À la une
Enluminure du sacre de Charles VII à Reims : l'onction par l'archevêque et la cour des dignitaires.

Charles VII oint et couronné roi de France à Reims

Martial d'Auvergne (attrib.), « Sacre de Charles VII à Reims », in Les Vigiles de Charles VII, folio 63v, vers 1484, BnF, Ms. Français 5054 — Domaine public (Wikimedia Commons).

Ce dimanche, en la cathédrale Notre-Dame de Reims, le dauphin Charles a reçu l'onction de la sainte huile des mains de l'archevêque Regnault de Chartres, puis la couronne, selon le rite des rois de France. La Pucelle se tenait dans le chœur, son étendard près de l'autel. Sept ans après la mort de son père, celui que l'on nommait « le roi de Bourges » est sacré au cœur d'un pays naguère tenu par le parti adverse.

Notre envoyé à Reims 17 juillet 1429, 08h00 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Étienne de Vignolles, dit La Hire, capitaine de gens d’armes du roi de Bourges

La Hire : « On a rouvert la rivière à coups d’épée »

Au lendemain de la prise de Jargeau et du pont de Meung, le capitaine Étienne de Vignolles, dit La Hire, l’un des chefs de l’avant-garde, parle sans détour de la reprise des places de la Loire, du moral retrouvé des gens d’armes et de ce que la Pucelle apporte à des soldats las de reculer.

Capitaine, en deux jours voilà Jargeau prise et le pont de Meung enlevé. Comment cela s’est-il fait si vite ?

Vite ? Demandez-le à ceux qui sont restés au pied des murs de Jargeau, ils vous diront le prix. Mais oui, cela va. Nous avons battu les murailles de Jargeau à la bombarde jusqu’à crever une tour, et puis nous avons donné à l’échelle. Le comte de Suffolk tenait la place ; il est à nous, prisonnier, avec ce qui lui restait de gens valides. Le lendemain ou presque, nous étions devant Meung. Là, nous n’avons pas perdu de temps à mordre la ville ni le château : c’est le pont qu’il nous fallait, et le pont que nous avons pris. Le reste, on le laissera mûrir.

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16 juin 1429, 09h0010 min

Regnault de Chartres, archevêque-duc de Reims, pair et chancelier de France (propos reconstitués)

Le chancelier de France : « Un roi proclamé n’est pas encore un roi oint »

À la veille de quitter Gien avec l’armée qui s’ébranle vers la Champagne, monseigneur Regnault de Chartres, archevêque-duc de Reims et chancelier de France, expose le pari du voyage : porter le dauphin jusqu’à l’autel où l’on sacre les rois. Il en dit l’enjeu — l’onction, la sainte ampoule, le traité de Troyes à effacer — et n’en cache pas le péril, la route traversant des terres tenues par le parti adverse. Lui-même, archevêque de Reims, ne peut entrer dans sa propre cité.

Monseigneur, l’armée s’ébranle vers la Champagne. Quel est, en un mot, le but de ce voyage ?

Le sacre. Tout est là, et il faut le dire simplement. Depuis le secours d’Orléans et les rencontres heureuses de ce mois de juin, on a pressé le roi de marcher droit sur Reims, plutôt que de réduire d’abord les places voisines, et c’est ce parti qui l’a emporté au conseil. Le roi est proclamé depuis la mort de son père ; il n’est pas encore sacré. Et tant qu’il ne l’est point, il manque à son titre quelque chose que ni la naissance ni les armes ne lui donnent. Nous allons le chercher où il se trouve : à l’autel où l’on oint les rois de France.

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3 juillet 1429, 09h0011 min

Frère Richard, prédicateur cordelier rallié à la cause du roi et de la Pucelle (entretien reconstitué)

Frère Richard, le prédicateur rallié : « Le peuple marche devant nous »

Le cordelier dont la parole a remué les foules de Paris à la Champagne s’est joint à l’armée du roi et chemine avec elle. Au camp dressé devant Troyes, dont les bourgeois viennent à peine de traiter, il dit la ferveur des petites gens, l’accueil partagé des villes, et la lettre qu’il a portée aux Troyens — celle-là même qu’on jeta d’abord au feu.

Mon frère, vous prêchiez naguère à Paris, ville du parti adverse. Comment vous trouve-t-on aujourd’hui dans l’armée du roi de Bourges ?

Parce que j’ai suivi ce que ma conscience me commandait, et rien d’autre. J’ai prêché où l’on m’a laissé prêcher, et j’ai parlé de pénitence, de la fin des temps, du retour à Dieu, sans regarder de quel parti étaient ceux qui m’écoutaient. Mais quand j’ai vu ce qui se faisait du côté du gentil roi de France, et cette fille qu’on dit envoyée du Ciel, je n’ai plus pu demeurer où j’étais. On me l’a d’ailleurs fait sentir : ma parole gênait. Je suis donc venu là où je crois que Dieu travaille, et c’est ici, avec cette armée. Je ne renie rien de ce que j’ai prêché ; je le porte seulement où il sera mieux entendu.

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9 juillet 1429, 10h0011 min

Un échevin de Troyes, magistrat de la ville (figure représentative ; entretien reconstitué)

Un échevin de Troyes : « Nous avons ouvert les portes pour sauver la ville »

Magistrat d'une cité qui avait juré au roi d'Angleterre et au duc de Bourgogne, il a vu l'ost du roi de Bourges paraître sous les murs, les préparatifs d'assaut, la peur monter dans le peuple. Il revient sur les six jours qui ont précédé la reddition et l'ouverture des portes au dauphin Charles.

Troyes avait juré fidélité au parti anglo-bourguignon. Comment la ville en est-elle venue à recevoir le dauphin Charles ?

Il faut d'abord se souvenir d'où nous partions. Notre ville a donné son nom au traité qui, voici neuf ans, a réglé le sort du royaume : c'est ici qu'il fut juré que la couronne de France passerait à la maison d'Angleterre. Depuis, Troyes tenait pour ce parti, comme toute la Champagne ou peu s'en faut. Nous avions garnison, nous avions prêté serment, et nos marchands trafiquaient sous cette obédience. On ne renverse pas en huit jours ce qu'on a juré et vécu pendant neuf ans. Et pourtant nous l'avons fait. Je vous dirai comment, mais ne me demandez pas de le dire avec gloire : ce fut une affaire de nécessité plus que de cœur.

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17 juillet 1429, 12h0010 min

Articles secondaires

État des informations

Cette édition suit la chevauchée de la Loire et la marche sur Reims au présent de l’été 1429, jusqu’au sacre du 17 juillet, sans rien anticiper de ce qui pourrait suivre. Elle distingue partout ce qui est su, ce qui est ignoré et ce qui n’est que rapporté.

Ce que l’on sait

  • Après la levée du siège d’Orléans, l’armée du roi de Bourges a repris les places anglaises de la Loire — Jargeau, Meung, Beaugency — au cours de la première quinzaine de juin 1429.
  • L’armée anglaise de campagne a été rencontrée et rompue en rase plaine de Beauce, près de Patay, le 18 juin 1429 ; on dit Talbot pris.
  • Depuis Gien, le roi a résolu de marcher sur Reims à travers la Champagne, pays d’obédience bourguignonne, plutôt que sur la Normandie.
  • Les bonnes villes du chemin ont composé ou se sont soumises l’une après l’autre ; Troyes a ouvert ses portes au roi le 9 juillet, Châlons vers le 14, Reims le 16 juillet.
  • Charles a été oint et couronné roi de France dans la cathédrale de Reims, par la main de l’archevêque-chancelier Regnault de Chartres, le 17 juillet 1429.

Ce que l’on ignore

  • Les effectifs et les pertes ne sont connus que par fourchettes, les chiffres des chroniques étant peu fiables.
  • L’ordre et les dates exactes de certaines redditions de Champagne varient d’un jour à l’autre selon les rapports.
  • La part militaire réelle de la Pucelle dans la conduite de la marche et des combats demeure discutée, le commandement restant aux capitaines.

Le contexte

Depuis le désastre d’Azincourt (1415) et le traité de Troyes (1420), le roi d’Angleterre est reconnu héritier du trône de France ; à la double mort de 1422, le jeune Henri VI est dit « roi de France et d’Angleterre ».

Le dauphin Charles, déshérité et surnommé par dérision « roi de Bourges », tient le centre et le sud du royaume ; faute de sacre, ses adversaires lui contestent la couronne.

Au début de mai 1429, le siège d’Orléans, « le verrou de la Loire », a été levé ; l’armée du roi se retourne aussitôt contre les places que les Anglais tiennent encore sur le fleuve.

Reims, où l’on sacre les rois de France depuis des siècles, garde la sainte ampoule et le rite de l’onction ; mais la cité est en terre bourguignonne, loin derrière les lignes ennemies.

Carte de la journée

  • Jargeau · France

    Place forte de la Loire en amont d’Orléans, tenue par les Anglais ; sa prise rouvre la rivière vers l’est.

  • Meung-sur-Loire · France

    Ville et pont de la Loire en aval d’Orléans, tenus par les Anglais (Talbot) ; son pont commande un passage du fleuve.

  • Beaugency · France

    Place et pont de la Loire en aval, dernier verrou anglais du fleuve avant que la rivière ne soit dégagée.

  • Patay · France

    Bourg de Beauce, au nord de la Loire, où l’armée anglaise de campagne est rencontrée en rase plaine.

  • Gien · France

    Place de la Loire en amont, point de rassemblement de l’armée du roi avant la marche vers la Champagne.

  • Auxerre · France

    Ville de Bourgogne sur l’Yonne, première grande cité sur la route de Reims ; elle compose et ravitaille sans ouvrir ses portes.

  • Troyes · France

    Grande cité de Champagne, d’obédience bourguignonne, lieu du traité de 1420 ; première grande place à rendre ses portes au roi.

  • Châlons-en-Champagne · France

    Cité épiscopale de Champagne sur la Marne, dernier grand jalon avant Reims ; elle se soumet au roi sans combat.

  • Reims · France

    Cité du sacre des rois de France, siège de l’archevêché et de la sainte ampoule ; tenue par le parti bourguignon, elle ouvre ses portes à l’approche du roi.

La rivière rouverte

La chaîne des places de la Loire

En une semaine de juin 1429, les places que les Anglais tiennent sur la Loire tombent les unes après les autres, d’amont en aval, jusqu’à la rencontre de Patay. Qui tient quoi, dans quel ordre les verrous cèdent, et par où l’on repasse le fleuve : un état des passages tel qu’on le rapporte, sans rien préjuger de la suite.

Jargeau Emportée, vers le 12 juin

Place de la Loire en amont d’Orléans : prise d’assaut après bombardement ; on dit le comte de Suffolk pris dans l’affaire.

Meung-sur-Loire Pont enlevé, 15 juin

Le pont et son ouvrage sont enlevés, coupant le passage à l’ennemi ; la ville et son château restent un temps disputés.

Beaugency Rendue, 16-17 juin

La place compose et se rend par accord ; sa garnison anglaise obtient de se retirer, dit-on, avec ses bagages.

Patay Bataille, 18 juin

En rase plaine de Beauce, l’armée anglaise de campagne est rencontrée et rompue avant d’avoir pu se retrancher ; on dit Talbot pris.

Les passages du fleuve Rouverts d’amont en aval

Jargeau commande l’amont, Meung et Beaugency l’aval : leur chute rend à l’armée du roi la libre disposition des ponts de la Loire.

Effectifs et pertes Connus par fourchettes

Les chiffres des chroniques sont incertains et sans doute grossis ; nous les donnons en fourchettes prudentes, sans total assené.

Rapporté

Jargeau emportée

La place est prise d’assaut ; on rapporte la capture du comte de Suffolk.

Rapporté

Le pont de Meung enlevé

L’ouvrage du pont est forcé, coupant à l’ennemi un passage du fleuve.

Rapporté

Beaugency rendue

La place compose et se rend par accord.

Rapporté

Bataille de Patay

L’armée anglaise de campagne est rompue en Beauce ; on dit Talbot prisonnier.

Dates et ordre des chutes sont donnés d’après les rapports : ils peuvent varier d’un jour selon les sources.

Les effectifs anciens sont notoirement gonflés ; nous les donnons en fourchettes, sans chiffre rond.

La capture de Suffolk à Jargeau et de Talbot à Patay est rapportée comme telle, sans préjuger du reste.

La marche du sacre

La route de Gien à Reims

Depuis Gien, où l’armée s’est rassemblée, le roi pousse vers la Champagne par un long chemin à travers un pays d’obédience bourguignonne. Les bonnes villes de la route composent, se soumettent ou ferment leurs portes : étape par étape, l’état des passages tel qu’on le rapporte, sans rien préjuger de Reims.

Gien Départ, 29 juin

Point de rassemblement sur la Loire ; l’armée du roi s’y ébranle pour gagner la Champagne.

Auxerre Ravitaille, n’ouvre pas (1-3 juil.)

La cité bourguignonne compose : elle fournit des vivres et promet de suivre les autres villes, mais n’ouvre pas ses portes au roi.

Saint-Florentin, Saint-Fargeau, Brienon Soumises

Les petites places du chemin se soumettent ou composent l’une après l’autre, ouvrant la route vers Troyes.

Troyes Rendue, 9 juillet

Grande cité de Champagne : après quelques jours devant ses murs, elle compose et ouvre ses portes au roi.

Châlons Se soumet, vers le 14 juil.

La cité épiscopale sur la Marne reçoit le roi sans combat, dernier grand jalon avant Reims.

Reims Ouvre ses portes, 16 juillet

La ville du sacre, d’obédience bourguignonne, ouvre ses portes au roi à son approche, à la veille du sacre.

Confirmé

Départ de Gien

L’armée du roi s’ébranle vers la Champagne.

Rapporté

Auxerre compose

La ville ravitaille l’armée mais n’ouvre pas ses portes.

Rapporté

Troyes rend ses portes

La première grande place de Champagne ouvre au roi.

Rapporté

Châlons se soumet

La cité de la Marne reçoit le roi sans combat.

Rapporté

Reims ouvre ses portes

La ville du sacre ouvre au roi, à la veille du sacre.

L’itinéraire et les dates sont donnés d’après les rapports : ils peuvent varier d’un jour selon les sources.

Une ville « qui compose » ou « se soumet » ne s’ouvre pas toujours de la même manière : nous distinguons ravitaillement, accord et entrée du roi.

Reims demeure devant nous : nous notons l’approche, sans rien préjuger de ce qui s’y fera.

Analyse

Analyse

L'arme qui faisait trembler : les archers anglais ébranlés ?

Depuis trois quarts de siècle, l'archerie anglaise dicte la bataille rangée, et nos gens d'armes ont appris, à leurs dépens, à la fuir plutôt qu'à l'affronter de front. Or, à Patay, pour une fois, les archers ont été chargés et enfoncés avant d'avoir fiché leurs pieux et choisi leur terrain. Coup de fortune, ou nos capitaines ont-ils trouvé la parade ? Nous pesons la chose, sans rien trancher.

24 juin 1429, 08h006 min

Opinion

Les acteurs du moment

Roi de Bourges

Jeanne, dite la Pucelle

La fille venue de Lorraine

Jeune fille des marches de Lorraine (Domrémy, Vaucouleurs) qui, se disant envoyée de Dieu, se présente au dauphin Charles à Chinon au début de 1429 pour faire lever le siège d’Orléans.

Roi de Bourges

Le dauphin Charles

Prétendant à la couronne, « roi de Bourges »

Fils de Charles VI, déshérité par le traité de Troyes et surnommé par dérision « roi de Bourges ». Il tient le centre et le sud du royaume face au parti anglo-bourguignon.

Roi de Bourges

Étienne de Vignolles, dit La Hire

Capitaine de gens d’armes

Routier et capitaine fameux du parti du roi de Bourges, mêlé aux combats de la Loire et au secours d’Orléans.

Roi de Bourges

Poton de Xaintrailles

Capitaine de gens d’armes

Compagnon d’armes de La Hire, capitaine du parti du roi de Bourges engagé dans les opérations autour d’Orléans.

Roi de Bourges

Jean, bâtard d’Orléans

Capitaine, défenseur d’Orléans

Dit « le Bâtard d’Orléans », fils naturel de Louis d’Orléans et demi-frère du duc Charles d’Orléans, captif des Anglais depuis Azincourt. Il conduit la défense de la ville assiégée ; blessé à la journée des Harengs.

Anglo-bourguignons

Guillaume de la Pole, comte de Suffolk

Chef anglais du siège

Capitaine anglais qui reprend la conduite du siège d’Orléans après la mort de Salisbury, secondé par Talbot et Scales.

Anglo-bourguignons

John Talbot

Capitaine anglais

Homme de guerre anglais réputé, l’un des chefs du siège d’Orléans aux côtés de Suffolk et de Scales.

Anglo-bourguignons

John Fastolf

Capitaine anglais

Chef anglais qui escorte le convoi de vivres de carême attaqué en vain à Rouvray, lors de la « journée des Harengs ».

Roi de Bourges

Regnault de Chartres

Archevêque-duc de Reims, chancelier de France

Prélat et chancelier du roi de Bourges, il négocie la reddition des villes de Champagne et officie le sacre à Reims.

Roi de Bourges

Frère Richard

Prédicateur cordelier rallié

Franciscain prédicateur fameux, rallié à la cause du roi et de la Pucelle, mêlé aux redditions de Champagne (porteur de la lettre de la Pucelle aux Troyens).

Anglo-bourguignons

Un échevin de Troyes

Magistrat de la cité de Troyes (figure représentative)

Magistrat municipal d’une ville champenoise tenue par le parti bourguignon ; figure composite, non une personne réelle nommée.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps de la chevauchée ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.