Ney, « le Brave des braves », l’homme qui conduit l’assaut à Mont-Saint-Jean
Sorti du rang à dix-neuf ans, maréchal dès la première promotion de l’Empire, Michel Ney commande l’aile gauche française devant le plateau. C’est de son côté que, cet après-midi, se sont élancées les grandes charges de cavalerie contre les carrés alliés.
Michel Ney est de ceux qui ne doivent rien qu’à leur épée. Il est né voici quarante-six ans à Sarrelouis, ville de garnison plantée sur la frontière de Lorraine, fils d’un tonnelier. Nul nom, nulle fortune, nulle protection ne l’attendaient au berceau. On l’appelle « le Brave des braves », et le soldat qui prononce ce mot n’y met aucune flatterie : c’est le titre que l’Empereur lui-même reconnaît à cet homme parti de rien et monté au premier rang de ses maréchaux.
Il s’engage jeune, comme simple hussard, au régiment de Metz, et gravit un à un tous les grades que la Révolution ouvre au mérite. Général de brigade en 1796, général de division trois ans plus tard, il figure parmi les premiers noms que l’Empire élève à la dignité de maréchal, dès la promotion de 1804. Les campagnes ont fait le reste : Iéna, Eylau, Friedland, l’Espagne et le Portugal aux côtés de Masséna, la Russie, Leipzig, puis la défense du sol de France l’an dernier. De ces années il a rapporté le titre de duc d’Elchingen et celui de prince de la Moskova, tirés l’un et l’autre du champ de bataille.
S’il fallait ne retenir qu’un fait d’armes, ce serait la retraite de Russie. Chargé de l’arrière-garde de la Grande Armée dans les neiges, Ney a couvert la colonne jour après jour, se battant, reculant, ne fuyant jamais ; on dit qu’il fut le dernier Français à quitter le sol russe. C’est cette conduite-là qui a fixé son surnom. Ses hommes l’appellent aussi « le Rougeaud », pour son teint coloré et ses cheveux roux. Impétueux, prompt à charger en tête, il est de ces chefs que le rang suit sans compter.
Le retour de l’île d’Elbe l’a placé dans une position que chacun commente. Rallié à Louis XVIII sous la première Restauration, il avait été dépêché pour arrêter l’Empereur ; on lui prête d’avoir promis de le ramener « dans une cage de fer ». Le propos court, sans qu’on puisse en garantir les mots. Il en est allé autrement : à Lons-le-Saunier, les 14 et 15 mars, Ney a lu à ses troupes une proclamation les rendant à l’Empereur, et a rejoint sa cause. Rappelé pour la campagne de Belgique, il y commande depuis lors.
Avant-hier, à Quatre-Bras, c’est lui qui tenait l’aile gauche face aux troupes de Wellington. Aujourd’hui, devant Mont-Saint-Jean, il commande encore la gauche et la conduite de l’infanterie au feu. Là où l’Empereur arrête le dessein d’ensemble, Ney est l’homme du contact, celui qui porte l’ordre jusque dans la ligne et mène l’assaut en personne.
C’est de son côté du champ que se sont élancées, cet après-midi, les grandes charges de cavalerie. Entre le bois de Hougoumont et la ferme de la Haie-Sainte, on a vu des masses de cuirassiers, rejointes par la cavalerie de la Garde, plusieurs milliers de cavaliers, monter à plusieurs reprises contre la crête que tiennent les alliés. L’infanterie ennemie s’y était formée en carrés hérissés de baïonnettes, et sur ces carrés la charge est revenue, encore et encore, sur la même position. On assure que Ney a exposé sa personne au plus épais du feu. À l’heure où la nuit tombe, l’affaire reste suspendue et nul ne peut dire de quel côté penche la journée.
Les lecteurs réagissent à l’édition de Waterloo
Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.
Encore un article qui doute. Ceux qui ont vu l’Empereur en Italie savent qu’une position forte n’est forte que jusqu’au moment où il décide de la prendre.
On peut respecter l’Empereur et demander des nouvelles vérifiées. Les Prussiens ne disparaissent pas parce que vous tapez plus fort sur votre table.
Je maintiens : la Garde décidera si on lui demande. Vous verrez.
Tout le monde parle de Hougoumont mais personne ne dit quoi faire lundi matin sur les rentes. Voilà la vraie question pour les familles sérieuses.
La France aspire seulement au repos. Certains confondent encore gloire et agitation perpétuelle.
Traduction : vous attendez les fourgons de l’étranger en prétendant aimer le calme.
La rédaction a raison de distinguer faits et rumeurs. Depuis midi on a déjà “confirmé” trois fois des nouvelles contradictoires.
Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.
Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.
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