À la une
Enluminure médiévale montrant le roi Richard Cœur de Lion, couronné et portant un écu aux léopards, chevauchant en tête de ses chevaliers armés devant les remparts et la porte fortifiée d'une ville.

Trêve avec Saladin : les pèlerins pourront prier au Saint-Sépulcre

Maître de Fauvel et Richard de Montbaston, « Arrivée de Richard Cœur de Lion à Beît Nûbâ », miniature du Roman de Godefroy de Bouillon (1337), Bibliothèque nationale de France, Français 22495, f. 243v — domaine public (Wikimedia Commons).

Conclue hier à Jaffa, une trêve de trois ans arrête les armes entre le roi Richard et le sultan. Le littoral de Tyr à Jaffa demeure aux mains des chrétiens ; Jérusalem reste au Sarrasin, mais nos pèlerins y pourront enfin monter prier au tombeau du Christ.

Foulque de Nesle, clerc à la suite de l'ost, devant Jaffa 3 septembre 1192 7 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un chevalier de l’ost, deux ans devant Acre

Un chevalier de l’ost raconte : « Nous mourions plus de faim que de fer »

Depuis près de deux ans, des hommes du Poitou, d’Anjou et de bien d’autres terres campent devant Acre, pris entre la muraille et l’armée du sultan. Au lendemain du débarquement de Richard, l’un d’eux a accepté de nous dire ce que fut, pour lui, cette longue attente.

Depuis combien de temps êtes-vous devant Acre ?

Depuis la fin de l’été de l’an de grâce 1189. J’étais du petit nombre qui suivit le roi Guy quand il vint dresser sa tente devant ces murs, à peine sorti des prisons du sultan. On était une poignée, alors. On se disait qu’il fallait bien commencer quelque part, reprendre un seul rivage, et qu’on serait rejoints. On l’a été. Mais j’ai vu passer deux hivers ici, et je ne pensais pas, au premier jour, qu’il m’en faudrait tant.

Lire l’entretien
9 juin 11919 min

un armateur et patron de galère pisan, personnage composite reconstitué à partir de plusieurs témoignages de marchands italiens engagés au siège d'Acre

Sans nos galères, pas de siège : entretien avec un armateur pisan

On chante la prouesse des rois et des chevaliers. Un patron de galère de Pise, dont les nefs mouillent devant Acre depuis le premier jour du siège, rappelle que la ville s'est rendue d'abord parce que la mer lui a été fermée.

Depuis quand vos galères sont-elles devant cette ville ?

Depuis l'été de l'an 1189. Monseigneur Ubaldo, notre archevêque, avait quitté Pise au printemps avec plus de cinquante voiles. Nous avons longé la côte, touché la Sicile, puis gagné la Syrie où le comte Guy venait tout juste de planter son camp devant Acre, avec une poignée d'hommes à peine suffisante pour investir la place. Sans nos nefs pour lui porter des renforts et fermer la mer, ce siège n'aurait pas duré une saison : il aurait fallu lever le camp.

Lire l’entretien
13 juillet 11919 min

Un chapelain de l'ost, attaché à la suite d'un des grands seigneurs devant Acre (il a demandé que son nom propre ne soit pas donné)

Un chapelain de l'ost : « Nous n'avons pas pris la croix pour de l'or, mais pour la revoir »

Deux jours après la reddition d'Acre, le traité promet la restitution de la Vraie Croix, perdue à Hattin voici quatre étés. Un chapelain du camp franc nous dit ce que ce vœu, cette pénitence et cette relique attendue signifient pour ceux qui ont pris la mer pour Jérusalem.

Mon père, avant toute chose : qu'est-ce que la Vraie Croix, pour qui ne l'a jamais vue ?

C'est un fragment du bois même sur lequel Notre-Seigneur fut mis à mort, retrouvé à Jérusalem du temps de la mère de l'empereur Constantin, il y a près de neuf cents ans, et gardé depuis en l'église du Saint-Sépulcre. Depuis que le royaume latin fut fondé, voici près d'un siècle, on la porte devant nos armées quand elles marchent au combat, enchâssée dans l'or, comme on porterait devant un peuple son étendard le plus sacré. Ce n'est pas une relique parmi d'autres : c'est le signe même sous lequel Godefroy et ses successeurs ont tenu ce royaume. La perdre, à Hattin, ce ne fut pas seulement perdre une bataille. Ce fut voir Dieu nous retirer, semblait-il, sa protection la plus visible.

Lire l’entretien
14 juillet 119112 min

al-Adil Sayf al-Din (« Saphadin » pour les Francs), frère du sultan Saladin et son principal négociateur auprès du camp franc ; propos recueillis par l'entremise d'un truchement pendant les pourparlers de la trêve

al-Adil, frère du sultan : « La trêve n'abandonne rien ; elle donne son temps à la parole donnée »

C'est lui qui, depuis des mois, porte les paroles d'un camp à l'autre. al-Adil, que les Francs nomment Saphadin, frère du sultan Saladin et artisan de l'accord de trois ans, s'explique par la voix d'un truchement sur ce que la trêve concède, sur ce qu'elle préserve, et sur les raisons pour lesquelles arrêter les armes n'est ni faiblesse ni reniement.

Émir, c'est vous, et non le sultan votre frère, qui traitez avec nos rois. Pourquoi vous ?

Parce qu'un sultan ne marchande pas lui-même, comme un roi ne descend pas discuter le prix d'une ville sur le seuil de sa tente. Mon frère le sultan commande les armées et tranche ; il ne peut pas passer ses journées à peser des mots avec vos envoyés, à reprendre vingt fois la même clause, à recevoir des présents et à en rendre. Ce travail-là, patient, revient à un homme de sa maison en qui il a confiance, et qui a gouverné pour lui l'Égypte et des villes de Syrie. J'ai fait la guerre à vos côtés opposés depuis assez d'années pour connaître ce que vaut un accord et ce que vaut une menace. Et puis il faut, entre deux camps qui ne se fient pas, un visage constant : depuis des mois, c'est le mien que vos gens voient revenir. Cela use, mais cela sert. Un accord se noue plus vite entre des hommes qui se sont déjà parlé dix fois qu'entre deux souverains qui ne se sont jamais vus.

Lire l’entretien
4 septembre 119213 min

Articles secondaires

État des informations

La chronique est tenue à la suite de l'ost par une plume latine légère (« Sarrasins », « Infidèles », foi en la guerre sainte, Vraie Croix vénérée) : cette couleur de voix ne déforme aucun fait, logé distinctement ici. Le massacre des prisonniers d'Ayyadieh n'est pas gommé et son motif reste un débat ; la légende de courtoisie Richard-Saladin n'est pas prise pour argent comptant ; le commanditaire du meurtre de Conrad n'est pas tranché ; effectifs et pertes sont en ordre de grandeur. La trêve de Jaffa est donnée comme une trêve : rien de la suite (retour de Richard, avenir de Jérusalem) n'est préjugé.

Ce que l’on sait

  • Le siège d'Acre, entamé par Guy de Lusignan en août 1189, s'est achevé par la reddition de la ville le 12 juillet 1191, après l'arrivée des flottes de Philippe Auguste (20 avril) puis de Richard (8 juin).
  • Le 20 août 1191, les pourparlers sur la rançon, la Vraie Croix et les captifs ayant échoué, Richard fit exécuter plusieurs milliers de prisonniers musulmans (fourchette de 2 600 à 3 000) sur la colline d'Ayyadieh ; Saladin usa de représailles sur des captifs chrétiens.
  • La marche vers le sud aboutit à la victoire d'Arsouf (7 septembre 1191), première grande victoire chrétienne en bataille rangée depuis Montgisard (1177).
  • Conrad de Montferrat, reconnu roi de Jérusalem, fut assassiné à Tyr le 28 avril 1192 par deux Nizârites (Assassins). La trêve de Jaffa (2 septembre 1192), conclue pour trois ans, laisse aux chrétiens le littoral de Tyr à Jaffa et Jérusalem aux musulmans, avec libre accès garanti aux pèlerins.

Ce que l’on ignore

  • Les effectifs et les pertes des deux camps — armée impériale de Barberousse, ost devant Acre, armée de secours de Saladin, bilan d'Arsouf — ne sont pas connus : les nombres d'époque sont gonflés et donnés en ordre de grandeur.
  • La motivation profonde de Richard au massacre d'Ayyadieh (nécessité militaire de ne pouvoir garder les prisonniers avant de marcher au sud, ou colère devant l'atermoiement de Saladin) reste débattue.
  • Le commanditaire de l'assassinat de Conrad de Montferrat n'est pas élucidé ; les termes exacts de la rançon d'Acre varient selon les sources.

Le contexte

Après le désastre de Hattin (4 juillet 1187) et la perte de Jérusalem (2 octobre 1187), le royaume latin est réduit à quelques ports ; le pape appelle à une nouvelle croisade.

Trois souverains prennent la croix : l'empereur Frédéric Barberousse, qui se noie en route (10 juin 1190) et dont l'armée se disloque, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion.

L'axe de la croisade devient le long siège d'Acre, entamé par Guy de Lusignan en août 1189 : les Francs assiègent la ville tout en étant eux-mêmes encerclés par l'armée de secours de Saladin. L'arrivée des flottes des deux rois (avril et juin 1191) débloque la situation.

Acre se rend le 12 juillet 1191. Suivent le massacre des prisonniers d'Ayyadieh (20 août), la victoire d'Arsouf (7 septembre), deux avancées avortées vers Jérusalem et l'assassinat de Conrad de Montferrat (28 avril 1192), avant la trêve de Jaffa (2 septembre 1192).

Carte de la journée

  • Acre (Saint-Jean-d'Acre) · Israël (Akko)

    Grand port fortifié de la côte de Syrie-Palestine, le meilleur mouillage du littoral. Perdu après Hattin, il est assiégé par les Francs à partir d'août 1189 : verrou maritime dont la reprise conditionne toute reconquête. La ville se rend le 12 juillet 1191.

  • Tyr · Liban

    Ville portuaire sur la côte, sauvée de Saladin après Hattin par Conrad de Montferrat. Dernier grand refuge des Francs de Terre sainte, base de la reconquête et enjeu de la querelle pour la couronne de Jérusalem. Conrad y est assassiné le 28 avril 1192.

  • Jaffa · Israël (Jaffa/Tel-Aviv)

    Port de la côte, débouché naturel de la route de Jérusalem. Reprise et refortifiée par Richard après Arsouf comme base d'une marche vers la Ville sainte. Elle donne son nom à la trêve conclue le 2 septembre 1192.

  • Arsouf (Arsuf) · Israël

    Place de la côte entre Césarée et Jaffa, en lisière de la forêt d'Arsouf. C'est là, le 7 septembre 1191, que l'armée croisée en marche livre et gagne une bataille rangée contre Saladin.

  • Ascalon · Israël (Ashkelon)

    Place forte de la côte au sud de Jaffa, verrou de la route d'Égypte. Rasée par Saladin puis refortifiée par Richard (janvier 1192) ; par la trêve de Jaffa, elle est de nouveau démantelée et rendue.

  • Beit Nuba · Cisjordanie

    Bourg des collines de Judée, à une douzaine de milles de Jérusalem, terme des deux avancées de l'armée croisée (hiver 1191-1192, puis juin 1192). De là, la Ville sainte semble à portée — mais l'armée s'y arrête, faute de pouvoir la tenir une fois prise.

  • Jérusalem · Israël / Cisjordanie

    La Ville sainte, but de la croisade, perdue par les Francs après Hattin (2 octobre 1187) et tenue par Saladin. Objet de toute l'entreprise ; les armées s'en approchent deux fois sans l'assiéger (informatif).

Syrie-Palestine, automne 1191

Le littoral et la marche vers le sud : le chapelet des ports, d'Acre à Ascalon

Depuis la reddition d'Acre, l'ost ne s'enfonce pas dans les terres : il descend la côte, port après port, la flotte à son flanc. C'est elle qui porte le pain, l'eau et le fer que la terre, ravagée sur son passage, ne donne plus. Tenir le littoral, c'est tenir la mer ; tenir la mer, c'est nourrir l'armée. Jérusalem reste au bout de cette route, mais loin encore à l'intérieur des terres. Carte schématique, dressée d'après ce que l'on sait au camp ; les distances n'y sont qu'indicatives.

Tyr Au nord, place tenue depuis la chute du royaume

Seule grande place de la côte à n'être jamais tombée après le désastre de 1187, défendue alors par Conrad de Montferrat. Elle reste, avec Acre, le point d'appui du nord.

Acre Reprise le 12 juillet, base de l'ost

Après près de deux ans de siège, la ville s'est rendue aux deux rois. C'est d'Acre que l'armée s'est mise en marche vers le sud le 22 août, sous la protection de la flotte qui longe la côte.

Haïfa Occupée sans combat, garnison partie la veille

Première étape de la marche : la place est trouvée vidée par sa garnison, qui s'est retirée avant l'arrivée de l'ost. L'armée franque avance, harcelée sur son flanc par les cavaliers d'al-Adil.

Césarée Étape sur la route côtière

Ancienne place forte de la côte, franchie par l'ost dans sa descente vers le sud, entre Haïfa et Arsouf. On y attend le passage de renforts et de convois venus par mer.

Arsouf Bataille rangée le 7 septembre, victoire franque

Aux abords de la place, l'armée de Saladin, qui harcelait la colonne depuis Acre, se jette sur elle en bataille rangée. La charge des Hospitaliers puis de toute la ligne renverse l'assaut : première victoire chrétienne en rase campagne depuis des années.

Jaffa Port à reprendre, base visée vers Jérusalem

Après Arsouf, l'ost pousse jusqu'à Jaffa, port le plus proche de Jérusalem sur cette côte. Le dessein est d'en refaire une place forte et un point de débarquement avant d'envisager la route de l'intérieur ; l'ouvrage n'est pas achevé.

Ascalon Verrou de la route d'Égypte, sort encore incertain

Plus au sud, sur la route qui mène vers l'Égypte, Ascalon commande le passage. Qui la tient ferme ou ouvre cette route. Son sort — démantèlement, abandon, reprise — n'est pas fixé à l'heure où l'on dresse cette carte.

Jérusalem À l'intérieur des terres, hors de portée immédiate

La ville sainte, but de toute la croisade, ne se trouve pas sur la côte mais à l'intérieur, à plusieurs jours de marche du littoral. Tant que la mer et ses ports ne sont pas assurés d'un bout à l'autre, l'ost ne s'y engage pas.

Confirmé

Reddition d'Acre

La place capitule aux deux rois après près de deux ans de siège. Elle devient la base arrière de toute la campagne du littoral.

Confirmé

L'ost quitte Acre vers le sud

L'armée se met en marche le long de la côte, en colonne serrée, la flotte à son flanc pour porter vivres et matériel.

Confirmé

Haïfa, puis Césarée

Haïfa est trouvée abandonnée par sa garnison ; l'ost passe ensuite par Césarée, harcelé tout au long par la cavalerie de Saladin.

Confirmé

Bataille d'Arsouf

L'armée de Saladin attaque la colonne en bataille rangée aux abords d'Arsouf ; la charge franque l'emporte.

Incertain

Vers Jaffa, puis au-delà

L'ost pousse jusqu'à Jaffa, dessein de base vers Jérusalem. Le sort d'Ascalon, plus au sud, et la suite de la marche vers l'intérieur restent à écrire.

Carte schématique : le tracé du littoral, les distances entre places et la position exacte des routes intérieures ne sont donnés qu'à titre indicatif.

Cette infographie fixe l'état des lieux tel que connu au camp après Arsouf : elle ne préjuge de rien pour Jaffa, Ascalon ni pour la suite de la marche vers Jérusalem.

Les effectifs engagés à Arsouf, avancés dans les récits, varient fortement selon les témoins ; aucun chiffre ferme n'est retenu ici.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Croisés

Richard Cœur de Lion

Roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, chef croisé

Roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, guerrier de grande réputation. Il a pris Chypre en chemin et débarque devant Acre le 8 juin 1191 avec une flotte et un matériel de siège qui font pencher la balance. Il conduit la prise de la ville, puis la marche vers le sud ; c'est par al-Adil, frère du sultan, qu'il traite avec le camp adverse.

Croisés

Philippe Auguste

Roi de France, chef croisé

Roi de France, débarqué devant Acre le 20 avril 1191, le premier des deux rois. Il dresse les machines et presse le siège, mais tombe malade et, en rivalité avec Richard, rembarque pour la France fin juillet, laissant ses gens sous le duc Hugues de Bourgogne. Son départ pèse sur la suite de la croisade.

Croisés

Frédéric Barberousse

Empereur du Saint-Empire, croisé

Le plus prestigieux des trois souverains croisés, parti par la voie de terre à la tête d'une grande armée. Il se noie le 10 juin 1190 dans un fleuve de Cilicie, le Saleph ; son armée se disloque de deuil et de faim, et seuls des restes atteignent la Terre sainte. Le rêve d'un secours impérial s'est brisé en route.

Croisés

Guy de Lusignan

Roi de Jérusalem, initiateur du siège d'Acre

Roi de Jérusalem par son mariage avec la reine Sibylle, vaincu et capturé à Hattin, puis relâché par Saladin. Malgré son serment, il vient mettre le siège devant Acre en août 1189 avec une petite troupe. La mort de Sibylle lui ôte son titre et ouvre une querelle de succession avec Conrad de Montferrat.

Croisés

Conrad de Montferrat

Défenseur de Tyr, prétendant au trône de Jérusalem

Marquis italien qui, arrivé à point nommé, a sauvé Tyr de Saladin après Hattin et en a fait le dernier grand refuge des Francs. Habile et populaire auprès des barons d'Outremer, il dispute à Guy de Lusignan la couronne de Jérusalem, avec l'appui du roi de France.

Croisés

Hugues III de Bourgogne

Duc de Bourgogne, chef du contingent français

Duc de Bourgogne, laissé à la tête des Français après le départ de Philippe Auguste. Il commande le gros contingent français dans la marche vers le sud et les avancées vers Jérusalem, non sans frictions avec Richard sur la conduite de la guerre.

Sarrasins

Saladin

Sultan d'Égypte et de Syrie, chef de l'armée de secours

Salah al-Din, sultan d'Égypte et de Syrie, vainqueur de Hattin et reconquérant de Jérusalem en 1187. Il tient l'armée de secours qui encercle les assiégeants d'Acre, puis harcèle la marche croisée vers le sud. Adversaire redouté, dont on vante déjà, jusque dans le camp franc, la parole et la libéralité.

Sarrasins

Al-Adil (Saphadin)

Frère de Saladin, négociateur du camp ayyoubide

Frère cadet de Saladin, homme de guerre et de conseil. C'est lui qui mène l'essentiel des pourparlers avec Richard et ses envoyés ; les Latins l'appellent Saphadin. Les tractations passent par lui, jamais par une entrevue des deux rois, qui ne se sont pas rencontrés.

Sarrasins

Baha al-Din ibn Shaddad

Juge et conseiller de Saladin, témoin oculaire

Cadi et proche conseiller de Saladin, présent à son camp. Témoin des combats d'Acre et du massacre des prisonniers d'Ayyadieh, dont il laisse un récit ; il note que des croisés eux-mêmes en furent troublés. Source précieuse mais d'un seul camp, à croiser avec les chroniqueurs latins.

Croisés

Isabelle de Jérusalem

Héritière du royaume de Jérusalem

Fille du roi Amaury, elle porte un droit sur la couronne de Jérusalem. Mariée à Conrad de Montferrat, elle incarne la légitimité que se disputent les partis ; veuve, elle est aussitôt remariée à Henri de Champagne, pour que la couronne ne demeure pas sans titulaire.

Croisés

Henri de Champagne

Comte de Champagne, neveu des deux rois

Comte de Champagne, neveu à la fois de Richard et de Philippe Auguste, arrivé en Terre sainte à la tête d'un fort contingent. Après le meurtre de Conrad, les barons de Tyr le portent à la tête du royaume en le mariant à Isabelle.

Indéterminé

Les Assassins (Nizârites)

Secte ismaélienne des montagnes de Syrie

Branche ismaélienne installée dans des forteresses de montagne, obéissant à un maître que les Latins nomment le Vieux de la Montagne. On leur attribue des meurtres politiques commis par des hommes prêts à mourir ; deux d'entre eux poignardent Conrad à Tyr. Pour qui, et sur l'ordre de qui, nul ne le sait au juste.

Sources historiques utilisées

secondary

Troisième croisade — Wikipédia

Vue d'ensemble de la croisade des rois (1189-1192) : appel après Hattin, prise de croix de Barberousse, Philippe Auguste et Richard, noyade de l'empereur en route, long siège d'Acre, reddition du 12 juillet 1191, départ de Philippe, massacre des prisonniers d'Ayyadieh, marche vers le sud et victoire d'Arsouf, avancées avortées vers Jérusalem, trêve de Jaffa du 2 septembre 1192.

secondary

Siège de Saint-Jean-d'Acre (1189-1191) — Wikipédia

Le siège d'Acre proprement dit : entamé par Guy de Lusignan en août 1189, guerre de tranchées entre la garnison de la ville et l'armée de secours de Saladin qui encercle les assiégeants, famine et épidémies dans les deux camps, arrivée des flottes royales (Philippe le 20 avril, Richard le 8 juin 1191), reddition du 12 juillet et ses termes.

secondary

Massacre at Ayyadieh — Wikipedia

Le massacre du 20 août 1191 : échec des pourparlers (rançon, Vraie Croix, captifs chrétiens), ordre de Richard, exécution de quelque 2 600 à 3 000 prisonniers musulmans sur la colline d'Ayyadieh sous les yeux de l'armée de Saladin, représailles de Saladin sur des captifs chrétiens. Sources croisées des deux camps, dont le témoin oculaire Baha al-Din ibn Shaddad.

secondary

Bataille d'Arsouf — Wikipédia

La bataille du 7 septembre 1191 : marche de l'armée croisée d'Acre vers Jaffa en colonne serrée le long de la côte, harcèlement de Saladin, discipline défensive de Richard, charge des Hospitaliers puis de toute la ligne, débandade sarrasine. Première grande victoire chrétienne en bataille rangée depuis Montgisard (1177).

secondary

Conrad de Montferrat — Wikipédia

Le défenseur de Tyr et prétendant au trône de Jérusalem : rivalité avec Guy de Lusignan pour la couronne, reconnaissance comme roi en avril 1192, assassinat à Tyr le 28 avril 1192 par deux Nizârites (Assassins). Commanditaire jamais élucidé : hypothèses multiples (Sinan, Saladin, Richard soupçonné par la rumeur), aucune prouvée.

secondary

Treaty of Jaffa (1192) — Wikipedia

La trêve du 2 septembre 1192 : trêve de trois ans, littoral de Tyr à Jaffa laissé aux chrétiens, Ascalon démantelée et rendue, Jérusalem restant musulmane mais avec libre accès garanti aux pèlerins chrétiens. Départ de Richard le 9 octobre 1192.

secondary

Richard Cœur de Lion — Wikipédia

Le roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, l'un des trois souverains croisés : réputation guerrière, prise de Chypre en route, conduite du siège d'Acre et de la marche vers le sud, négociations menées côté ayyoubide par al-Adil (les deux rois ne se sont jamais rencontrés).

secondary

Saladin — Wikipédia

Salah al-Din, sultan d'Égypte et de Syrie, vainqueur de Hattin (1187) et reconquérant de Jérusalem : chef de l'armée de secours devant Acre, adversaire de la croisade des rois. Vu par des yeux latins — respect possible, sans hagiographie ; sa légende de courtoisie est en grande partie postérieure.

secondary

Frédéric Barberousse — Wikipédia

L'empereur du Saint-Empire, le plus prestigieux des trois croisés : parti par la voie de terre à la tête d'une grande armée, noyé le 10 juin 1190 dans le fleuve Saleph (Göksu) en Cilicie ; son armée se disloque et seuls des restes atteignent la Terre sainte.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique — la chronique de la croisade des rois

Les articles sont écrits comme si une chronique était tenue à la suite de l'ost, du siège d'Acre à la trêve de Jaffa (1191-1192), sans rien préjuger au-delà de leur date. La voix adopte le vocabulaire d'époque (« Sarrasins », « Infidèles », foi en la guerre sainte) comme dispositif d'immersion ; les faits, eux, sont tenus dans les relevés de faits, distincts de la ferveur. Le massacre des prisonniers d'Ayyadieh n'est pas gommé ; la « courtoisie » Richard-Saladin n'est pas prise pour argent comptant ; le commanditaire de l'assassinat de Conrad n'est pas fixé ; effectifs et pertes en ordre de grandeur ; la trêve est donnée comme une trêve.