Napoléon, le stratège du mouvement qui veut battre l’Europe avant qu’elle ne se rassemble
Revenu de l’île d’Elbe en trois semaines, l’Empereur affronte une coalition plus nombreuse avec sa vieille doctrine : marcher vite, frapper concentré, séparer les adversaires. À Ligny il a déjà repoussé Blücher ; ce matin, tout son art tient dans un pari sur la vitesse.
Napoléon Bonaparte est d’abord un homme de canon. Né à Ajaccio voici quarante-cinq ans, formé à l’école de Brienne puis à l’École militaire de Paris, il est sorti officier d’artillerie, dans l’arme qui calcule, mesure les distances et cherche le point où la puissance de feu décide. Ceux qui l’ont connu jeune général en Italie décrivaient un homme mince, presque maigre, tendu comme un ressort. L’Empereur de ce matin a pris de l’embonpoint, et l’uniforme vert des chasseurs le serre davantage qu’autrefois. Mais nul, dans les états-majors, ne se hasarde à conclure de ce corps alourdi à un esprit ralenti.
Ce qui fait sa signature, c’est le mouvement. Là où d’autres commandants organisent d’abord la défense d’une ligne, il pose l’offensive comme principe premier. Sa méthode tient dans la rapidité des marches : arriver plus tôt qu’on ne l’attend, apparaître là où l’ennemi croyait avoir le temps, imposer le combat avant que l’adversaire n’ait fini de se déployer. On parle chez les militaires de son « coup d’œil » — cette faculté de lire d’un regard un terrain et une situation, et de décider vite. Le mot est peut-être trop chargé de légende ; il désigne pourtant une manière réelle de faire la guerre, où la décision précède toujours l’attente.
Sa deuxième constante est la concentration. Plutôt que de garder ses forces étalées, il cherche le point qu’il juge décisif et y masse, au moment voulu, plus d’hommes et plus de canons que l’ennemi n’en peut opposer — quand bien même il serait globalement inférieur en nombre, comme c’est le cas devant la coalition d’aujourd’hui. Manœuvrer sur les derrières de l’adversaire, couper ses communications, l’obliger à livrer la bataille rangée qui tranche : telle est la mécanique qu’il applique depuis vingt ans. Elle prolonge la pensée militaire du siècle passé, celle de Guibert et de l’organisation par corps d’armée, autonomes et capables de se porter secours.
À cette méthode s’ajoute une réputation qui marche devant lui. Les noms d’Italie — Lodi, Arcole, Rivoli — sont dans toutes les mémoires d’officiers ; ceux qui les prononcent le font encore avec une nuance de crainte. Marengo, remporté un 14 juin, il y a tout juste quinze ans à quatre jours près, reste le modèle de la journée compromise puis retournée. Austerlitz sert de leçon dans les écoles étrangères elles-mêmes. Ce capital de victoires n’est pas qu’un souvenir : il pèse sur le moral des armées d’en face, qui savent à quel adversaire elles ont affaire avant même de le voir.
Le pari des derniers mois est de la même étoffe. Débarqué au golfe Juan le 1er mars, il a rallié à lui les troupes envoyées pour l’arrêter et rejoint Paris le 20, sans qu’un coup de feu marque sa route. Les puissances réunies à Vienne l’ont mis, par leur déclaration du 13 mars, « hors des relations civiles et sociales » ; la Septième Coalition qui s’est nouée annonce la levée de plus d’un million d’hommes. Contre cette masse encore en formation, l’Empereur a choisi de frapper le premier : Sambre franchie à Charleroi le 15, Prussiens de Blücher repoussés à Ligny le 16, poursuite confiée le 17 au maréchal Grouchy et à son détachement pendant que le gros de l’armée se portait vers Wellington. Toute la campagne repose sur une idée simple : battre les alliés l’un après l’autre, avant que leurs armées ne se donnent la main.
Reste que cette méthode ne vaut que si ses conditions sont réunies, et plusieurs demeurent obscures. Où sont vraiment les Prussiens battus l’avant-veille, et à quelle vitesse peuvent-ils se refaire ? La coalition parviendra-t-elle à opérer sa jonction avant que la décision ne tombe ? La disproportion des forces est là, entêtante : quelque cent vingt mille Français sur ce théâtre, contre plus de deux cent mille coalisés en comptant tous les contingents en marche. L’Empereur a bâti sa gloire sur la conviction que la vitesse rachète le nombre. Ce matin, face au plateau où Wellington a rangé ses lignes, c’est cette conviction même qui est mise à l’épreuve : la rapidité suffira-t-elle, cette fois encore, à devancer l’Europe ?
Les lecteurs réagissent à l’édition de Waterloo
Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.
Encore un article qui doute. Ceux qui ont vu l’Empereur en Italie savent qu’une position forte n’est forte que jusqu’au moment où il décide de la prendre.
On peut respecter l’Empereur et demander des nouvelles vérifiées. Les Prussiens ne disparaissent pas parce que vous tapez plus fort sur votre table.
Je maintiens : la Garde décidera si on lui demande. Vous verrez.
Tout le monde parle de Hougoumont mais personne ne dit quoi faire lundi matin sur les rentes. Voilà la vraie question pour les familles sérieuses.
La France aspire seulement au repos. Certains confondent encore gloire et agitation perpétuelle.
Traduction : vous attendez les fourgons de l’étranger en prétendant aimer le calme.
La rédaction a raison de distinguer faits et rumeurs. Depuis midi on a déjà “confirmé” trois fois des nouvelles contradictoires.
Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.
Mon commentaire sur les lâches du faubourg a encore été supprimé. Très belle liberté de la presse.
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