← Retour à l’édition Portrait

François de Lorraine, duc de Guise : le grand capitaine que le royaume écoute

Vainqueur de Metz, reconquérant de Calais, chef de la maison de Guise et oncle de la reine d’Écosse : à quarante-trois ans, le duc est l’un des hommes les plus puissants du royaume. Portrait d’un soldat que sa gloire et sa foi placent au premier rang, alors qu’un enfant règne et qu’une reine mère gouverne.

Antoine Ferrand, rédaction d’Aujourd’hier 28 février 1562 6 min de lecture

On ne présente plus François de Lorraine, second du nom à porter le titre de duc de Guise. Depuis vingt ans, son nom revient dans toutes les bouches dès qu’il est question de la guerre, de la Couronne ou de la défense de la foi catholique. À quarante-trois ans, ce prince lorrain passe pour le premier capitaine du royaume, et bien peu, aujourd’hui, oseraient le lui contester.

Le moment donne à ce portrait un relief particulier. Le roi Charles, neuvième du nom, n’a que onze ans ; sa mère, la reine Catherine de Médicis, tient la régence et gouverne au milieu des querelles de religion. Dans un tel gouvernement, un prince de guerre auréolé de victoires, riche, allié aux plus grandes maisons et soutenu par une nombreuse clientèle, pèse d’un poids qu’aucune régente ne peut ignorer.

Un soldat marqué par vingt ans de campagnes

Né en février 1519, François de Lorraine s’est fait connaître les armes à la main. Au siège de Boulogne, en 1545, un coup de lance lui traverse le visage et lui laisse une balafre qu’il porte encore : la blessure, dit-on, faillit l’emporter. Il en a gardé le surnom que le peuple lui donne parfois, celui de « Balafré », et une réputation d’homme qui ne recule pas.

Sa gloire, il la doit surtout à Metz. En 1552, l’empereur Charles Quint met le siège devant la ville avec une armée que l’on disait irrésistible. Guise, qui commande la place, résiste tout l’hiver et contraint l’empereur à lever le siège au début de 1553. La chrétienté entière retient l’affaire : un prince français a tenu tête au plus puissant monarque de l’Europe.

Vint ensuite Calais. La ville était aux mains des Anglais depuis plus de deux siècles, et l’on tenait sa reprise pour impossible. Au cœur de l’hiver, en janvier 1558, le duc mène une attaque rapide et enlève la place en quelques jours, puis achève de chasser les Anglais des environs. Le royaume y gagna une gloire immense, et Guise le renom d’avoir rendu à la France ce qu’elle croyait perdu pour toujours.

Le chef d’une maison au sommet

Le duc n’est pas seul : il est la tête d’une maison. Les Guise, cadets de la maison souveraine de Lorraine, se sont hissés en deux générations au premier rang du royaume. Son frère Charles, cardinal de Lorraine, tient les affaires de l’Église et du Conseil ; d’autres frères servent dans les armées et les évêchés. Ensemble, ils forment une puissance que l’on compte désormais à l’égal des plus grandes maisons de France.

L’alliance la plus éclatante est écossaise. La sœur du duc, Marie de Lorraine, a épousé le roi Jacques d’Écosse ; leur fille, Marie Stuart, est reine d’Écosse et fut naguère reine de France par son mariage avec le feu roi François, second du nom. Le duc de Guise est donc l’oncle d’une reine, et cette parenté a porté la maison à son faîte du vivant du jeune roi défunt.

La mort prématurée de ce roi, en décembre 1560, a rendu le pouvoir à la reine mère et rouvert la place aux autres grands. Mais elle n’a rien retiré au prestige du duc ni à ses moyens. On lui prête de vastes domaines, une clientèle nombreuse, des fidélités dans l’armée et dans les villes ; c’est un homme que l’on courtise et que l’on redoute.

La foi, la Couronne et le triumvirat

Guise se veut avant tout catholique, et sa piété n’est pas feinte : il tient la défense de l’ancienne religion pour un devoir de prince autant que de chrétien. À l’heure où les réformés se multiplient, où l’on discute jusque devant le roi de la place à leur laisser — le colloque de Poissy en a fait la démonstration l’automne dernier —, cette fermeté fait de lui le recours de tous ceux qui refusent la nouveauté en matière de foi.

C’est dans cet esprit que s’est nouée, ces derniers mois, l’entente que l’on nomme déjà le triumvirat : le duc de Guise, le connétable Anne de Montmorency et le maréchal de Saint-André se sont rapprochés pour tenir tête aux progrès de la religion nouvelle et peser sur le gouvernement. Trois grands, trois épées, un même refus : l’assemblée est de taille à contrebalancer bien des décisions du Conseil.

Reste que le duc n’a jamais cessé de se dire serviteur du roi. Toute sa vie, il a fait la guerre pour la Couronne, et rien, dans ses paroles publiques, ne le sépare de l’obéissance due au jeune Charles et à la régente. Comment un tel prince, à la fois le glaive de la foi catholique et le sujet d’un roi-enfant, tiendra sa place dans un royaume que les querelles de religion échauffent chaque jour davantage : voilà ce que nul, aujourd’hui, ne saurait dire.

Le contexte

Le roi Charles IX, âgé de onze ans, règne depuis décembre 1560 sous la régence de sa mère, la reine Catherine de Médicis.

L’édit de janvier 1562, signé à Saint-Germain, autorise sous conditions le culte réformé hors les murs des villes ; le parlement de Paris rechigne encore à l’enregistrer.

Le colloque de Poissy, à l’automne 1561, a réuni prélats catholiques et ministres réformés sans parvenir à un accord sur la foi.

La maison de Guise, cadette de la maison de Lorraine, s’est élevée au premier rang du royaume sous les règnes précédents.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce que l’on peut connaître du duc de Guise à la fin de février 1562, sans rien préjuger de la conduite qu’il tiendra dans la crise religieuse en cours.

Ce que l’on sait

  • François de Lorraine, duc de Guise, né en février 1519, a défendu Metz contre Charles Quint (1552-1553) et repris Calais aux Anglais en janvier 1558.
  • Il est le frère de Charles, cardinal de Lorraine, et l’oncle de Marie Stuart, reine d’Écosse, veuve du roi François II.
  • Il s’est rapproché du connétable de Montmorency et du maréchal de Saint-André dans l’entente dite du triumvirat, en défense de la religion catholique.

Ce que l’on ignore

  • Quel rôle exact le duc entend jouer dans le gouvernement de la régente et face aux réformés reste incertain.
  • L’avenir des rapports entre le triumvirat, la Couronne et les partisans de la religion nouvelle est ouvert.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Calais (1558) — Wikipédia

Reprise de Calais aux Anglais en janvier 1558 : ville anglaise depuis 1347, assaut d’hiver conduit par Guise, capitulation en quelques jours.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

Le portrait restitue au présent du 28 février 1562 le regard qu’un chroniqueur d’époque pouvait porter sur le duc de Guise ; il ne préjuge d’aucun événement postérieur à cette date.

Articles liés

Analyse

Wassy, terre de la reine et du duc : le droit lui-même est en litige

La bourgade de Champagne où le sang a coulé dimanche relève du douaire de la reine Marie Stuart, nièce du duc de Guise, et le quartier du château y appartient à la maison de Lorraine. De ce lien seigneurial, les catholiques tirent que « le duc était chez lui, dans son droit ». Reste la question qui décide de tout et que personne ici ne sait trancher : l’assemblée se tenait-elle dans les murs, ou hors les murs ?

6 mars 15626 min