À la une
Plan gravé de la bataille de Munda (45 av. J.-C.) : les deux armées, celle de César et celle du jeune Cnaeus Pompée, déployées en carrés face à face au centre de la plaine, ruisseau, camps retranchés et ville de Munda en arrière-plan

Munda : César dit avoir « combattu pour sa vie »

Antoine Humblot (dessin) et Mathey (gravure), « Bataille de Munda en Espagne, gagnée par Jule César contre le jeune Cnéius Pompée, l’an de Rome 708 » (1732), Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans — domaine public (Wikimedia Commons).

Le 17 Martius, dans une plaine de Bétique, l’armée de César et celle de Cnaeus Pompée se sont heurtées de front des heures durant, sans que la victoire penche d’un côté. On rapporte que le proconsul et le chef pompéien sont descendus à pied dans les rangs pour retenir leurs lignes. C’est, dit-on au camp, la journée la plus rude de toute la carrière de César.

La rédaction 20 Martius 45 av. J.-C. 8 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un centurion de la dixième légion

« Nous avons reculé, et il est descendu parmi nous »

Trois jours après le choc livré dans une plaine de Bétique, un centurion de la dixième légion revient sur la journée la plus dure qu’il ait connue : la ligne qui recule, le général qui met pied à terre et se porte au premier rang, et une bataille qui, des heures durant, n’a penché d’aucun côté.

Tu as fait bien des campagnes. Où places-tu celle d’avant-hier ?

Au-dessus de toutes, pour la dureté. J’ai passé les fleuves du Nord, j’ai vu la journée de Thessalie, j’ai vu des sièges d’hiver ici même, à Ategua, dans le froid et la boue. Rien ne m’avait tenu debout aussi longtemps, avec la mort aussi près, aussi longtemps. Les autres batailles, on les gagne ou on les perd dans la matinée. Celle-là, elle a duré tout le jour sans qu’on sache de quel côté elle allait tomber. Un homme peut supporter une heure comme celle-là. Nous en avons eu je ne sais combien à la suite.

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20 Martius 45 av. J.-C.9 min

Massiva, cavalier maure de l’armée du roi Bogud de Maurétanie, engagé aux côtés de César

Un cavalier de Bogud raconte la percée

Venu de Maurétanie à l’appel de son roi, il a chargé sur un flanc pompéien au plus fort du choc. Le récit d’un homme du dehors, engagé dans une guerre de Romains qu’il ne dit pas comprendre, et fier du fait d’armes qu’il croit avoir fait pencher la journée.

D’où venez-vous, et comment vous êtes-vous retrouvé à combattre ici, en Bétique ?

Je viens de Maurétanie, de l’autre côté du détroit, là où finit la terre et où commence la mer que vous appelez extérieure. Mon roi est Bogud. Quand un roi lève ses cavaliers, on monte à cheval, on ne demande pas pourquoi ni contre qui. Bogud a lié son nom à celui du proconsul romain, celui qu’ici on appelle César, et là où va l’alliance du roi, vont ses hommes et ses chevaux. Nous avons passé la mer, nous avons marché dans un pays que nous ne connaissions pas, et un matin on nous a rangés en face d’une autre armée de Romains. Voilà comment je me trouve ici. Pas par haine de quelqu’un. Par la parole de mon roi.

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20 Martius 45 av. J.-C.9 min

Baebia, épouse d’un artisan du bronze de Corduba

Corduba après la reddition, par une femme de la cité

La grande cité de la Bétique a ouvert ses portes après des mois de guerre, et le châtiment a suivi. Nous avons recueilli le récit d’une femme de Corduba : les réquisitions, la peur, la reddition, les hommes emmenés. La voix d’une ville qui n’a pas choisi et qui paie.

Depuis quand la guerre est-elle entrée dans votre vie, à Corduba ?

Depuis bien avant l’hiver. La province remuait déjà du temps du gouverneur, celui qu’on accusait de prendre plus que son dû ; on n’en finissait pas de se plaindre de lui dans les rues. Puis les fils du grand Pompée ont levé leur monde, et la ville s’est retrouvée du mauvais côté sans même l’avoir bien décidé. Un jour on est une cité qui vit de son fleuve et de ses ateliers, le lendemain on est une place forte, avec des hommes en armes sur les murs et des chefs qui décident pour vous. Personne ne m’a demandé mon avis. On ne demande jamais l’avis des femmes, ni celui des artisans, quand il s’agit de ces choses-là.

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28 Martius 45 av. J.-C.9 min

Un légionnaire captif de l’armée pompéienne

« On ne pardonne pas deux fois, et je le savais en reprenant les armes »

À Corduba prise, parmi les milliers de captifs entassés après la chute de la ville, un légionnaire de Bétique qui avait jadis servi sous les aigles de César, puis était repassé au parti de Pompée, revient sur la bataille perdue, sur le nom qu’il a choisi de suivre, et sur ce qu’il attend d’un vainqueur dont il sait ne plus rien pouvoir espérer.

Qui es-tu, et comment en es-tu venu à te battre ici ?

Je suis d’ici, de la province, né entre le Baetis et la mer. J’ai porté les armes plus longtemps que je n’ai labouré. J’ai d’abord servi César, il y a des années : je me suis rendu à lui dans une campagne où mon camp avait cédé, et il m’a pris à sa solde, comme il l’a fait de beaucoup d’entre nous. J’ai marché sous ses aigles, j’ai touché sa paie. Puis les choses ont tourné, les légions d’Hispanie se sont retournées, et j’ai repassé de l’autre côté, du côté des fils de Pompée. On me dira que j’ai changé deux fois. C’est vrai. Je ne cherche pas à le farder. Un homme de la province suit la guerre là où elle est, et la guerre, chez nous, portait le nom de Pompée.

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28 Martius 45 av. J.-C.10 min

Marcus Herennius, décurion d’Ulia

Ulia, la cité qui a tenu pour César, par un de ses décurions

Pendant que la Bétique passait aux fils de Pompée, une petite cité est restée fidèle à César et a soutenu le blocus de Cnaeus le Jeune. Nous avons recueilli le récit d’un décurion d’Ulia : pourquoi la province a basculé, pourquoi la sienne a tenu, et comment un secours s’est glissé de nuit à travers les lignes. La voix d’un notable provincial pris dans une guerre de Romains.

Vous siégez au conseil de votre cité. Qu’est-ce qu’Ulia, et quelle est votre place dans ses affaires ?

Ulia est une petite cité de la Bétique, administrée par ses duumvirs et par un ordre de décurions dont je fais partie — notre sénat, si vous voulez, à la mesure d’une ville modeste. Nous ne sommes ni Corduba ni Hispalis ; nous vivons de nos terres, de nos oliviers, du peu de commerce qui passe. Un décurion, ici, ce n’est pas un grand personnage : c’est un homme de quelque bien qui délibère des affaires communes, qui vote les dépenses, qui répond des décisions de la ville devant plus fort que lui. Et cet hiver, ces décisions n’ont plus été de savoir qui paierait la réfection d’une fontaine, mais de savoir pour qui nous tiendrions, et si nous tiendrions.

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8 Februarius 45 av. J.-C.10 min

Articles secondaires

À la une

Ategua se rend : l’étau se resserre sur Cnaeus

La place forte d’Ategua, à quelque vingt milles au sud-est de Corduba — une journée de marche —, a ouvert ses portes à César le 19 Februarius, après des semaines de siège et des désertions dans les rangs pompéiens. C’est le premier vrai coup dur pour Cnaeus Pompée, qui n’a pu la secourir. Reste la question que tout le camp se pose : cherchera-t-il enfin la bataille rangée, ou poursuivra-t-il la guerre de places ?

24 Februarius 45 av. J.-C.6 min
Portrait

Attius Varus, le gouverneur d’Afrique que la guerre a jeté en Hispanie

Il gouverna l’Afrique au nom du Sénat, la tint contre César, commanda une flotte, réchappa du désastre de Thapsus. Le voici en Bétique, parmi les officiers venus chercher ici un dernier théâtre, aux côtés des fils de Pompée et de Labienus. Non un transfuge comme ce dernier, mais un optimate resté fidèle jusqu’au bout — dont nul, au camp, ne sait au juste quel commandement on lui a confié.

14 Martius 45 av. J.-C.6 min
État des informations

Cette édition rapporte la campagne au fil des jours, depuis le théâtre des opérations. Le détail de la bataille repose surtout sur le Bellum Hispaniense, récit fragile : les chiffres ne sont que des ordres de grandeur, l’emplacement de Munda reste discuté, et le sort des chefs en fuite demeure ouvert. Nous distinguons les faits établis des rumeurs et ne préjugeons en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • L’Hispanie ultérieure s’est soulevée pour le parti de Pompée ; les fils du Grand, Cnaeus et Sextus, y commandent une armée nombreuse, appuyée sur des rescapés d’Afrique et des levées de la province.
  • César a gagné la province depuis Rome en plein hiver et a fait la guerre de sièges : secours d’Ulia, blocus de Corduba, prise d’Ategua, engagement de Soricaria.
  • Une bataille rangée a opposé les deux armées dans une plaine de Bétique, à Munda ; le combat, longtemps indécis, a tourné à l’avantage de César, resté maître du champ.

Ce que l’on ignore

  • L’emplacement exact de la plaine de Munda, qui n’est pas localisée avec certitude.
  • Le sort des chefs pompéiens en fuite, et notamment celui de Sextus, dont on ignore où il est passé.
  • Le décompte réel des morts, des captifs et des ralliés.

Le contexte

La guerre entre citoyens n’est pas éteinte. On la croyait close après Pharsale et la mort de Pompée le Grand, puis après Thapsus, où le parti sénatorial s’est brisé l’an passé en Afrique. Elle a repris là où on l’attendait le moins : en Hispanie ultérieure, dans la Bétique riche et lointaine.

La province s’est soulevée en faveur du parti de Pompée, dont les deux fils, Cnaeus l’aîné et Sextus le cadet, ont levé une armée nombreuse, grossie de rescapés d’Afrique — parmi eux Titus Labienus, l’ancien lieutenant des Gaules, et Publius Attius Varus. César a quitté Rome au cœur de l’hiver et gagné la province à marche forcée.

Cette édition rapporte ce qui se voit et se dit sur le théâtre des opérations, en distinguant l’établi de la rumeur. Elle ne préjuge en rien de l’issue de la campagne, que personne ne connaît encore.

Carte de la journée

  • Hispanie ultérieure (Bétique) · Espagne (Andalousie)

    Province romaine du sud de la péninsule, riche et peuplée de cités, soulevée à l’automne en faveur du parti de Pompée. C’est le théâtre de toute la campagne : sièges, blocus et, enfin, bataille rangée.

  • Corduba (Cordoue) · Espagne

    Grande ville de Bétique et place maîtresse du soulèvement, tenue notamment par Sextus Pompée. César la bloque durant l’hiver sans l’emporter aussitôt ; on y revient comme au verrou de la province.

  • Ategua · Espagne

    Place forte proche de Corduba, l’une des mieux défendues que tiennent les fils de Pompée. Assiégée par César durant l’hiver, elle passe pour un verrou de la Bétique.

  • Munda · Espagne

    Plaine de Bétique où se livre la bataille rangée, avec une place du même nom en arrière du front pompéien. Son emplacement exact reste discuté : plusieurs sites sont proposés, du côté d’Osuna, de Montilla, de Monda ou de Ronda.

  • Ulia · Espagne

    Cité de Bétique restée fidèle au parti de César, serrée par Cnaeus Pompée puis dégagée par l’arrivée césarienne. C’est le premier point d’appui de César dans la province.

  • Hispalis (Séville) · Espagne

    Ville importante du bas Guadalquivir, où César s’installe après la bataille pour régler le sort de la province et recevoir les fruits de la poursuite.

  • Rome · Italie

    La Ville, à plusieurs semaines de dépêche du théâtre. C’est là qu’au terme de la campagne parvient la nouvelle de la victoire, et que le Sénat en délibère les honneurs.

La carte

De Rome à la Bétique : la campagne d’hiver de César

Parti de Rome à la fin de l’automne, César a gagné l’Hispanie ultérieure d’une marche que la tradition dit d’une rapidité extrême — une vingtaine de jours, à prendre comme un trait d’étonnement plus que comme un compte exact. Une fois en Bétique, la guerre s’est faite de sièges et de blocus, l’hiver durant : secours d’Ulia restée fidèle, blocus de Corduba, prise d’Ategua, escarmouche de Soricaria. Voici, d’est en ouest, le chemin déjà parcouru et les places déjà tombées, tels qu’on peut les situer — non ce qui pourrait encore s’y jouer.

La marche depuis Rome Rome → Hispanie

César a quitté la Ville à la fin de l’automne et poussé jusqu’à l’Hispanie ultérieure. La tradition prête à cette marche une rapidité peu commune — on parle d’une vingtaine à une trentaine de jours pour rejoindre son armée. Le chiffre tient de l’ordre de grandeur et du trait d’admiration, non d’un relevé.

Ulia secourue Cité fidèle dégagée

Ulia, restée du parti de César, était serrée par Cnaeus Pompée. L’arrivée de César, ou d’un détachement dépêché en avant, a desserré l’étreinte. C’est le premier point d’appui césarien en Bétique.

Corduba bloquée Blocus, succès limité

Devant Corduba, tenue notamment par le jeune Sextus Pompée, César a porté la menace sans emporter la place. La ville tient ; l’affaire est restée une pression plus qu’une prise. On y revient toujours comme au verrou de la province.

Ategua rendue 19 Februarius

La place forte d’Ategua, proche de Corduba, s’est rendue au terme d’un siège dur, après des désertions dans le camp pompéien. C’est un coup sensible pour Cnaeus, qui perd là un point d’appui et du crédit auprès des cités.

Soricaria Début Martius

Aux abords de Soricaria, un engagement a tourné à l’avantage de César dans les premiers jours de Martius. Rien de décisif : une escarmouche de plus dans une guerre de positions, mais qui pousse les deux armées à se chercher.

Distances et latence Ordres de grandeur

D’une place à l’autre en Bétique, quelques journées de marche à travers un pays de collines et de rivières ; de là à Rome, plusieurs semaines pour une dépêche. Ce que nous rapportons du théâtre parvient à la Ville avec ce retard-là.

Cette carte ne figure que le chemin déjà parcouru et les places déjà tombées — marche depuis Rome, Ulia, Corduba, Ategua, Soricaria. Elle ne porte aucun repère de rencontre à venir : à la date de cette page, rien de tel n’est arrivé ni annoncé.

L’emplacement exact de la plaine de Munda n’est pas tranché : plusieurs sites sont proposés en Bétique (du côté de La Lantejuela près d’Osuna, de Montilla, de Monda, ou de la région de Ronda). On ne plante donc ici aucun décor topographique précis comme un fait : il s’agit d’une plaine de Bétique dont l’emplacement se discute.

Les distances sont données en ordres de grandeur — journées de marche, non mesure au mille près —, d’après les étapes connues entre les places assiégées.

La chronologie relève du calendrier julien, dont 45 est la première année ; les dates sont transmises telles quelles (19 Februarius pour Ategua), leur correspondance avec le comput actuel restant débattue, sans que cela modifie le tracé de l’itinéraire.

Le dispositif

Le jour du choc : deux fronts face à face et la charge maure

Les deux armées se sont rangées dans une plaine de Bétique, front contre front. On donne ici, tel qu’on a pu le voir et le reconstituer, l’ordre de bataille des deux camps : la masse pompéienne, plus nombreuse, adossée à la hauteur, l’armée de César en contrebas, et l’affaire qui a fini par emporter la journée — la cavalerie maure du roi Bogud, portée sur un flanc, qui a percé et fait basculer un combat longtemps indécis. Les effectifs ne sont donnés qu’en ordres de grandeur (voir notes).

Le front pompéien ≈ 13 légions

L’armée des fils de Pompée, la plus nombreuse, rangée sur la hauteur, appuyée à la place de Munda. On y compte les rescapés d’Afrique et des levées de la province, sous Cnaeus Pompée, avec Labienus et Attius Varus. Le chiffre est une estime des auteurs, non un compte.

Le front césarien ≈ 8 légions

César range son armée en contrebas, en infériorité de nombre, la Xᵉ légion à l’aile droite. Il doit attaquer une position plus haute et bien tenue. Là aussi le chiffre n’est qu’un ordre de grandeur rapporté.

Le choc frontal Front contre front

Nulle grande manœuvre d’aile au départ : les deux lignes se sont heurtées de front et sont restées accrochées des heures, sans que l’une plie. On rapporte que César et Cnaeus durent descendre eux-mêmes dans les rangs pour retenir leurs hommes.

La cavalerie de Bogud Sur un flanc

La cavalerie maure du roi Bogud, allié de César, portée contre un flanc pompéien pendant que les fronts s’usaient. C’est sa percée que l’on tient pour l’affaire décisive : elle menace les arrières et fait céder la ligne adverse.

La position adverse Adossée à la hauteur

Les Pompéiens tiennent le terrain haut, la place de Munda derrière eux comme point d’appui et refuge. Avantage de position qui explique la longueur du combat frontal, avant que le flanc ne cède.

Confirmé

Les armées se rangent

Les deux corps de bataille sortent et se déploient dans la plaine, les Pompéiens sur la hauteur, César en contrebas. Le choc frontal s’engage.

Rapporté

Un front qui ne cède pas

Les lignes restent accrochées de longues heures, sans avantage net. On rapporte que les chefs eux-mêmes durent payer de leur personne pour tenir les rangs.

Rapporté

La charge de Bogud

La cavalerie maure de Bogud est lancée contre un flanc pompéien et le perce, menaçant les arrières de la ligne adverse.

Rapporté

La ligne pompéienne se rompt

Le flanc entamé, le front des fils de Pompée fléchit puis se disloque ; le combat, indécis jusque-là, tourne à l’avantage de César, resté maître du champ.

Effectifs en ordres de grandeur seulement : environ treize légions pompéiennes contre huit césariennes, d’après les auteurs anciens et non un comptage. Les pertes que l’on avancera (souvent de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers du côté vaincu, très basses du côté vainqueur) viennent pour bonne part du camp de César : à prendre avec réserve.

La source principale du détail de la bataille est le Bellum Hispaniense, récit d’un continuateur anonyme de César, de qualité médiocre, lacunaire et confus dans sa chronologie comme dans sa topographie. Tout détail tactique qu’il est seul à donner doit être tenu pour fragile.

Le terrain est incertain : l’emplacement exact de la plaine de Munda se discute (candidats en Bétique du côté d’Osuna, de Montilla, de Monda, de Ronda). Le schéma vaut pour l’agencement des deux fronts et la charge de flanc, non comme relevé du terrain.

Date : « 17 Martius 45 » suit le calendrier julien, dont 45 est la première année ; la date est transmise telle quelle, sa correspondance exacte avec le comput actuel restant débattue.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Rome

Caius Julius Caesar

Proconsul, chef de son parti dans la guerre civile

Vainqueur des Gaules, de Pharsale et de Thapsus, il a quitté Rome au cœur de l’hiver et gagné l’Hispanie ultérieure à marche forcée pour y étouffer le soulèvement du parti de Pompée, mené par les fils du Grand.

Rome

Cnaeus Pompeius

Chef de l’armée pompéienne d’Hispanie, fils aîné de Pompée le Grand

Fils aîné de Pompée le Grand, il a pris la tête de l’ultime armée du parti de son père, reconstituée en Bétique avec les rescapés d’Afrique et les levées de la province. C’est lui que César est venu combattre.

Rome

Sextus Pompeius

Fils cadet de Pompée le Grand

Cadet de Cnaeus, il a partagé le soulèvement de la Bétique et tenu notamment du côté de Corduba. Plus jeune et moins en vue que son frère, il commande une part des forces pompéiennes de la province.

Rome

Titus Labienus

Officier pompéien, ancien lieutenant de César en Gaule

Le meilleur lieutenant de César pendant la guerre des Gaules, passé à Pompée au début de la guerre civile. Rescapé d’Afrique après Thapsus, il a rejoint les fils de Pompée en Hispanie, où il compte parmi les chefs de leur armée.

Rome

Publius Attius Varus

Officier pompéien, vétéran de la guerre d’Afrique

Ancien gouverneur d’Afrique pour le parti sénatorial, vétéran de la campagne qui s’y est achevée l’an passé. Rallié aux fils de Pompée en Bétique, il sert parmi leurs officiers d’expérience.

Rome

Bogud

Roi de Maurétanie, allié de César

Souverain d’une part de la Maurétanie, allié du parti de César, il a porté à son secours une cavalerie maure. Sa présence sur un flanc pèsera lourd le jour du choc rangé.

Sources historiques utilisées

primary

Bellum Hispaniense (La Guerre d’Espagne)

Continuateur anonyme de César

Récit de première main de la campagne d’Hispanie, dû à un continuateur anonyme du corpus césarien. Source de qualité médiocre : latin fruste, chronologie et topographie confuses, détails lacunaires. Tout détail tactique qu’il est seul à livrer doit être tenu pour fragile.

primary

Plutarque, Vie de César

Plutarque

Récit de la campagne et du mot prêté à César (« souvent pour la victoire, à Munda pour sa vie »). Source biographique tardive, à filtrer.

primary

Appien, Guerres civiles, livre II

Appien

Récit de la dernière campagne d’Hispanie et de la bataille, avec des chiffres d’effectifs et de pertes qui relèvent de l’estime.

primary

Suétone, Vie de César

Suétone

Notices biographiques sur la campagne et le comportement de César à Munda. Recueil d’anecdotes tardif, à prendre pour ce qu’il est.

secondary

Bataille de Munda — Wikipédia

Synthèse recoupant les sources antiques : déroulement de la campagne, dispositif de la bataille, charge de Bogud, effectifs et pertes débattus, incertitude du site et de la date julienne.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

Cette édition imite un média qui aurait couvert la campagne en direct, depuis le théâtre des opérations en Hispanie ultérieure, du soulèvement de la Bétique à la bataille de Munda et à ses suites, sans connaître la suite de l’histoire.