César frappé en pleine séance à la curie de Pompée
Le dictateur est tombé sous les coups de sénateurs conjurés, ce jour des Ides, au pied de la statue de Pompée. La ville, saisie, s’est refermée sur elle-même.
Le dictateur est tombé sous les coups de sénateurs conjurés, ce jour des Ides, au pied de la statue de Pompée. La ville, saisie, s’est refermée sur elle-même.
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.
Un sénateur de rang prétorien présent dans la curie, ni conjuré ni intime de César (témoignage reconstitué)
Il siégeait à quelques pas de la statue de Pompée. Ni conjuré, ni proche du dictateur, ce sénateur a vu la scène, puis fui avec les autres. Il accepte de dire ce qu'il a vu, et son désarroi devant ce qui vient.
Où étiez-vous installé lorsque la séance s'est ouverte ?Lire l’entretienSur les bancs, au milieu des autres, du côté qui fait face à l'entrée. Rien ne distinguait cette réunion d'une autre : on nous avait convoqués dans la curie de Pompée, puisque la Curie du Forum est en travaux. César est arrivé tard, on l'attendait depuis un moment, et le bruit courait dans les rangs qu'il avait hésité à venir, qu'il ne se sentait pas bien. Quand il est entré, tout le monde s'est levé, comme il se doit. Il a gagné son siège. Voilà. Une séance ordinaire, ou qui devait l'être.
Quintus Aternius, vétéran des légions de César, colon en attente de la moitié de ses terres
Sous les portiques du Champ de Mars, là où campent les hommes qui devaient partir pour l'Orient, un ancien soldat des légions de César dit sa reconnaissance envers le chef qui l'a récompensé, et sa peur, très concrète, pour les terres et les primes promises maintenant que le dictateur n'est plus. Entretien recueilli au surlendemain des Ides, tandis que le Sénat, réuni au temple de Tellus, décidait de ne rien annuler des actes du mort.
Tu étais venu à Rome pour l'expédition d'Orient. Où étais-tu quand la nouvelle est tombée ?Lire l’entretienAu camp, de l'autre côté du fleuve, à graisser mon fourreau comme un jeune recrue. On attendait l'ordre de marche ; on disait le départ pour dans trois jours. Et puis un cavalier est arrivé au galop, blanc comme un linge, en criant que le dictateur était mort, tué en plein Sénat. On a d'abord cru à une de ces fausses alarmes qui courent les camps. Un vieux ne bouge pas pour un cri. Mais les cris se sont multipliés, les boutiques de la Ville se sont fermées d'un coup, on a vu les gens courir se barricader. Alors on a compris que c'était vrai. J'ai posé mon fourreau et je me suis assis, monsieur. Je ne saurais pas te dire ce que j'ai pensé. Rien, peut-être. Le vide qu'on a quand une charge vous passe trop près.
Une affranchie qui tient une petite boutique aux abords du Forum, à Rome
Depuis que la nouvelle a couru, les boutiques du Forum sont closes et les rues se vident dès que le jour baisse. Une affranchie qui tient un petit étal aux abords de la place a accepté de dire ce qu’elle voit, entend et redoute — les rumeurs qui se contredisent d’un porche à l’autre, la crainte du pillage, l’argent qui ne circule plus. La voix d’en bas, loin du Sénat et du Capitole, où l’on ne monte pas.
Où étiez-vous quand la nouvelle est arrivée ?Lire l’entretienÀ mon étal, comme chaque jour. C’était vers le milieu de la matinée, il me semble ; le Sénat s’était réuni non pas ici, à la Curie, qui est en travaux, mais là-bas, du côté du théâtre de Pompée, au Champ de Mars. Je n’ai rien vu de tout cela, moi, j’en étais loin. Ce que j’ai vu, c’est des hommes qui se sont mis à courir à travers la place en criant, et l’on ne comprenait pas d’abord ce qu’ils criaient. Puis le mot est passé de bouche en bouche : César est mort, on l’a tué au Sénat. J’ai cru à une folie. Et derrière ceux qui criaient, il en venait d’autres, et d’autres encore, et les gens ont commencé à fermer, à rentrer, à s’appeler d’une porte à l’autre. En un moment la place s’est vidée comme se vide un bassin dont on ôte la bonde.
Spurinna, haruspice, versé dans la discipline étrusque de la lecture des entrailles
Il avait mis en garde le dictateur contre un danger qui, disait-il, ne se prolongerait pas au-delà des Ides de mars. Ce matin, César l’a croisé et s’est moqué. Le soir venu, l’haruspice Spurinna revient sur les entrailles qu’il a lues, sur les prodiges dont bruit la Ville, et sur ce qu’un devin peut ou non dire aux hommes.
On répète dans toute la Ville que vous aviez averti César. Qu’aviez-vous dit, au juste ?Lire l’entretienQue je le tenais en danger, et que ce danger ne s’étendait pas au-delà des Ides de mars. Voilà mes mots, et je les maintiens tels quels. Comprenez-les bien : je n’ai pas dit qu’on le tuerait ce jour-là, ni où, ni par quelle main. J’ai dit qu’un péril pesait sur lui et que sa borne était aux Ides. Cela lui laissait des semaines pour se garder, s’il l’avait voulu. Un avertissement n’est pas une sentence. C’est une lumière qu’on tend à un homme pour qu’il regarde où il pose le pied ; libre à lui de fermer les yeux.
Leurs poignards encore levés, les hommes qui ont frappé César ont traversé le Forum jusqu’au Capitole. De là-haut, ils se disent « libératores » et proclament la liberté rendue à Rome. La ville, elle, a fermé ses portes et retient son souffle.
Préteur urbain, philosophe, gendre de Caton, gracié par César après Pharsale : celui que la rumeur place aujourd’hui au Capitole parmi les meurtriers est un homme que le dictateur avait comblé. Portrait d’une figure que l’on dit tiraillée, sans que nul ne sache démêler ses raisons.
De la Gaule au Rubicon, de Pharsale à la dictature à vie : retour sur le parcours d’un homme qui, en une vingtaine d’années, s’était rendu maître de la République. Il est tombé hier, aux Ides, sous les coups au pied de la statue de Pompée.
César abattu, la Ville se réveille sans savoir de qui elle relève. Les consuls sont en place, les préteurs retranchés au Capitole, le Sénat sans son maître, les armées loin sur la route des Parthes. Rien, dans la loi, ne dit qui commande ce matin. Essai de mise au clair des forces en présence — sans en préjuger l’issue.
Tribune. Un sénateur défend le geste des Ides : le pouvoir sans terme et la dictature à vie étaient une injure à la liberté de Rome. Opinion signée, qui n'engage que son auteur.
Convoqué ce matin par le consul Antoine loin du Capitole, le Sénat a voté un compromis : aucune poursuite contre ceux qui ont frappé César, mais tous ses actes demeurent en vigueur. Un apaisement plaidé par Cicéron, que nul dans la Curie ne tient pour acquis.
On a tué un homme au pied de la statue de Pompée, et l'on nous demande d'y voir le salut de la République. Un chevalier romain refuse de l'admettre : nous avons déjà payé, il y a peu, le prix du fer tiré entre citoyens.
La cérémonie publique donnée en l'honneur du dictateur a viré à l'incendie. Devant le corps exposé, le consul Marc Antoine a rappelé les honneurs décernés à César et montré sa toge ensanglantée ; la foule a improvisé un bûcher au Forum, puis s'est portée vers les maisons des conjurés. Un homme nommé Cinna a été mis en pièces.
Réclamé et lu ce jour, l’acte déposé chez les Vestales lègue au peuple les jardins du dictateur au bord du Tibre et une somme à chaque citoyen. L’héritier principal, un jeune parent adopté comme fils, est absent de la Ville. Parmi les légataires en second figure Decimus Brutus, l’un de ceux qui ont porté la main sur César.
On me dit que la liberté est rendue. Je ne sais pas ce que ce mot veut dire quand on a faim. Ce que je sais, c’est le pain, le blé, les dettes allégées, et un homme qui pardonnait à ceux qui l’avaient combattu. Voilà l’homme qu’on a mis en pièces.
Collègue de César au consulat, fidèle des mauvais jours, il a été délibérément épargné dans la curie où les autres frappaient. Depuis, le plus haut magistrat de Rome se tait et se dérobe. Portrait d’un homme dont la Ville guette les intentions, sans que nul — peut-être pas même lui — sache encore ce qu’il fera.
Le marin qui gagna la mer contre les Vénètes et força Massilia, l’officier que César avait comblé de charges : c’est lui, dit-on, qui hier matin a mené le dictateur à la curie, malgré les présages et les frayeurs de Calpurnia. Sur ses raisons, en revanche, nul ne dit rien.
Survivant de Carrhes, vainqueur des Parthes, beau-frère de Brutus : celui que le Forum désigne aujourd’hui comme l’âme de la conjuration est un homme de guerre que César avait gracié sans le combler. Portrait d’un préteur des pérégrins que l’on dit aigri, et que plusieurs disent être allé trouver Brutus le premier.
Il n’était pas dans le secret des conjurés et n’a pas frappé César ; c’est pourtant lui qui, au temple de Tellus, a soufflé l’issue. Tenu à l’écart du pouvoir durant la dictature, l’orateur d’environ soixante-deux ans propose une voie qui n’est ni celle des libérateurs du Capitole ni celle des fidèles du dictateur : renoncer à punir sans rien défaire, une amnistie qu’il dit empruntée aux Athéniens.
Cette édition rapporte ce qui se dit et se voit à Rome dans les jours des Ides. Elle distingue les faits établis des rumeurs et ne révèle pas la suite, que personne ne connaît encore.
Nommé dictateur à vie quelques semaines plus tôt, César devait quitter Rome sous peu pour une grande campagne contre les Parthes.
La Curie du Forum étant en reconstruction, le Sénat siégeait ce jour-là dans la curie attenante au théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars.
Cette édition s’en tient à ce qui pouvait être connu à Rome dans les jours des Ides ; elle ne préjuge en rien de l’issue de la crise ouverte.
Salle de réunion attenante au théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars, où siège le Sénat le 15 mars ; César y tombe au pied de la statue de Pompée.
Premier grand théâtre de pierre de Rome, inauguré en 55 av. J.-C., avec portique et jardins, sur le Champ de Mars.
Siège habituel du Sénat, alors en reconstruction, ce qui explique la réunion tenue chez Pompée ce jour-là.
Colline et citadelle religieuse de Rome ; les conjurés s’y retranchent après le meurtre en se proclamant libérateurs.
Cœur civique de Rome ; lieu des funérailles publiques et du bûcher improvisé où la foule brûle le corps de César.
Sanctuaire de l’Esquilin où le Sénat se réunit le 17 mars pour voter le compromis d’amnistie.
Ce 15 mars, le Sénat ne siège pas au Forum mais dans la curie attenante au théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars. Repères sur ce lieu et minute par minute de la séance.
Salle annexée au grand portique du théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars. Le Sénat s'y réunit à titre provisoire.
La Curia Hostilia a brûlé en 52 av. J.-C., lors des funérailles de Clodius. La nouvelle Curie Julienne, engagée par César, n'est pas achevée.
Premier théâtre construit en pierre à Rome, environ 20 000 places, doublé d'un vaste portique à jardins et fontaines.
César s'effondre au pied d'une statue de Pompée dressée dans la curie même.
Les sénateurs se réunissent dans la curie de Pompée ; César, retardé, arrive peu après.
Selon les versions, c'est Trebonius (Plutarque) ou Decimus Brutus (Nicolas de Damas) qui retient Marc Antoine à l'entrée, l'écartant de la salle.
Sous prétexte de plaider le rappel de son frère, il découvre l'épaule de César — signal convenu entre les conjurés.
Le coup, porté au cou ou à l'épaule, déclenche aussitôt les autres coups.
Selon le médecin Antistius, rapporté par Suétone, un seul coup — le deuxième, au flanc — aurait été mortel. Une source unique, à traiter comme telle.
Il se voile la tête selon Plutarque. Les versions sur ses dernières paroles divergent fortement et ne s'accordent pas.
Ils s'y retranchent aussitôt après le meurtre, laissant le corps sur place.
Une soixantaine de sénateurs auraient pris part au complot. Voici ceux que les témoignages désignent comme ses meneurs et ses exécutants du premier instant.
Revendique descendre du Brutus qui chassa les rois de Rome. Gracié par César après Pharsale.
Certains le désignent comme l'instigateur du complot, par ressentiment envers César.
L'un de ses proches officiers. Aurait convaincu César de se rendre à la curie malgré de mauvais présages rapportés.
Porte le premier coup, au signal donné par Cimber.
Donne le signal convenu en empoignant la toge de César sous prétexte de plaider une grâce.
Il plaide le rappel de son frère banni, entourant César de sénateurs venus à l'appui de la requête.
En tirant sur la toge de César, il découvre son épaule.
Le coup déclenche aussitôt les autres.
Une vingtaine de sénateurs, dont Brutus et Cassius, frappent à leur tour.
Proche de César, il aurait facilité son entrée dans la curie ce jour-là ; certains récits en font une cheville essentielle du complot.
César abattu, la Ville se réveille sans savoir de qui elle relève. Les consuls sont en place, les préteurs retranchés au Capitole, le Sénat sans son maître, les armées loin sur la route des Parthes. Rien, dans la loi, ne dit qui commande ce matin. Essai de mise au clair des forces en présence — sans en préjuger l’issue.
De la Gaule au Rubicon, de Pharsale à la dictature à vie : retour sur le parcours d’un homme qui, en une vingtaine d’années, s’était rendu maître de la République. Il est tombé hier, aux Ides, sous les coups au pied de la statue de Pompée.
Vainqueur de la guerre civile contre Pompée, il concentre tous les pouvoirs et prépare une campagne contre les Parthes lorsqu’il est frappé aux Ides de mars.
Descendant revendiqué du Brutus qui chassa les rois, gracié par César après Pharsale et honoré par lui ; il figure parmi les chefs des conjurés.
Beau-frère de Brutus, tenu par certains récits pour l’âme de l’entreprise contre le dictateur.
Familier de César, qui l’a comblé de charges ; il compte pourtant parmi les meneurs du complot et parmi les héritiers en second du testament.
On lui attribue le premier coup porté à César, près de la gorge ou de l’épaule.
Sa pétition pour le rappel de son frère exilé, en saisissant la toge de César, donne le signal de l’attaque.
Collègue de César au consulat, retenu à l’écart pendant le meurtre ; il prononce l’oraison funèbre qui embrase le Forum.
Chef militaire disposant de troupes aux abords de Rome ; il se range au compromis d’amnistie.
Pressenti pour occuper le consulat que César devait laisser vacant en partant pour l’Orient.
Absent de la conjuration, il plaide l’amnistie et l’apaisement lors de la séance du temple de Tellus.
Jeune petit-neveu de César, absent de Rome ; le testament l’institue héritier principal et fils adopté — un nom que la Ville connaît à peine.
Ses craintes, la veille des Ides, sont rapportées de façons divergentes selon les récits.
On lui prête l’avertissement fait à César de se garder des Ides de mars.
Vaincu à Pharsale puis tué en Égypte ; c’est au pied de sa statue, dans la curie qui porte son nom, que César s’affaisse.
Récit détaillé des présages, du meurtre (23 coups), du testament et des funérailles. Consulté sur Wikisource.
Version des Ides et des jours qui suivent ; divergences sur les dernières paroles et le rôle de chacun.
Le plus détaillé sur les funérailles ; reconstitution rhétorique du discours d’Antoine et de l’effigie de cire.
Synthèse recoupant les sources antiques sur le déroulé, les conjurés et les suites.
Les formulations « à chaud » de cette édition imitent un média qui aurait couvert les Ides depuis Rome, sans connaître la suite.