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Sang versé à Wassy : la troupe du duc de Guise a fondu sur une assemblée réformée

On rapporte de Champagne qu’en ce dimanche, les gens du duc de Guise ont attaqué des huguenots rassemblés dans une grange, à quelques pas de l’église de Wassy. Les premiers avis parlent de nombreux morts et blessés, des femmes et un enfant parmi eux. Le ministre a été pris et emmené à Saint-Dizier. À l’heure où nous écrivons, rien n’est encore assuré.

La rédaction d’Aujourd’hier 1 mars 1562 3 min de lecture
Gravure du massacre de Wassy : des soldats du duc de Guise attaquent une assemblée de réformés dans une grange, tuant et blessant des fidèles au sol et sur la galerie
Jacques Tortorel et Jean Perrissin, « Le massacre de Wassy, 1er mars 1562 », planche des « Quarante tableaux ou histoires diverses des guerres de religion » (Genève, v. 1569-1570), Bibliothèque nationale de France (Gallica) — domaine public (Wikimedia Commons).

Un avis venu de Champagne, encore tout confus, nous parvient ce dimanche : la troupe de monseigneur le duc de Guise, François de Lorraine, a fondu sur une assemblée de ceux de la religion nouvelle, réunis dans une grange à Wassy, à quelques pas seulement de l’église. On y prêchait, dit-on, et l’on y chantait des psaumes.

Ce qui s’est passé ensuite, nul ici ne saurait encore le dire avec certitude. Les premiers venus rapportent une tuerie : beaucoup de gens taillés en pièces dans la grange et aux alentours, des morts en grand nombre, plus de blessés encore. On assure qu’il y a des femmes parmi les victimes, et au moins un enfant.

Sur le compte des morts, les bruits se contredisent déjà. Les uns avancent une trentaine, d’autres le double ou davantage ; on parle de cent cinquante ou deux cents blessés. Nous nous gardons d’arrêter un chiffre : ceux qui reviennent de Wassy n’ont pu compter dans le tumulte, et chacun rapporte selon ce qu’il a vu ou entendu dire.

Le ministre qui tenait le prêche — un nommé Morel, envoyé, dit-on, de Genève — aurait été blessé, puis saisi et conduit prisonnier à Saint-Dizier. On ignore ce qu’il en adviendra.

Comment la chose a commencé, on ne l’accorde pas. Les gens du duc et ceux de la religion n’en font pas le même récit, et il faudra du temps avant que l’on démêle qui a porté le premier coup. Nous ne prêterons pas foi, pour l’heure, à l’un plutôt qu’à l’autre.

Le duc revenait de Lorraine vers la cour. Wassy, faut-il le rappeler, relève du douaire de la reine d’Écosse, sa nièce ; il s’y tenait donc pour en quelque façon chez les siens. Nous en dirons davantage à mesure que des avis plus sûrs nous viendront de Champagne.

Le contexte

L’édit de janvier, signé à Saint-Germain le mois dernier, permet aux réformés de s’assembler hors les murs des villes closes et de prier dans les maisons privées, mais interdit le culte public à l’intérieur des villes.

Wassy est un bourg de Champagne, non loin de Saint-Dizier et des terres de la maison de Lorraine.

Le duc de Guise, François de Lorraine, revenait de ses terres vers la cour lorsque l’affaire s’est produite.

État des informations

Ce compte rendu est écrit à chaud, sur les seuls premiers avis parvenus de Champagne. Nous ne tranchons ni le bilan, ni le déroulement, ni les torts. Paris n’a encore rien appris de cette affaire ; les versions des deux partis ne nous sont pas parvenues.

Ce que l’on sait

  • Ce dimanche, à Wassy, des gens en armes de la suite du duc de Guise ont attaqué une assemblée de réformés réunie dans une grange proche de l’église.
  • Il y a de nombreux morts et blessés, parmi lesquels des femmes et au moins un enfant.
  • Le ministre de l’assemblée a été blessé, pris, et emmené prisonnier à Saint-Dizier.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre exact des morts et des blessés : les avis vont d’une trentaine de tués à beaucoup plus, sans aucun décompte assuré.
  • L’heure précise de l’attaque et le déroulement des faits.
  • Ce qui a déclenché la tuerie : les récits des deux partis divergent et ne peuvent être arbitrés à cette heure.
  • Le sort réservé au ministre prisonnier.

Sources historiques utilisées

secondary

Massacre de Wassy — Wikipédia

Déroulement de l’attaque du 1er mars 1562, ordres de grandeur des victimes (femmes et un enfant), capture du ministre.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

Restitution à chaud d’un premier avis local et fragmentaire, à la manière d’une feuille du temps : chiffres donnés en fourchette incertaine, faits non arbitrés, aucune anticipation de la suite.

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