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Paris fait fête au duc de Guise

Le duc François de Guise est entré dans la capitale ce jour, escorté de ses gens d’armes. La ville catholique l’a reçu comme un vainqueur, cependant que la reine mère le mandait à la cour et que ceux de la religion, terrés, retiennent leur souffle.

Nicolas Regnault, rédaction d’Aujourd’hier 16 mars 1562 5 min de lecture
Portrait en buste de François de Lorraine, duc de Guise, coiffé d’une toque de velours noir ornée d’une plume blanche, barbe et moustache rousses, fraise blanche.
Atelier de François Clouet, portrait de François de Lorraine, duc de Guise (v. 1562), collection privée — domaine public (Wikimedia Commons).

Paris a ouvert ses portes au duc de Guise. Ce lundi, François de Lorraine est entré dans la capitale à la tête de sa suite, gens d’armes en armes, et une foule considérable s’est portée à sa rencontre. On rapporte qu’il a gagné la ville par la porte Saint-Denis. De rue en rue, la bourgeoisie catholique l’a acclamé comme on acclame un capitaine qui revient d’une bonne guerre.

Depuis le prêche surpris dans une grange de Wassy, en Champagne, le premier de ce mois, où les gens du duc firent grand nombre de morts et de blessés, la nouvelle a couru dans toute la ville. Les uns tiennent le duc pour l’homme qui a châtié une assemblée défendue ; les autres, pour l’auteur d’un carnage. Ce jour, dans Paris, ce sont les premiers qui donnent de la voix.

Le journal ne saurait dire ici lequel des deux récits de Wassy est le vrai — les partis en donnent deux, inconciliables, et rien encore ne permet de trancher. Nous rapportons seulement ce qui s’est vu dans les rues : une ville qui fête son duc, sans que nous fassions nôtre le jugement qu’elle porte.

Une réception de vainqueur

On n’avait pas vu pareille presse depuis longtemps. Sur le passage du cortège, des bourgeois criaient son nom, des femmes se signaient, quelques-uns réclamaient qu’on en finît une fois pour toutes avec ceux qui tiennent leurs assemblées au mépris des édits. Paris est une ville de vieille foi, et le nom de Guise y est aimé.

Le duc n’est pas venu les mains vides de projets. À l’entendre et à voir ses gens, il tient la capitale pour une place à garder. On dit déjà qu’il veut faire entrer les hommes valides dans la milice bourgeoise et qu’il a chargé le prévôt des marchands de lever un corps de gens de pied — le bruit court d’un millier et demi d’hommes, sous une douzaine d’enseignes — pour la garde de la ville. La chose n’est pas confirmée dans son détail, mais les enrôlements, eux, ont commencé.

Le duc ne paraît pas seul dans cette entreprise. Depuis l’automne dernier, on le sait lié au connétable de Montmorency et au maréchal de Saint-André ; on nomme ces trois grands seigneurs, dans les propos de la ville, comme s’ils ne faisaient qu’un parti.

La reine mère mande, le duc entre

Cette entrée n’allait pas de soi. On assure que la reine mère, Catherine de Médicis, qui gouverne au nom du roi Charles, enfant de onze ans, avait fait dire au duc de venir droit à la cour plutôt qu’à Paris. Le duc a poursuivi sur la capitale. Que la régente y voie une désobéissance ou une nécessité, nul ne le sait au juste ; mais chacun mesure qu’un si grand seigneur, entrant en armes dans la première ville du royaume au gré de la faveur populaire, n’est pas un petit embarras pour un gouvernement porté par une femme et un roi mineur.

On dit aussi que le prince de Condé, Louis de Bourbon, qui tient le parti de la religion, se trouve pareillement dans Paris, et que la reine mère voudrait voir l’un et l’autre quitter la ville. Rien n’indique, à cette heure, que le duc entende obtempérer.

Ceux de la religion, entre effroi et colère

Pour les réformés de Paris, ce jour n’a rien d’une fête. Beaucoup se tiennent chez eux, portes closes. On les dit partagés entre la peur et la fureur : peur d’une foule qui célèbre l’homme de Wassy et qui, hier encore, réclamait qu’on marchât contre eux ; colère de voir traiter en triomphateur celui que les leurs accusent d’avoir fait égorger des fidèles désarmés.

Leurs assemblées, pour l’heure, n’ont pas cessé : l’édit de janvier leur permet le prêche hors les murs, et l’on nous rapporte qu’on prêche encore aux abords de la ville. Mais nul, dans ce quartier, ne se sent en sûreté quand la rue voisine acclame le duc. Ce que sera demain, dans une ville ainsi montée, personne ici n’ose le dire.

Le contexte

L’édit de janvier, signé le 17 janvier à Saint-Germain, autorise le culte réformé hors les murs des villes closes et les assemblées privées dans les maisons, mais interdit le culte public à l’intérieur des villes ; le parlement de Paris ne l’a enregistré que le 6 de ce mois.

Le 1er mars, la troupe du duc de Guise a attaqué une assemblée réformée réunie dans une grange, à Wassy, en Champagne. Le bilan reste incertain — plusieurs dizaines de morts, un grand nombre de blessés selon les récits qui parviennent à Paris.

Paris est une ville de forte majorité catholique, où la maison de Guise jouit d’une grande faveur populaire.

Le roi Charles IX, âgé de onze ans, règne sous la régence de sa mère Catherine de Médicis ; le chancelier Michel de L’Hospital conduit la politique de conciliation dont l’édit de janvier est l’expression.

État des informations

L’édition s’en tient à ce qui est connaissable ce 16 mars 1562 : une entrée, une réception, une ville partagée. Elle ne dit pas ce que Wassy fut au vrai, ni ce que cette effervescence produira.

Ce que l’on sait

  • Le duc de Guise est entré dans Paris à la mi-mars, avec sa suite, et y a été reçu avec faveur par la population catholique.
  • La reine mère avait mandé le duc à la cour ; il a gagné Paris.
  • Le prince de Condé, chef du parti réformé, se trouve également à Paris.
  • Depuis l’automne 1561, le duc de Guise est associé au connétable de Montmorency et au maréchal de Saint-André.

Ce que l’on ignore

  • Le détail des mesures militaires prêtées au duc (milice bourgeoise, régiment levé par le prévôt des marchands, effectif exact) n’est pas confirmé à l’heure où nous écrivons.
  • Si le duc et le prince quitteront Paris à la demande de la reine mère, et ce qui adviendra ensuite.
  • Lequel des deux récits de Wassy — riposte à une assemblée illégale, ou massacre prémédité — dit vrai : la question reste indécidable.
  • La porte par laquelle le duc est entré : la rumeur dit Saint-Denis, sans certitude.

Sources historiques utilisées

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Massacre de Wassy — Wikipédia (FR)

Suite du massacre à Paris : enrôlement des hommes valides dans la milice bourgeoise, levée par le prévôt des marchands d’un régiment de 1 500 hommes (12 enseignes) pour la garde de la ville ; triumvirat Guise–Montmorency–Saint-André.

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Massacre of Vassy — Wikipedia (EN)

Malgré l’ordre de Catherine de Médicis de venir à la cour, Guise poursuit sur Paris, où la population catholique lui fait un accueil de héros ; la reine mère ordonne à Guise et à Condé de quitter Paris, ce que Guise refuse.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

Les scènes de rue (acclamations, portes closes des réformés, propos de la foule) sont reconstituées à partir de sources concordantes du temps sur l’accueil parisien du duc ; elles imitent le regard d’un chroniqueur du 16 mars 1562 et n’endossent le jugement d’aucun parti.

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