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Morel, le ministre de la grange de Wassy, blessé et retenu à Saint-Dizier

C’est lui qui prêchait, dimanche dernier, dans la grange de Wassy quand les gens du duc de Guise y sont entrés. On le nomme Morel. Blessé, saisi, il a été emmené prisonnier au château de Saint-Dizier. On sait peu de chose de l’homme, et nous nous garderons d’en dire plus qu’il ne s’en peut établir.

Jehan Ferrand, rédaction d’Aujourd’hier 6 mars 1562 4 min de lecture

Au centre de la journée du 1er mars, il y a un homme dont on parle beaucoup et que peu ont vu. C’est le prédicant qui tenait le prêche dans la grange, tout près de l’église de Wassy, quand la troupe du duc de Guise s’est portée sur l’assemblée. Les récits qui nous parviennent, de l’un et l’autre bord, s’accordent au moins sur ce point : le ministre a été blessé, puis pris, puis conduit prisonnier à Saint-Dizier.

Son nom court sous la forme de Morel. Certains lui donnent le prénom de Léonard ; d’autres relations n’écrivent que le nom de famille. Nous le rapportons tel qu’on nous le donne, sans trancher une graphie que nous n’avons pu vérifier de source sûre.

Un ministre installé depuis peu

À ce qu’on rapporte, cet homme desservait depuis peu de semaines seulement la petite Église réformée qui s’est formée à Wassy. On le dit venu de Genève, envoyé pour y exercer la charge de ministre : prêcher, lire l’Écriture, administrer le culte à ceux de la religion qui se réunissaient là. La communauté est récente ; son pasteur l’était plus encore.

Sa fonction est celle d’un ministre réformé ordinaire, non d’un chef de parti. Il n’était ni gentilhomme en armes ni capitaine : un homme du prêche, à la tête d’une assemblée de bourgeois, d’artisans et de gens de métier, avec femmes et enfants. C’est cette assemblée, réunie un dimanche pour son culte, que la venue du duc a trouvée sur son chemin.

Que ce culte fût licite ou non, c’est là justement le point que les deux camps disputent. Ceux du duc tiennent l’assemblée pour interdite ; ceux de la religion la disent couverte par l’édit tout frais du roi. Nous n’entrerons pas ici dans cette querelle : elle tient d’un autre débat, et l’homme dont nous parlons n’en peut être fait ni le coupable ni le martyr.

Blessé, saisi, conduit prisonnier

Sur le déroulé de sa capture, les versions divergent, et nous les donnons pour ce qu’elles sont. Les relations réformées veulent qu’il ait été frappé au milieu des siens, tiré hors de la grange et mené de force, l’une d’elles ajoutant qu’on l’aurait traîné sur une échelle. Nous ne tenons pas ce détail pour établi. Ce qui l’est davantage, c’est qu’il n’est pas mort sur place et qu’il a été emmené vivant.

On le dit à présent enfermé au château de Saint-Dizier, forteresse à quelques lieues de Wassy. Nous ignorons dans quel état sont ses blessures, s’il sera relâché, jugé, ou tenu longtemps. Aucune de ces choses ne peut être affirmée aujourd’hui.

Ce que nous ne savons pas

De l’homme lui-même — son âge, son pays, sa formation, la manière dont il en est venu au ministère réformé —, nous n’avons rien qui se puisse poser comme sûr. Les uns le peignent en victime innocente, les autres en meneur d’une assemblée séditieuse ; ces portraits en disent surtout sur la main qui les trace. Nous nous en tenons donc au peu qui tient : un ministre nommé Morel prêchait à Wassy, il a été blessé et fait prisonnier, il est à Saint-Dizier. Le reste, nous le laissons en suspens plutôt que de le broder.

Le contexte

Le 1er mars, la troupe du duc de Guise (François de Lorraine) est entrée dans une grange de Wassy où se tenait une assemblée réformée, à quelques pas de l’église. On y compte de nombreux morts et blessés, femmes et au moins un enfant parmi les victimes ; les bilans varient fortement d’un récit à l’autre.

L’édit signé par le roi Charles IX à Saint-Germain le 17 janvier autorise le culte réformé hors les murs des villes closes et les assemblées privées ; il a été enregistré par le parlement de Paris le 6 mars seulement. La question de savoir si l’assemblée de Wassy tombait ou non sous cette autorisation nourrit les deux récits opposés de la journée.

Wassy relève du douaire de Marie Stuart, nièce du duc de Guise, ce dont le parti du duc tire l’idée qu’il agissait en seigneur des lieux.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce qui est connaissable au 6 mars 1562. Il ne préjuge pas du sort du prisonnier et refuse aussi bien de l’ériger en martyr que de le tenir pour coupable : le peu d’attesté est donné pour tel, le reste laissé en suspens.

Ce que l’on sait

  • Un ministre réformé, que les récits nomment Morel, tenait le prêche dans la grange de Wassy le 1er mars.
  • Il a été blessé au cours de l’attaque, puis saisi et emmené prisonnier au château de Saint-Dizier.
  • Les deux camps s’accordent sur le fait qu’il n’a pas été tué sur place mais capturé vivant.

Ce que l’on ignore

  • Son prénom : on lit Léonard ici, ailleurs le seul nom de Morel ; nous n’avons pu fixer la graphie de source sûre.
  • Son âge, son origine, sa formation et le détail de son parcours de ministre.
  • La gravité de ses blessures, son état présent et ce qu’il adviendra de lui — relâché, jugé ou détenu.
  • Depuis combien de temps exactement il desservait l’Église de Wassy (on le dit installé depuis peu de semaines).

Sources historiques utilisées

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Massacre de Wassy — Wikipédia

Le pasteur Morel arrêté et enfermé à Saint-Dizier ; déroulé de la journée du 1er mars et fourchettes de victimes données comme incertaines.

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Massacre of Vassy — Wikipedia

Le ministre nommé « Léonard Morel », blessé et capturé ; graphie du prénom qui n’apparaît pas dans la notice française, d’où notre réserve.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

Portrait composé à chaud à partir de récits contradictoires du temps. La graphie du prénom (Léonard) est donnée sous réserve, faute de source concordante ; les détails de capture attribués à un camp ne sont pas posés comme faits.

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