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Le duc de Guise regagne Paris, l’escorte en armes

Parti de ses terres de Lorraine, François de Lorraine, duc de Guise, fait route vers la cour à la tête d’une escorte d’environ deux cents gens d’armes. On ignore ses intentions ; sa seule marche, dans un royaume où les assemblées de la religion nouvelle se multiplient, suffit à tendre les esprits.

Jehan Gervais, rédaction d’Aujourd’hier 28 février 1562 5 min de lecture

On mande de Champagne que le duc de Guise a quitté la Lorraine et chemine vers Paris. Le seigneur ne voyage pas seul : à ses côtés vont son épouse Anne d’Este, son fils aîné Henri, et une escorte que l’on dit forte d’environ deux cents gens d’armes. Le chiffre court de bouche en bouche et n’a rien d’assuré ; ce qui est certain, c’est qu’un des plus grands du royaume traverse le pays en équipage de guerre.

Un tel train n’a, en soi, rien que de fort ordinaire pour un prince de cette maison, qui ne se déplace jamais sans une suite d’hommes montés. Mais l’heure n’est point ordinaire. Depuis que l’édit de janvier a permis à ceux de la religion nouvelle de tenir leurs prêches hors les murs des villes closes, les assemblées se font plus nombreuses et plus hardies, et le parlement de Paris rechigne encore à enregistrer le texte. Dans ce climat, la marche d’un grand seigneur en armes se prête à toutes les lectures.

Nul, à cette heure, ne peut dire ce que le duc a en tête. Simple retour d’un seigneur vers la cour, comme il en a le droit et l’usage ? Ou volonté d’en découdre avec une religion nouvelle dont il n’a jamais caché qu’il la tenait pour une menace ? Les uns et les autres, selon leur camp, prêtent au voyage les desseins qui les arrangent. On ne sait pas.

Un capitaine que le royaume connaît

François de Lorraine n’est pas un seigneur comme les autres. C’est l’homme qui tint Metz contre l’empereur Charles Quint en 1552, et qui reprit Calais aux Anglais au début de 1558 — deux faits d’armes qui ont fait de lui l’un des noms les plus fêtés des armées du roi. Sa maison, celle de Guise, cadette des ducs de Lorraine, a monté haut à la cour, et son frère le cardinal de Lorraine y pèse d’un grand poids dans les affaires de l’Église.

C’est dire que, lorsqu’un tel homme prend la route avec deux cents chevaux, on ne le regarde pas passer comme on regarde un voyageur. Sa réputation le précède, et ses ennemis y voient volontiers une intention là où il n’y a peut-être qu’un déplacement.

Le triumvirat en arrière-plan

Le nom de Guise ne va pas sans celui de deux autres. Depuis l’automne dernier, on dit formé entre le duc, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André une entente que d’aucuns nomment déjà le triumvirat. Ces trois seigneurs, tenus pour les gardiens de l’ancienne foi, passent pour hostiles aux ménagements que la régente Catherine de Médicis accorde à ceux de la religion.

On sait que le duc revient de Lorraine, où il a séjourné ces dernières semaines ; on parle d’une entrevue tenue à Saverne, aux confins de l’Alsace, avec le duc de Wurtemberg, prince luthérien d’Empire. Ce que le duc y a traité, on l’ignore au juste. Mais que le premier des trois hommes du triumvirat reparaisse à ce moment, en armes, sur le chemin de Paris, n’échappe à personne.

Une inquiétude qui ne repose sur aucun fait

Il faut le dire nettement : rien ne s’est produit. Le duc chemine, voilà tout. Aucun heurt n’est rapporté, aucun ordre, aucune menace publique. L’inquiétude qui gagne certaines assemblées de la religion nouvelle, sur le parcours du seigneur, ne repose pour l’heure que sur sa réputation et sur le nombre de ses hommes.

De leur côté, les gens du duc font savoir qu’il ne s’agit que d’un retour vers la cour, et qu’on prête à leur maître des noirceurs qu’il n’a point. On ne saurait départager ces dires. Le journal se borne à rapporter ce qu’il tient pour sûr : un grand du royaume est en marche, l’escorte est forte, et les temps sont tendus. Le reste appartient à ce que chacun redoute ou espère.

Le contexte

L’édit de janvier, signé par le roi Charles IX sous la régence de sa mère Catherine de Médicis, autorise le culte réformé hors les murs des villes closes et les assemblées privées dans les maisons ; il interdit le culte public à l’intérieur des villes. Le parlement de Paris rechigne encore à l’enregistrer.

Le duc de Guise, François de Lorraine, s’est illustré à la défense de Metz (1552) et à la reprise de Calais sur les Anglais (début 1558).

On tient pour formée, depuis l’automne dernier, une entente entre le duc de Guise, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André, réputés gardiens de l’ancienne foi.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 28 février 1562. Aucun incident n’est survenu sur la route du duc ; le journal ne prête au voyage aucune issue et n’en préjuge pas.

Ce que l’on sait

  • François de Lorraine, duc de Guise, revient de Lorraine et fait route vers Paris, accompagné de sa femme, de son fils Henri et d’une escorte armée.
  • Le duc a séjourné en Lorraine ces dernières semaines ; on rapporte une entrevue tenue à Saverne avec le duc de Wurtemberg.
  • Depuis l’édit de janvier, les assemblées de la religion nouvelle se multiplient hors les murs des villes closes.

Ce que l’on ignore

  • Les intentions du duc : simple retour seigneurial à la cour, ou volonté d’agir contre les assemblées de la religion nouvelle. Nul ne peut le dire.
  • L’effectif exact de l’escorte : on parle d’environ deux cents gens d’armes, chiffre non vérifié.
  • La teneur de ce qui a été traité à Saverne avec le duc de Wurtemberg.

Sources historiques utilisées

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Édit de janvier 1562 — Wikipédia

Contenu de l’édit de janvier (culte réformé hors les murs, assemblées privées) et réticence du parlement de Paris à l’enregistrer.

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Les Guise — Musée protestant

Position de la maison de Guise à la cour et rôle du cardinal de Lorraine ; entente catholique dite triumvirat, hostile aux ménagements accordés aux réformés.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

Le récit du trajet et le climat d’attente sont restitués au présent du 28 février 1562, à partir de sources concordantes sur l’itinéraire et l’escorte du duc. Aucun fait postérieur n’est employé.

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