François de Lorraine, duc de Guise : le grand capitaine que le royaume écoute
Vainqueur de Metz, reconquérant de Calais, chef de la maison de Guise et oncle de la reine d’Écosse : à quarante-trois ans, le duc est l’un des hommes les plus puissants du royaume. Portrait d’un soldat que sa gloire et sa foi placent au premier rang, alors qu’un enfant règne et qu’une reine mère gouverne.
On ne présente plus François de Lorraine, second du nom à porter le titre de duc de Guise. Depuis vingt ans, son nom revient dans toutes les bouches dès qu’il est question de la guerre, de la Couronne ou de la défense de la foi catholique. À quarante-trois ans, ce prince lorrain passe pour le premier capitaine du royaume, et bien peu, aujourd’hui, oseraient le lui contester.
Le moment donne à ce portrait un relief particulier. Le roi Charles, neuvième du nom, n’a que onze ans ; sa mère, la reine Catherine de Médicis, tient la régence et gouverne au milieu des querelles de religion. Dans un tel gouvernement, un prince de guerre auréolé de victoires, riche, allié aux plus grandes maisons et soutenu par une nombreuse clientèle, pèse d’un poids qu’aucune régente ne peut ignorer.
Un soldat marqué par vingt ans de campagnes
Né en février 1519, François de Lorraine s’est fait connaître les armes à la main. Au siège de Boulogne, en 1545, un coup de lance lui traverse le visage et lui laisse une balafre qu’il porte encore : la blessure, dit-on, faillit l’emporter. Il en a gardé le surnom que le peuple lui donne parfois, celui de « Balafré », et une réputation d’homme qui ne recule pas.
Sa gloire, il la doit surtout à Metz. En 1552, l’empereur Charles Quint met le siège devant la ville avec une armée que l’on disait irrésistible. Guise, qui commande la place, résiste tout l’hiver et contraint l’empereur à lever le siège au début de 1553. La chrétienté entière retient l’affaire : un prince français a tenu tête au plus puissant monarque de l’Europe.
Vint ensuite Calais. La ville était aux mains des Anglais depuis plus de deux siècles, et l’on tenait sa reprise pour impossible. Au cœur de l’hiver, en janvier 1558, le duc mène une attaque rapide et enlève la place en quelques jours, puis achève de chasser les Anglais des environs. Le royaume y gagna une gloire immense, et Guise le renom d’avoir rendu à la France ce qu’elle croyait perdu pour toujours.
Le chef d’une maison au sommet
Le duc n’est pas seul : il est la tête d’une maison. Les Guise, cadets de la maison souveraine de Lorraine, se sont hissés en deux générations au premier rang du royaume. Son frère Charles, cardinal de Lorraine, tient les affaires de l’Église et du Conseil ; d’autres frères servent dans les armées et les évêchés. Ensemble, ils forment une puissance que l’on compte désormais à l’égal des plus grandes maisons de France.
L’alliance la plus éclatante est écossaise. La sœur du duc, Marie de Lorraine, a épousé le roi Jacques d’Écosse ; leur fille, Marie Stuart, est reine d’Écosse et fut naguère reine de France par son mariage avec le feu roi François, second du nom. Le duc de Guise est donc l’oncle d’une reine, et cette parenté a porté la maison à son faîte du vivant du jeune roi défunt.
La mort prématurée de ce roi, en décembre 1560, a rendu le pouvoir à la reine mère et rouvert la place aux autres grands. Mais elle n’a rien retiré au prestige du duc ni à ses moyens. On lui prête de vastes domaines, une clientèle nombreuse, des fidélités dans l’armée et dans les villes ; c’est un homme que l’on courtise et que l’on redoute.
La foi, la Couronne et le triumvirat
Guise se veut avant tout catholique, et sa piété n’est pas feinte : il tient la défense de l’ancienne religion pour un devoir de prince autant que de chrétien. À l’heure où les réformés se multiplient, où l’on discute jusque devant le roi de la place à leur laisser — le colloque de Poissy en a fait la démonstration l’automne dernier —, cette fermeté fait de lui le recours de tous ceux qui refusent la nouveauté en matière de foi.
C’est dans cet esprit que s’est nouée, ces derniers mois, l’entente que l’on nomme déjà le triumvirat : le duc de Guise, le connétable Anne de Montmorency et le maréchal de Saint-André se sont rapprochés pour tenir tête aux progrès de la religion nouvelle et peser sur le gouvernement. Trois grands, trois épées, un même refus : l’assemblée est de taille à contrebalancer bien des décisions du Conseil.
Reste que le duc n’a jamais cessé de se dire serviteur du roi. Toute sa vie, il a fait la guerre pour la Couronne, et rien, dans ses paroles publiques, ne le sépare de l’obéissance due au jeune Charles et à la régente. Comment un tel prince, à la fois le glaive de la foi catholique et le sujet d’un roi-enfant, tiendra sa place dans un royaume que les querelles de religion échauffent chaque jour davantage : voilà ce que nul, aujourd’hui, ne saurait dire.