À la une
Enluminure médiévale : Jeanne d’Arc, en robe rouge, est saisie par un bourreau devant le bûcher dressé, sous le regard des juges et des témoins, place du Vieux-Marché à Rouen.

La Pucelle livrée au feu sur la place du Vieux-Marché

Anonyme, « Le supplice de Jeanne d’Arc » (vers 1484), enluminure des Vigiles de la mort de Charles VII de Martial d’Auvergne, folio 71 recto, Bibliothèque nationale de France (ms. Français 5054) — domaine public (Wikimedia Commons).

Ce matin, place du Vieux-Marché à Rouen, celle que l’on nommait la Pucelle a été remise au bras séculier et brûlée. Déclarée hérétique relapse au lendemain de sa rechute, elle a entendu lire sa sentence avant d’être conduite au bûcher. Ses cendres, dit-on, ont été jetées en Seine.

La rédaction de Rouen 30 mai 1431, 12h00 5 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un des notaires commis au procès, du greffe du tribunal de Rouen

Dans les coulisses du greffe : un notaire du tribunal explique comment la cause est mise en écrit

Pendant que se poursuivent les interrogatoires de la Pucelle dans sa prison du château, tout, dit-on, se consigne mot pour mot. Comment ? En quelle langue ? Avec quelles peines ? Un des notaires commis au procès a accepté de nous décrire sa besogne — la besogne du greffe, et non le fond de la cause, qu’il n’est pas le sien de juger.

Vous êtes l’un des notaires commis à cette cause. En quoi consiste, au juste, votre office ?

Mon office est d’écrire, rien de plus et rien de moins. À chaque séance, je suis assis non loin des juges, ma plume prête, et je recueille ce qui se dit : la question posée à l’accusée, sa réponse, et, s’il y a lieu, ce que les assesseurs en disent entre eux. Nous sommes plusieurs à cette charge, et c’est à dessein. Chacun écrit de son côté, sur sa propre minute, et nous ne mêlons pas nos écritures durant la séance. Le soir venu, ou le lendemain, nous rapprochons nos feuillets pour nous assurer que nous avons entendu la même chose et que rien d’essentiel n’a échappé à l’un que l’autre aurait retenu. Là où nous différons, nous en débattons jusqu’à nous accorder. C’est une besogne lente, mais c’est le prix de la fidélité.

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20 mars 1431, 08h0011 min

Un clerc et docteur en théologie de l’Université de Paris, partisan de l’accusation

Un docteur de l’Université de Paris : « Ces voix, je le crois, sont fictions d’invention humaine, procédant du malin esprit »

À la veille de l’admonestation publique, un clerc gradué de l’Université de Paris, qui soutient les chefs portés contre la Pucelle, a accepté de répondre à nos questions. Il défend le travail des juges et anticipe le sentiment que sa Faculté, réunie, doit faire connaître. Nous l’avons contredit pied à pied : ses affirmations sont les siennes, non celles de ce journal.

Vous parlez au nom de l’Université de Paris. Pourquoi votre Faculté s’est-elle mêlée d’un procès qui se tient à Rouen, et non à Paris ?

L’Université de Paris n’est pas une assemblée comme une autre. Elle est, dans le royaume, le premier corps savant en matière de foi ; on la consulte de longue date sur les questions de doctrine, comme on consulterait le plus docte des conseils. Quand monseigneur de Beauvais et les juges de Rouen ont voulu éclairer leur conscience sur ce que valent les dires de cette fille, il était naturel qu’ils s’adressassent à nous. Les douze articles tirés de la cause nous ont été transmis à Paris voici quelque temps ; nos Facultés se sont assemblées pour les examiner, et nous y travaillons. Notre office n’est pas de condamner : il est de dire, en théologiens, ce que la doctrine enseigne touchant de telles prétentions. Notre sentiment, une fois arrêté, sera porté à Rouen ; je ne vous le donne ici que pour ma part, telle que je la pèse.

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2 mai 1431, 08h0011 min

Un bourgeois de Rouen — marchand établi dans la ville, ni homme d’Église ni homme du roi d’Angleterre

« On la tient, mais on ne l’a pas vue » : un bourgeois de Rouen dit l’humeur de la ville

La cause vient de s’ouvrir au château, mais c’est dans la rue, sur les ponts et au marché, qu’on en parle le plus. Nous avons quitté les abords du tribunal pour écouter la ville elle-même. Un marchand établi de longue date à Rouen — ni homme d’Église ni homme du roi d’Angleterre — a bien voulu nous dire ce qu’il voit, ce qu’il entend répéter, et ce qu’il en craint.

La ville parle-t-elle déjà de cette affaire ?

On ne parle que de cela. Depuis que la nouvelle a couru qu’on l’avait amenée ici et qu’on allait lui faire son procès, il n’est marché, taverne ni passage de pont où le nom ne revienne. On s’aborde pour en demander des nouvelles, on répète ce que le voisin a dit tenir d’un autre, et chacun ajoute son mot. À la boutique, les chalands me questionnent comme si j’en savais plus qu’eux, ce qui n’est point le cas. C’est une de ces affaires qui prennent une ville tout entière : les gens d’Église en discutent à leur manière, les femmes à la fontaine à la leur, et jusqu’aux enfants qui répètent des noms qu’ils ne comprennent pas. Je ne me souviens pas qu’une prisonnière ait fait tant de bruit chez nous.

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13 janvier 1431, 08h0011 min

Articles secondaires

À la une

La Pucelle paraît enfin devant ses juges et refuse de jurer sans réserve

Tirée de sa prison du château, la jeune femme que l’on dit venue de Domrémy a comparu pour la première fois en séance publique, ce mercredi 21 février, dans la chapelle du château de Rouen. Devant l’évêque de Beauvais qui préside et maître Jean Beaupère qui mène l’interrogatoire, elle a refusé de prêter serment sans condition et n’a rien voulu dire de ses « voix ».

23 février 1431, 08h004 min
À la une

Au cimetière de Saint-Ouen, la Pucelle abjure devant le bûcher dressé

Ce jeudi 24 mai, sur une estrade élevée dans le cimetière de l’abbaye de Saint-Ouen, face au bûcher déjà dressé, celle que l’on nomme la Pucelle a, au terme d’un sermon public et après avoir vu lire sa sentence, apposé une marque au bas d’une formule d’abjuration. Elle renonce à l’habit d’homme et se soumet à l’Église. Le tribunal la condamne à la prison perpétuelle. Dès le soir, la ville s’interroge sur ce qu’elle a au juste signé, et sur ce qu’elle a compris.

24 mai 1431, 16h005 min
État des informations

Cette édition suit le procès de Rouen tel qu’il pouvait être connu de janvier à mai 1431, sans préjuger de son issue avant qu’elle survienne. Elle rapporte les chefs d’accusation comme portés par le promoteur et l’Université — attribués, jamais endossés — et ne qualifie l’accusée ni de sainte ni de sorcière. Les actes du procès émanant des juges, et certains détails n’étant connus que de seconde main, les points incertains sont signalés comme tels.

Ce que l’on sait

  • Le procès en hérésie s’est ouvert à Rouen le 9 janvier 1431, sous la présidence de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.
  • L’accusée a été détenue dans la prison laïque du château de Rouen, gardée par des soldats anglais et entravée de fers ; elle a réclamé en vain la prison d’Église.
  • Après des séances publiques (à partir du 21 février) puis des interrogatoires en prison, l’accusation a été ramenée de soixante-dix à douze articles, soumis à l’Université de Paris.
  • Le 24 mai, au cimetière de Saint-Ouen, l’accusée a signé une formule d’abjuration et a été condamnée à la prison perpétuelle ; trouvée de nouveau en habit d’homme, elle a été déclarée relapse, puis brûlée place du Vieux-Marché le 30 mai 1431.

Ce que l’on ignore

  • La sincérité des « voix » que l’accusée dit entendre, et la nature exacte du « signe » qu’elle aurait donné au roi, n’ont pas été tranchées.
  • Le contenu précis de la formule qu’elle a signée le 24 mai, et ce qu’elle en a compris, demeurent discutés.
  • Le motif de la reprise de l’habit d’homme, qui a entraîné la rechute, n’est pas établi.

Le contexte

Depuis le traité de Troyes (1420), le roi d’Angleterre est reconnu héritier du trône de France ; Rouen et la Normandie sont sous domination anglaise depuis 1419.

L’accusée, qui a fait lever le siège d’Orléans (mai 1429) et conduit Charles au sacre de Reims (17 juillet 1429), a été prise à Compiègne le 23 mai 1430, puis vendue aux Anglais.

Le procès s’ouvre à Rouen le 9 janvier 1431, présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, sous couvert d’Inquisition.

Le procès est l’un des mieux consignés de son temps, mais sa minute émane des juges : elle est fidèle au calendrier des séances et partiale sur les qualifications.

Carte de la journée

  • Château de Rouen · France

    Citadelle de Rouen tenue par les Anglais sous le comte de Warwick. L’accusée y est détenue en prison laïque, gardée par des soldats et entravée de fers — une irrégularité au regard d’un procès d’Église.

  • Chapelle du château de Rouen · France

    Lieu de plusieurs séances publiques d’interrogatoire, dont la première comparution du 21 février 1431.

  • Cimetière de l’abbaye de Saint-Ouen · France

    Vaste cimetière où est dressée, le 24 mai 1431, l’estrade de l’abjuration, face à un bûcher préparé.

  • Place du Vieux-Marché · France

    Place de Rouen où a lieu l’exécution du 30 mai 1431.

Rouen, janvier-mai 1431

Les séances du procès, jour après jour

De l’ouverture de la cause au bûcher : l’enchaînement des séances du procès de la Pucelle, tel qu’on peut le reconstituer à Rouen.

Confirmé

Ouverture du procès

Cauchon réunit juges et docteurs ; s’ouvre la phase d’information sur la vie de l’accusée.

Confirmé

Mises en place

Décisions préparatoires et serments des officiers du procès.

Confirmé

L’Inquisition appelée

Le vice-inquisiteur Jean Le Maistre est associé au procès, pour le diocèse de Rouen.

Confirmé

Première comparution

Séance publique dans la chapelle du château ; l’accusée refuse de jurer sans réserve.

Confirmé

Séances publiques

Interrogatoires sur les « voix », l’habit d’homme et le « signe » donné au roi.

Confirmé

Interrogatoires en prison

Les séances se poursuivent à huis clos, dans la cellule de l’accusée.

Confirmé

Acte d’accusation

Lecture des soixante-dix articles ; l’accusée répond point par point.

Confirmé

Douze articles

Les griefs sont résumés en douze articles soumis aux consultations.

Confirmé

Envoi à Paris

Les douze articles sont portés à l’Université de Paris pour avis.

Confirmé

Admonestation

L’accusée est publiquement sommée d’abjurer.

Confirmé

Menace de la question

La torture est montrée mais, la majorité des juges s’y refusant, elle n’est pas appliquée.

Confirmé

Dernière admonestation

Lecture des conclusions ; ultime sommation de se rétracter sous peine du feu.

Confirmé

Abjuration à Saint-Ouen

Sur l’estrade, face au bûcher, l’accusée signe et est condamnée à la prison perpétuelle.

Confirmé

Rechute

Trouvée de nouveau en habit d’homme, l’accusée est déclarée relapse.

Confirmé

Sentence

Déclarée hérétique relapse, excommuniée et abandonnée au bras séculier.

Confirmé

Le bûcher

L’accusée est brûlée place du Vieux-Marché ; ses cendres, dit-on, sont jetées en Seine.

Chronologie arrêtée au 30 mai 1431.

Les actes du procès émanent des juges ; certains détails ne sont rapportés que de seconde main.

Analyse

Analyse

Le roi de Reims se tait : depuis bientôt un an, nul secours n’est venu pour la Pucelle

Elle l’a mené au sacre de Reims ; lui n’a rien fait paraître pour elle. Voilà bientôt un an que la Pucelle a été prise à Compiègne, vendue aux Anglais pour dix mille livres — une rançon de prince — et amenée à Rouen. De la cour de Charles de Valois, on n’a vu venir ni offre de rachat, ni démarche, ni parole publique. Ce silence, tandis que le procès presse l’accusée de se soumettre, interroge : embarras, impuissance, calcul, ou captive que l’Église réclame et que nul prince ne peut plus racheter ?

12 mai 1431, 08h006 min

Opinion

Les acteurs du moment

France

Jeanne, dite la Pucelle

Accusée

Jeune femme d’environ dix-neuf ans, venue de Domrémy en Lorraine. Après avoir fait lever le siège d’Orléans (mai 1429) et mené le roi au sacre de Reims, elle a été prise à Compiègne (23 mai 1430), vendue aux Anglais et amenée à Rouen, où elle comparaît pour hérésie.

Indéterminé

Pierre Cauchon

Évêque de Beauvais, président du tribunal

Docteur lié à l’Université de Paris et fidèle du parti anglo-bourguignon, chassé de son siège de Beauvais par les partisans de Charles VII. Il préside le procès à Rouen, hors de son diocèse, par concession de juridiction du chapitre rouennais.

Indéterminé

Jean Le Maistre

Vice-inquisiteur pour le diocèse de Rouen

Représentant de l’Inquisition associé au procès tardivement et avec réticence, sa commission étant limitée au diocèse de Rouen.

Indéterminé

Jean d’Estivet

Promoteur (procureur) du procès

Chargé de soutenir l’accusation devant le tribunal ecclésiastique.

Indéterminé

Jean Beaupère

Docteur en théologie, interrogateur

Mène une part des interrogatoires publics, notamment la première séance du 21 février sur les « voix » de l’accusée.

Indéterminé

Guillaume Manchon

Notaire du greffe

Principal notaire du procès ; il tient la minute en français, mise au net en latin par la suite. La consignation des séances passe par lui et ses confrères.

Indéterminé

Henry Beaufort, cardinal de Winchester

Prélat anglais

Figure du pouvoir anglais en France ; sa présence rappelle l’enjeu politique qui entoure le procès.

Indéterminé

Richard de Beauchamp, comte de Warwick

Gouverneur de Rouen

Commande la place de Rouen, où l’accusée est détenue dans la prison du château, gardée par des soldats anglais.

Indéterminé

Geoffroy Thérage

Bourreau de Rouen

Exécuteur des hautes œuvres à Rouen, à qui l’accusée est remise au terme du procès.

Sources historiques utilisées

secondary

Jeanne d’Arc — Wikipédia

Captivité, vente aux Anglais, transfert à Rouen, procès présidé par Cauchon, déroulé des séances, abjuration et exécution du 30 mai 1431, irrégularités relevées.

secondary

Trial of Joan of Arc — Wikipedia

Chronologie détaillée du procès : ouverture le 9 janvier, séances publiques 21 février-3 mars, interrogatoires de prison, 70 puis 12 articles, abjuration le 24 mai, rechute le 28, bûcher le 30 mai 1431 ; nature de la minute (notaires, mise au net latine).

secondary

Joan of Arc — Wikipedia

Transfert aux Anglais, conditions de détention, déroulé du procès et de l’exécution ; recoupement des acteurs et des dates.

secondary

30 mai 1431 — Hérodote.net

Déroulement de l’exécution au Vieux-Marché, le bourreau Geoffroy Thérage, les cendres jetées en Seine.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait le procès de Rouen au jour le jour, de janvier à mai 1431, sans rien préjuger de l’issue. Ce qui n’est connu que par le procès en nullité de 1456 est tenu à distance, et les actes du procès sont signalés comme émanant des juges.