À la une
Enluminure médiévale : les troupes françaises lèvent le siège d'Orléans en mai 1429, assaut de la ville et déroute des Anglais.

Les Anglais s’en vont : le siège d’Orléans est levé

Anonyme, « Prise d'Orléans » (1429), Vigiles de Charles VII de Martial d'Auvergne, fol. 57v, vers 1484, Bibliothèque nationale de France (ms. Français 5054) — Domaine public (Wikimedia Commons).

Ce dimanche, l’armée anglaise est sortie de ses bastilles, s’est rangée en bataille devant la ville, puis s’est retirée sans livrer combat. La veille, le fort des Tourelles était tombé. Après près de sept mois, Orléans est délivrée.

Notre envoyé à Orléans 8 mai 1429 5 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un échevin d’Orléans, magistrat de la ville (figure représentative ; entretien reconstitué)

Un échevin d’Orléans : « Nous tenons, mais le pont est coupé »

Depuis l’hôtel de ville, un magistrat de la cité nous reçoit entre deux séances de délibération. La poudre, les gages des hommes d’armes, les vivres, les faubourgs qu’on jette à bas : il dit le quotidien d’une ville qui s’organise pour durer, l’arche du pont rompue la séparant désormais de la rive du midi tenue par l’ennemi.

Où en est la ville, depuis que l’ennemi a pris pied de l’autre côté du fleuve ?

Nous tenons. Que cela soit dit avant tout le reste : les murs sont garnis, les portes gardées, et nul n’a parlé de rendre la cité. Mais je ne vous mentirai pas, le pont est coupé. On a rompu l’une des arches, du côté des Tourelles, sitôt que ce boulevard est tombé aux mains des Anglais, le mois passé. Tant que ce passage tenait, nous étions ouverts sur la Sologne et sur tout le pays du midi. À présent le fleuve nous garde d’un côté, et nous enferme de l’autre. Tout ce qui nous vient, nous vient désormais par la rive du nord, par la Beauce, et par les bateaux que l’on peut encore faire passer.

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12 novembre 14289 min

Un capitaine de la défense d’Orléans, homme de guerre des compagnies du roi de Bourges

Un capitaine au soir du siège : « Ils sont partis »

Au soir du 8 mai, dans une ville encore pleine de fumée et de cloches, un homme de guerre de la défense d’Orléans accepte de parler. Il a vécu Saint-Loup, les Augustins, les Tourelles. Il dit la fatigue, l’étonnement, et la prudence de celui qui ne sait pas ce que demain réserve.

Capitaine, ce matin les Anglais étaient encore en armes devant la ville. Qu’avez-vous vu, et que s’est-il passé ?

Ce que j’ai vu, c’est leur armée rangée en bataille, au nord, hors des bastilles qu’ils avaient encore. Ils nous attendaient, ou ils nous défiaient, je ne sais. Nous sommes sortis et nous nous sommes rangés aussi, face à eux, à portée. Et puis rien. Personne n’a chargé. On dit que la Pucelle a tenu qu’on ne devait pas livrer bataille un dimanche, et qu’on a fait dire une messe là, en plein champ, devant les deux armées. Quand le service fut achevé, ils s’ébranlèrent et s’en allèrent en bon ordre, sans rompre leurs rangs. Nous les avons laissés partir. Plus d’un ici l’a regretté, croyez-moi.

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8 mai 14299 min

Articles secondaires

État des informations

Cette édition suit le siège d’Orléans au présent de l’automne 1428 et du printemps 1429, sans en préjuger l’issue ni rien anticiper de ce qui pourrait suivre. Elle distingue partout ce qui est su, ce qui est ignoré et ce qui n’est que rapporté.

Ce que l’on sait

  • Les Anglais paraissent devant Orléans le 12 octobre 1428 et investissent la ville, dernier grand verrou de la Loire pour le parti du roi de Bourges.
  • Le comte de Salisbury, qui menait le siège, est mortellement frappé à une fenêtre des Tourelles peu après la prise de cette tête de pont.
  • La tentative d’intercepter un convoi de vivres anglais échoue à Rouvray le 12 février 1429 (« journée des Harengs »).
  • Une jeune fille venue de Lorraine, dite la Pucelle, est reçue par le dauphin Charles à Chinon au début de 1429, puis examinée par des clercs à Poitiers.
  • Une armée de secours partie de Blois entre dans Orléans à la fin d’avril ; une série d’assauts (Saint-Loup, les Augustins, les Tourelles) se déroule au début de mai.

Ce que l’on ignore

  • La date exacte de la mort de Salisbury n’est pas assurée (on la donne tantôt fin octobre, tantôt début novembre 1428).
  • Les effectifs et les pertes ne sont connus que par fourchettes, les chiffres des chroniques étant peu fiables.
  • La part militaire réelle de la Pucelle dans la conduite des assauts demeure discutée, le commandement restant aux capitaines.

Le contexte

Depuis le désastre d’Azincourt (1415) et le traité de Troyes (1420), le roi d’Angleterre est reconnu héritier du trône de France ; à la double mort de 1422, le jeune Henri VI est dit « roi de France et d’Angleterre ».

Le dauphin Charles, déshérité et surnommé par dérision « roi de Bourges », tient le centre et le sud du royaume ; la Loire est sa dernière grande ligne de défense.

Orléans, « le verrou de la Loire », commande la route du sud : sa chute ouvrirait le Berry au parti anglo-bourguignon.

Carte de la journée

    La situation de la place

    Orléans assiégée : la ville, le pont, les bastilles

    Carte schématique de la place d'Orléans à l'automne 1428. Au sud, la Loire et le grand pont, dont les assiégés ont abattu une arche ; à son extrémité méridionale, le fort des Tourelles, désormais aux mains anglaises, commande la tête de pont. Les faubourgs ont été rasés pour dégager les abords. À l'est s'ouvre la porte de Bourgogne, par où passent encore gens et vivres ; tout autour, l'ennemi resserre un anneau de bastilles, plus dense au nord-ouest, vers la route de Paris, que du côté du levant. En amont et en aval du fleuve, plusieurs places sont déjà tombées.

    La Loire et le pont Une arche abattue

    Le fleuve barre l'accès au sud. Les Orléanais ont rompu une arche de leur grand pont pour couper la liaison avec la rive gauche tenue par l'ennemi.

    Les Tourelles Tête de pont sud anglaise

    Le fort qui ferme l'extrémité méridionale du pont est tombé aux mains anglaises les 23-24 octobre ; on dit Glasdale à sa tête, avec une garnison qu'on évalue à sept ou huit cents hommes.

    Les faubourgs Rasés

    Pour dégager les abords et ne rien laisser à l'assiégeant, les habitants ont abattu les faubourgs et les édifices hors les murs — couvents, collégiales et maisons comprises.

    Porte de Bourgogne Issue de l'est

    À l'orient de la ville, la porte de Bourgogne reste l'ouverture par laquelle on espère encore faire entrer renforts et ravitaillement ; de ce côté l'ennemi est moins établi.

    L'anneau de bastilles Une douzaine, dit-on

    On compte autour de la place une série de bastilles et boulevards anglais — quelque dizaine selon les rapports —, serrés au nord-ouest entre la Loire et la route de Paris, plus clairsemés et éloignés du côté du levant (Saint-Loup, Saint-Jean-le-Blanc).

    Places de la Loire Prises en amont et en aval

    Avant d'aborder Orléans, l'ennemi s'est rendu maître des passages du fleuve : Meung et Beaugency en aval, Jargeau en amont, et il tient le pays jusqu'à Janville vers le nord.

    Garnison et bourgeois en armes Plusieurs milliers

    On dit la ville défendue par plusieurs milliers d'hommes d'armes, renforcés des bourgeois en armes ; les chiffres courent de quelques milliers à davantage et restent incertains.

    L'ost anglais Quelques milliers

    L'armée qui investit la place compterait quelques milliers de combattants — assez pour cerner Orléans au nord-ouest, trop peu pour fermer partout le cercle, surtout au levant.

    Confirmé

    Les Anglais devant Orléans

    L'ost de Salisbury paraît devant la ville et met le siège après avoir enlevé les places voisines de la Loire.

    Rapporté

    Chute des Tourelles

    Le fort de la tête de pont sud tombe ; c'est à l'une de ses fenêtres que Salisbury est frappé par un trait d'artillerie — on le dit depuis mort de sa blessure, à Meung, sans qu'on s'accorde sur le jour.

    Incertain

    L'anneau se resserre

    Faubourgs abattus, l'ennemi élève peu à peu sa ceinture de bastilles autour de la place, sans parvenir à la clore tout entière.

    Carte schématique reconstituée d'après les sources : positions et tracés sont donnés à titre indicatif, non à l'échelle.

    Les effectifs anciens sont notoirement gonflés ; nous les donnons en fourchettes prudentes, sans chiffre rond asséné.

    La date de la mort de Salisbury demeure incertaine, comme le compte exact des bastilles, sur lesquels les rapports divergent.

    Analyse

    Opinion

    Les acteurs du moment

    Roi de Bourges

    Jeanne, dite la Pucelle

    La fille venue de Lorraine

    Jeune fille des marches de Lorraine (Domrémy, Vaucouleurs) qui, se disant envoyée de Dieu, se présente au dauphin Charles à Chinon au début de 1429 pour faire lever le siège d’Orléans.

    Roi de Bourges

    Jean, bâtard d’Orléans

    Capitaine, défenseur d’Orléans

    Dit « le Bâtard d’Orléans », fils naturel de Louis d’Orléans et demi-frère du duc Charles d’Orléans, captif des Anglais depuis Azincourt. Il conduit la défense de la ville assiégée ; blessé à la journée des Harengs.

    Roi de Bourges

    Raoul de Gaucourt

    Gouverneur d’Orléans

    Capitaine au service du roi de Bourges, gouverneur et bailli d’Orléans, il dirige la mise en défense de la place durant le siège.

    Roi de Bourges

    Étienne de Vignolles, dit La Hire

    Capitaine de gens d’armes

    Routier et capitaine fameux du parti du roi de Bourges, mêlé aux combats de la Loire et au secours d’Orléans.

    Roi de Bourges

    Poton de Xaintrailles

    Capitaine de gens d’armes

    Compagnon d’armes de La Hire, capitaine du parti du roi de Bourges engagé dans les opérations autour d’Orléans.

    Roi de Bourges

    Le dauphin Charles

    Prétendant à la couronne, « roi de Bourges »

    Fils de Charles VI, déshérité par le traité de Troyes et surnommé par dérision « roi de Bourges ». Il tient le centre et le sud du royaume face au parti anglo-bourguignon.

    Roi de Bourges

    Robert de Baudricourt

    Capitaine de Vaucouleurs

    Capitaine du roi à Vaucouleurs qui, après l’avoir d’abord éconduite, accorde finalement à la Pucelle une escorte pour gagner la cour de Chinon.

    Anglo-bourguignons

    Thomas Montagu, comte de Salisbury

    Chef anglais du siège

    Capitaine anglais aguerri, maître des places de la Loire, il conduit le siège d’Orléans depuis son commencement avant d’être mortellement frappé à une fenêtre des Tourelles.

    Anglo-bourguignons

    Guillaume de la Pole, comte de Suffolk

    Chef anglais du siège

    Capitaine anglais qui reprend la conduite du siège d’Orléans après la mort de Salisbury, secondé par Talbot et Scales.

    Anglo-bourguignons

    John Talbot

    Capitaine anglais

    Homme de guerre anglais réputé, l’un des chefs du siège d’Orléans aux côtés de Suffolk et de Scales.

    Anglo-bourguignons

    Thomas, sire de Scales

    Capitaine anglais

    Capitaine anglais engagé au siège d’Orléans dans l’état-major qui succède à Salisbury.

    Anglo-bourguignons

    William Glasdale

    Capitaine anglais des Tourelles

    Capitaine anglais qui commande au fort des Tourelles, la tête de pont sud, lors du siège d’Orléans.

    Anglo-bourguignons

    John Fastolf

    Capitaine anglais

    Chef anglais qui escorte le convoi de vivres de carême attaqué en vain à Rouvray, lors de la « journée des Harengs ».

    Roi de Bourges

    John Stuart de Darnley

    Chef des Écossais

    Connétable des troupes écossaises alliées au roi de Bourges, tué à la journée des Harengs (Rouvray).

    Sources historiques utilisées

    secondary

    Jeanne d’Arc — Wikipédia

    Origine, départ de Vaucouleurs, réception à Chinon, examen de Poitiers, présence au siège d’Orléans.

    primary

    Journal du siège d’Orléans

    Chronique au jour le jour du siège, côté assiégé ; témoignage partial et de rédaction un peu postérieure, à manier avec prudence.

    editorial-reconstruction

    Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

    Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps du siège ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.