Louis de Bourbon, prince de Condé : le grand seigneur vers qui se tournent les réformés
Prince du sang, cadet de la maison de Bourbon, frère du roi de Navarre, Louis Ier de Bourbon, prince de Condé, s’est imposé depuis quelques années comme la tête laïque de ceux de la religion. À l’heure où la nouvelle du sang versé à Wassy remonte vers Paris, beaucoup, dans le parti réformé, regardent vers lui.
On ignore encore, à cette date, quelle sera la réponse des Églises réformées au carnage de Wassy. Mais dès qu’il s’agit de savoir vers qui elles se tourneraient, un nom revient : Louis de Bourbon, prince de Condé. Depuis deux ou trois ans, ce prince du sang tient dans le royaume le rôle de protecteur de ceux de la religion. Il n’est pas ministre ni théologien ; il est un grand seigneur, et c’est précisément ce que le parti réformé n’avait pas jusqu’à lui.
Voici un portrait, non de ce qu’il fera, que nul ne saurait dire, mais de l’homme et du rang qui, en ces jours de trouble, le placent en position de recours.
Un prince du sang de la branche cadette
Louis de Bourbon est né en 1530. Il descend, par la maison de Bourbon-Vendôme, du roi saint Louis : c’est un prince du sang, l’un de ces seigneurs qui, dans l’ordre du royaume, viennent après les fils de France. Il appartient à la branche cadette : son frère aîné, Antoine de Bourbon, est roi de Navarre par son mariage et premier prince du sang. Condé, lui, n’a que le titre de prince que lui vaut sa naissance et l’apanage qu’il en tire.
Ce rang compte plus que tout dans l’affaire présente. Un prince du sang n’est pas un sujet ordinaire : il tient de sa naissance une place auprès du roi et un droit de regard sur le gouvernement du royaume, surtout lorsque le roi est un enfant. Charles IX n’a pas douze ans ; sa mère, la reine Catherine de Médicis, gouverne. Dans ce vide, les princes du sang et les grandes maisons se disputent l’oreille de la régente.
Le ralliement à la religion nouvelle
Condé s’est fait soldat jeune, aux guerres du Piémont et sur les frontières du Nord, sous le maréchal de Brissac puis devant Metz. C’est un homme de guerre estimé, chevalier de l’ordre du roi. Mais c’est ailleurs qu’il a pris, ces dernières années, le poids qu’on lui connaît.
On le tient pour rallié à la religion réformée. Le bruit en court depuis 1558 ou 1559 ; son épouse, Éléonore de Roye, est réputée calviniste fervente, et l’on dit son influence grande sur le prince. De prince du sang gagné à la religion nouvelle, il n’en existait guère : c’est ce qui fait de lui, aux yeux des Églises, un protecteur d’un tout autre poids qu’un capitaine ou qu’un ministre.
Sa carrière politique en a porté la marque. On l’a soupçonné d’avoir trempé dans l’entreprise d’Amboise, au printemps de 1560, ce coup de main manqué de gentilshommes réformés contre les Guise qui gouvernaient alors le roi François II. Arrêté à l’automne de la même année, il fut, dit-on, condamné à mort. La maladie puis la mort du jeune roi le sauvèrent : la reine mère, cherchant à contrebalancer les Guise, le rendit à la liberté. De cette épreuve, il est sorti grandi dans son parti.
L’amiral de Coligny, l’autre grande tête
Condé n’est pas seul à la tête des réformés. À son côté se tient l’amiral Gaspard de Coligny, l’une des plus hautes charges du royaume, neveu du connétable Anne de Montmorency. Coligny s’est rallié lui aussi à la religion réformée et passe pour l’un de ses plus fermes appuis. Il a paru, l’an dernier, au colloque de Poissy, où l’on tenta en vain de rapprocher les deux confessions, et il a longtemps joui du crédit de la reine mère.
Là où Condé est le prince, le chef par le rang et l’épée, Coligny est l’homme de conseil et de patience, l’appui de la cause dans les affaires du royaume. Les deux hommes ne sont pas de même trempe, mais ceux de la religion voient en eux leurs deux plus fortes têtes.
Un recours, non une décision
Rien, à ce jour, ne dit ce que Condé fera de ce sang répandu à Wassy. On sait seulement ceci : les Églises réformées ont, dans ce prince, un seigneur de leur religion, du plus haut rang, éprouvé aux armes et déjà passé par la prison pour leur cause. Aux heures où l’on craint le pire, c’est vers un tel homme que se tournent naturellement les regards.
Reste à savoir si le prince entend jouer ce rôle, et comment. La reine mère, l’édit qu’elle a fait rendre en janvier, les Guise et leurs alliés : tout cela pèsera. Pour l’heure, Aujourd’hier s’en tient à présenter l’homme, et laisse à la suite le soin de dire ce qu’il en adviendra.