guirlandes.

Le roi accorde aux réformés un prêche hors les murs des villes

Portrait de Michel de L’Hospital, gravure d’après Théodore de Bèze, « Icones » (1580) — fac-similé (1906), domaine public (Wikimedia Commons).

Signé le 17 janvier à Saint-Germain-en-Laye au nom de Charles IX, l’édit du chancelier de L’Hospital tolère pour la première fois le culte de ceux de la religion nouvelle, à condition qu’il se tienne hors des villes closes. Le culte public demeure interdit dans les murs, et les églises occupées doivent être rendues. Reste à savoir si le parlement de Paris consentira à l’enregistrer.

Antoine Vasselin, rédaction d’Aujourd’hier 20 janvier 1562 5 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Michel de L’Hospital, chancelier de France, artisan de l’édit de janvier — personne historique réelle et nommée

« Il n’est pas ici question de constituer la religion, mais la République » : le chancelier de L’Hospital défend son édit

Au lendemain du jour où l’édit de janvier a été porté au parlement de Paris, qui rechigne à l’enregistrer, le chancelier Michel de L’Hospital nous a reçus. Il défend, avec la mesure du magistrat, une paix civile qui sépare l’obéissance au roi de l’unité de la foi : ce n’est pas, dit-il, reconnaître la religion nouvelle, c’est régler la paix du royaume en attendant le concile.

Monseigneur, disons-le d’abord nettement : cet édit permet-il aux réformés de tenir leur religion ? Le royaume aurait-il désormais deux Églises ?

Prenez garde de ne pas dire plus que l’édit ne dit. Il ne consacre point la religion nouvelle, il ne la reçoit ni ne l’approuve ; le roi demeure catholique et le royaume avec lui. Ce que l’édit règle, ce n’est pas la foi, c’est la paix. Il permet à ceux de la religion prétendue réformée de s’assembler pour prier, hors l’enceinte des villes closes, de jour, sans armes ; et, au-dedans des murs, dans leurs maisons, en particulier. Voilà ce qui leur est accordé : une liberté de conscience et une manière de s’assembler qui soit tenue et gardée, non une Église seconde dressée en face de l’ancienne. Il ne s’agit pas ici de constituer la religion, mais de constituer la République ; c’est chose bien différente, et tout le mécompte vient de ce qu’on les confond.

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25 janvier 156210 min
État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 17 janvier : la teneur de l'édit et l'état des esprits. Nous ne préjugeons ni de son enregistrement, ni de la manière dont il sera reçu dans le royaume.

Ce que l’on sait

  • Un édit vient d'être signé à Saint-Germain-en-Laye : il tolère, sous conditions, le culte des réformés hors les villes closes.
  • C'est la première fois que le royaume souffre publiquement une autre foi que l'ancienne religion.
  • L'édit doit encore être vérifié et enregistré par le parlement de Paris, qui s'y montre réticent.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si le parlement enregistrera l'édit, et sous quelle forme.
  • Nul ne sait comment les grands seigneurs catholiques et les villes recevront pareilles concessions.

Le contexte

Depuis la mort du roi Henri II, le royaume passe de main en main : au jeune Charles IX, à peine âgé de onze ans, sa mère Catherine de Médicis tient lieu de régente au milieu des grandes maisons rivales.

La religion réformée s'est répandue jusque dans la noblesse et les villes. Après l'échec du colloque de Poissy, la cour a cherché une issue par le droit plutôt que par les armes.

En janvier 1562, un édit signé à Saint-Germain-en-Laye tolère, sous conditions, le culte des réformés hors les villes closes : première fois qu'une autre foi que l'ancienne est souffrie dans le royaume.

Les grands seigneurs catholiques — le duc de Guise, le connétable de Montmorency, le maréchal de Saint-André — jugent ces concessions excessives ; ceux de la religion, menés par le prince de Condé et l'amiral de Coligny, en réclament l'application loyale.

Carte de la journée

  • Wassy · France

    Petite ville de Champagne, relevant du douaire de Marie Stuart, où une assemblée réformée réunie dans une grange est prise à partie, le 1er mars, par l'escorte en armes du duc de Guise.

  • Saint-Dizier · France

    Ville voisine de Wassy, en Champagne, vers laquelle auraient été emmenés des prisonniers réformés, dont le ministre de l'assemblée, après le massacre.

  • Paris · France

    Capitale du royaume, place fortement catholique et siège du parlement chargé d'enregistrer l'édit de tolérance. Le duc de Guise y fait, à la mi-mars, une entrée acclamée par la foule.

  • Orléans · France

    Ville de la Loire dont le prince de Condé se saisit au début d'avril pour en faire la place d'armes de ceux de la religion réformée.

  • Saint-Germain-en-Laye · France

    Résidence royale près de Paris où la cour signe, en janvier 1562, l'édit de tolérance réglant le culte réformé.

Repères

Le royaume en trois forces, hiver 1562

Au sortir de l’édit de janvier, trois forces se dessinent dans le royaume. Aucune n’est en armes : la Couronne cherche encore la conciliation entre elles.

La Couronne Régence conciliatrice

Charles IX, roi-enfant de onze ans, sous la régence de Catherine de Médicis. Le chancelier Michel de L’Hospital porte la ligne de tolérance : c’est sa plume qui a rédigé l’édit de janvier, signé le 17 à Saint-Germain.

Le parti catholique Le triumvirat

Formé à l’automne 1561 : le duc François de Guise, le connétable Anne de Montmorency, le maréchal Jacques d’Albon de Saint-André. Opposés à la tolérance accordée aux réformés par l’édit de janvier.

Le parti réformé Prince et amiral

Le prince Louis Ier de Condé et l’amiral Gaspard de Coligny, à la tête des Églises réformées du royaume, nées de l’essor du calvinisme depuis les placards de 1534 et affermies au colloque de Poissy (1561).

Équilibre au 28 février Édit à peine appliqué

L’édit de janvier n’est signé que depuis six semaines et le parlement de Paris rechigne encore à l’enregistrer. Aucun de ces camps n’a pris les armes.

Confirmé

Saint-Germain

L’édit de tolérance est signé au château, résidence de la cour et de la régente.

Confirmé

Paris

Siège du parlement, qui doit enregistrer l’édit pour lui donner force de loi.

Confirmé

Orléans

Place de sûreté protestante, tenue par les Églises réformées de la région.

Confirmé

Wassy et Saint-Dizier (Champagne)

Wassy relève du douaire de Marie Stuart, nièce du duc de Guise. Saint-Dizier, à proximité, en dépend pour la justice seigneuriale.

Ces trois forces ne sont pas des camps en guerre : au sortir de l’édit de janvier, la Couronne cherche la conciliation entre elles.

Effectifs et rapports de force ne sont pas chiffrés ici : cette carte situe les acteurs et les lieux, non des positions militaires.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Indéterminé

François de Lorraine, duc de Guise

Grand capitaine du royaume, chef de la maison de Guise

Premier soldat du royaume, vainqueur de Metz et de Calais, chef de la puissante maison de Lorraine-Guise et défenseur ardent de l'ancienne foi. C'est son escorte en armes qui, traversant Wassy le 1er mars, se heurte à une assemblée réformée réunie dans une grange.

Indéterminé

Louis Ier de Bourbon, prince de Condé

Prince du sang, chef militaire du parti réformé

Prince du sang, cadet de la maison de Bourbon, rallié à la religion réformée dont il devient l'appui armé. Il tient les huguenots pour fidèles au roi et dénonce les grands catholiques qui, dit-il, oppriment au nom du souverain.

Indéterminé

Gaspard de Coligny, amiral de France

Amiral de France, chef du parti réformé

Amiral de France, gentilhomme de haute réputation gagné à la Réforme, l'une des principales figures de ceux de la religion à la cour. Il plaide leur cause auprès de la régente et réclame l'application loyale de l'édit de tolérance.

Royauté

Catherine de Médicis

Reine mère, régente du royaume

Mère du jeune roi Charles IX et régente du royaume, elle gouverne au milieu des factions et cherche, par le colloque de Poissy puis l'édit de janvier, à contenir la querelle religieuse sans rompre avec aucun des grands partis.

Royauté

Charles IX, roi de France

Roi de France, encore enfant

Jeune roi de France, âgé d'à peine onze ans, monté sur le trône à la mort de son frère François II. Le pouvoir est exercé en son nom par sa mère la reine régente ; c'est sous son autorité qu'est promulgué l'édit de tolérance.

Royauté

Michel de L’Hospital

Chancelier de France

Chancelier de France, magistrat lettré et artisan de la politique de conciliation. Il défend l'idée qu'on peut être sujet fidèle en priant autrement, et porte l'édit de janvier devant un parlement réticent.

Indéterminé

Léonard Morel

Ministre réformé, pasteur de l’assemblée de Wassy

Ministre de la religion réformée qui prêchait à l'assemblée de Wassy le jour du massacre (son prénom, donné pour Léonard, reste incertain dans nos avis). Blessé lors de la tuerie, il aurait été pris et emmené prisonnier vers Saint-Dizier.

Indéterminé

Anne de Montmorency, connétable de France

Connétable de France

Connétable de France, chef d'armée vieilli et fervent catholique, longtemps rival puis allié des Guise. Avec le duc de Guise et le maréchal de Saint-André, il forme le groupe des grands seigneurs attachés à l'ancienne foi.

Indéterminé

Jacques d’Albon, maréchal de Saint-André

Maréchal de France

Maréchal de France, homme de cour et de guerre attaché à l'ancienne religion. Il se range aux côtés du duc de Guise et du connétable de Montmorency parmi les grands catholiques hostiles aux concessions faites aux réformés.

Indéterminé

Marie Stuart, reine douairière

Reine douairière de France, reine d’Écosse

Reine d'Écosse et veuve du roi François II, nièce du duc de Guise par sa mère Marie de Lorraine. La ville de Wassy relève de son douaire, ce qui place la seigneurie du lieu dans la mouvance de la maison de Guise.

Sources historiques utilisées

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Massacre de Wassy — Wikipédia

Récit du dimanche 1er mars 1562 : la troupe du duc de Guise, traversant Wassy en Champagne, tombe sur une assemblée réformée tenue dans une grange ; échauffourée, coups de feu et tuerie. Le déroulé exact, la préméditation et le nombre des morts restent débattus selon les camps.

secondary

Massacre of Vassy — Wikipedia

Notice anglophone sur le même événement : circonstances de la rencontre entre l'escorte du duc et l'assemblée huguenote, versions contradictoires sur l'ordre des faits et fourchettes de victimes avancées de part et d'autre.

secondary

Édit de janvier (1562) — Wikipédia

Contenu et portée de l'édit signé à Saint-Germain-en-Laye en janvier 1562, qui tolère pour la première fois le culte réformé hors les villes closes et sous conditions : premier essai de coexistence, âprement discuté au parlement.

secondary

Première guerre de Religion — Wikipédia

Vue d'ensemble de l'enchaînement qui suit Wassy : entrée du duc de Guise dans Paris, prise d'armes du prince de Condé et saisie d'Orléans au printemps 1562. Cadre dans lequel se lit la fin de notre séquence.

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Le massacre de Wassy (1er mars 1562) — Musée protestant

Notice du Musée protestant sur l'événement : le culte réformé toléré par l'édit de janvier, l'assemblée de Wassy, la tuerie et son retentissement chez ceux de la religion, avec les réserves d'usage sur les chiffres.

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Colloque de Poissy — Wikipédia

Rappel du colloque tenu à Poissy à l'automne 1561, où catholiques et réformés confrontèrent en vain leurs doctrines devant la cour : la tentative de conciliation religieuse dont l'édit de janvier est la suite politique.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait l'affaire au jour le jour, du 17 janvier au 2 avril 1562, sans rien préjuger de la suite. Sur Wassy, deux récits opposés remontent en même temps ; nous les rapportons l'un et l'autre sans les départager, la préméditation demeurant indécidable et le nombre des morts donné en fourchette. La datation de certains faits, au calendrier de l'époque, est donnée sous réserve.