État des informations

Nous rapportons la prise et le massacre comme des faits établis, sans les euphémiser, mais sans avancer de chiffre unique de morts. Nous n'ouvrons rien au-delà de ce jour.

Ce que l’on sait

  • Jérusalem a été prise d'assaut le 15 juillet 1099 : la tour de Godefroy de Bouillon a atteint le rempart nord au matin, les Francs ont percé et sont entrés vers midi.
  • La Tour de David s'est rendue à Raymond de Saint-Gilles ; le gouverneur fatimide Iftikhâr ad-Dawla a obtenu la vie sauve et un sauf-conduit vers Ascalon.
  • La prise s'est accompagnée d'un massacre massif de la population, musulmans et juifs, et du pillage de la ville.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre de morts est inconnu : on ne peut en donner qu'une fourchette, de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers, jamais un chiffre sûr.
  • Le sort exact de chaque quartier et de la communauté juive n'est pas établi.

Le contexte

Partie de Clermont sur l'appel du pape Urbain II en 1095, l'armée franque a pris Nicée (1097), puis Antioche (1097-1098), avant de descendre vers Jérusalem au printemps 1099.

La Ville sainte est aux mains de l'islam depuis 638 ; elle a été reprise aux Turcs seldjoukides par les Fatimides d'Égypte en août 1098, et une garnison égyptienne la tient sous le gouverneur Iftikhâr ad-Dawla.

L'ost campe devant les murailles depuis le 7 juin 1099, dans la chaleur d'été, les puits comblés et les arbres coupés alentour.

Carte de la journée

  • Jérusalem · Israël / Territoires palestiniens

    La Ville sainte, tenue par une garnison fatimide égyptienne, assiégée par l'armée franque du 7 juin au 15 juillet 1099. Ses points clés : les remparts nord et sud, la Tour de David (citadelle, à l'ouest) et l'esplanade des sanctuaires (mosquée al-Aqsa).

  • Jaffa · Israël

    Port de la côte où débarquent, le 17 juin 1099, des navires génois et anglais apportant bois, cordages et charpentiers, sans lesquels les machines de siège n'auraient pu être construites.

  • Mont des Oliviers · Israël / Territoires palestiniens

    Hauteur à l'est de Jérusalem, hors les murs, terme de la procession pénitentielle des croisés le 8 juillet 1099, où plusieurs prédicateurs haranguent l'armée.

  • Ascalon · Israël

    Place forte fatimide sur la côte, au sud, vers laquelle le gouverneur Iftikhâr ad-Dawla obtient un sauf-conduit après la reddition de la Tour de David ; base de l'armée de secours égyptienne.

Le siège en un coup d’œil

Plan du siège de Jérusalem (juin – juillet 1099)

Cinq semaines de siège autour de la Ville sainte. Deux camps francs se partagent l’assaut : celui du nord, sous Godefroy de Bouillon, Robert de Flandre, Robert de Normandie et Tancrède ; celui du sud, sur le mont Sion, sous Raymond de Saint-Gilles. Chacun dresse une grande tour de bois roulante. Dans la ville, la garnison fatimide égyptienne tient la Tour de David (la citadelle, à l’ouest) et l’esplanade des sanctuaires (mosquée al-Aqsa, que les Francs nomment « Temple de Salomon »). Au levant, hors les murs, le mont des Oliviers, terme de la procession du 8 juillet. Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur : aucune source d’époque ne les fixe avec certitude.

Armée franque ≈ 12 000 – 15 000

Dont environ 1 200 à 1 300 chevaliers. Estimations d’historiens, non un décompte d’époque.

Garnison fatimide ≈ 400 cavaliers

Contingent égyptien global estimé de 3 000 à 4 500 hommes, sous le gouverneur Iftikhâr ad-Dawla. Ordre de grandeur.

Machines de jet adverses ≈ 14 pierrières

Chiffre de synthèse (une quinzaine de machines de jet servies depuis les remparts), non recoupé par une chronique primaire.

Durée du siège 5 semaines

Du 7 juin (arrivée devant les murs) au 15 juillet 1099 (prise de la ville).

Confirmé

L’ost devant Jérusalem

L’armée franque campe devant les murailles. Puits comblés ou souillés, arbres coupés alentour, forte chaleur.

Confirmé

Premier assaut repoussé

Attaque menée sans tours ni échelles suffisantes : elle échoue.

Confirmé

Le bois arrive à Jaffa

Des navires génois et anglais débarquent bois, cordages, outils et charpentiers. On peut enfin bâtir les machines.

Confirmé

Jeûne et procession

Après trois jours de jeûne, procession pieds nus autour des murs jusqu’au mont des Oliviers, sous les huées des défenseurs.

Rapporté

La tour du nord déplacée

Les hommes de Godefroy démontent leur tour et la remontent de nuit face à un point moins défendu du rempart nord.

Confirmé

La ville est prise

La tour atteint le rempart au matin ; les Francs percent au nord et entrent vers midi. La Tour de David se rend à Raymond de Saint-Gilles ; sauf-conduit pour le gouverneur vers Ascalon.

Incertain

Massacre et pillage

Tuerie massive de la population, musulmans et juifs, y compris sur l’esplanade. Le nombre de morts reste très incertain : une fourchette de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers, jamais un chiffre sûr.

Effectifs et pertes sont partout des estimations : les sources d’époque ne comptent pas, elles évaluent. Aucun chiffre unique de morts n’est fiable.

La ville est tenue par les Fatimides d’Égypte, qui l’avaient reprise aux Turcs seldjoukides le 26 août 1098 — non par les Turcs que les croisés étaient partis combattre.

Les acteurs du moment

Indéterminé

Godefroy de Bouillon

Duc de Basse-Lotharingie, chef du camp nord

Duc de Basse-Lotharingie, l'un des principaux chefs de la Première croisade. Il commande le camp dressé devant les portes du nord, dont la tour de siège, déplacée de nuit sur un point moins défendu, atteint le rempart au matin du 15 juillet 1099.

Indéterminé

Raymond de Saint-Gilles

Comte de Toulouse (Raymond IV), chef du camp sud

Comte de Toulouse et l'un des chefs les plus puissants de l'expédition. Il commande le camp du sud, sur le mont Sion ; c'est à lui que se rend la garnison de la Tour de David le 15 juillet 1099.

Indéterminé

Iftikhâr ad-Dawla

Gouverneur fatimide de Jérusalem

Gouverneur fatimide égyptien de Jérusalem, nommé par le vizir al-Afdal Shâhânshâh. Il commande une garnison d'environ quatre cents cavaliers, fait combler les puits alentour, puis capitule à la Tour de David le 15 juillet et obtient la vie sauve et un sauf-conduit vers Ascalon.

Indéterminé

Al-Afdal Shâhânshâh

Vizir fatimide d'Égypte

Vizir tout-puissant du califat fatimide du Caire. Il a repris Jérusalem aux Turcs seldjoukides en août 1098 et y a installé son gouverneur Iftikhâr ad-Dawla ; c'est lui qui lèvera l'armée de secours égyptienne.

Indéterminé

Pierre l'Ermite

Prédicateur de la croisade

Prédicateur qui prêcha le voyage de Jérusalem et mena la première vague populaire de croisés. Devant Jérusalem, il figure parmi les prédicateurs qui haranguent l'armée au mont des Oliviers, le 8 juillet 1099.

Indéterminé

Tancrède de Hauteville

Chef normand de l'expédition

Neveu de Bohémond de Tarente, l'un des chefs normands de la croisade. Il opère au nord de la ville aux côtés de Godefroy et des deux Robert (de Flandre et de Normandie).

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Jérusalem (1099) — Wikipédia

Déroulé du siège du 7 juin au 15 juillet 1099 : arrivée de l'ost, échec du premier assaut faute de machines, ravitaillement en bois par la flotte à Jaffa, construction des tours, procession du 8 juillet, assaut final et prise de la ville.

secondary

Siege of Jerusalem (1099) — Wikipedia

Version anglaise, plus détaillée sur les effectifs (estimations), la garnison fatimide, la lettre de la Geniza du Caire et l'historiographie du massacre.

secondary

Iftikhar ad-Dawla — Wikipédia

Notice sur le gouverneur fatimide égyptien de Jérusalem, nommé par le vizir al-Afdal Shâhânshâh, qui capitule à la Tour de David et obtient un sauf-conduit vers Ascalon.

primary

La prise de Jérusalem (1099) — Clio-Texte

Recueil de textes d'époque (Raymond d'Aguilers, Gesta Francorum, sources arabes) sur la prise de la ville, utilisés pour la teneur des faits et la distance à prendre avec les formules rhétoriques.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si une rédaction suivait le siège au jour le jour, du 7 juin au 16 juillet 1099, embarquée avec l'armée franque, sans rien préjuger au-delà de sa date. La voix adopte le vocabulaire d'époque (« Infidèles », « Ville sainte ») comme dispositif d'immersion ; les faits, eux, sont tenus dans les relevés de faits. L'ampleur du massacre est donnée en fourchette, jamais en chiffre unique.