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Le roi accorde aux réformés un prêche hors les murs des villes

Signé le 17 janvier à Saint-Germain-en-Laye au nom de Charles IX, l’édit du chancelier de L’Hospital tolère pour la première fois le culte de ceux de la religion nouvelle, à condition qu’il se tienne hors des villes closes. Le culte public demeure interdit dans les murs, et les églises occupées doivent être rendues. Reste à savoir si le parlement de Paris consentira à l’enregistrer.

Antoine Vasselin, rédaction d’Aujourd’hier 20 janvier 1562 5 min de lecture
Portrait gravé en médaillon de Michel de L’Hospital, chancelier de France, en buste, de profil, barbe longue, dans un cadre orné de fruits et de guirlandes.
Portrait de Michel de L’Hospital, gravure d’après Théodore de Bèze, « Icones » (1580) — fac-similé (1906), domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle est venue de Saint-Germain-en-Laye ces derniers jours : le roi a mis son nom, le 17 de ce mois, au bas d’un édit qui règle le fait de la religion et qui autorise, sous conditions, les assemblées de ceux qu’on nomme réformés ou huguenots. Jamais, de mémoire de sujet du royaume, un tel culte n’avait été souffert par une loi du roi. Les prédécesseurs de Sa Majesté l’avaient poursuivi par le feu et par l’édit ; celui-ci, pour la première fois, lui ménage une place.

Le roi n’a que onze ans. C’est la reine mère, Catherine de Médicis, qui gouverne pendant sa minorité, et c’est le chancelier Michel de L’Hospital, garde des sceaux, qui a dressé le texte. On tient à la cour que cet arrangement n’est pas une faveur faite à la religion nouvelle, mais un moyen de rendre la paix au royaume après tant de troubles, et d’empêcher que le sang ne coule pour le fait de la conscience.

Le détail des articles se répand lentement de Paris vers les provinces. Voici, autant qu’on peut le savoir aujourd’hui, ce que le roi accorde aux réformés, et ce qu’il leur refuse.

Ce que le roi accorde

Les réformés pourront tenir leurs prêches et leurs assemblées hors les murs des villes closes, c’est-à-dire aux faubourgs et par les champs. Dans les villes mêmes, il leur est permis de s’assembler en particulier, dans les maisons privées, pour prier et lire selon leur usage.

Le roi souffre aussi qu’ils tiennent leurs consistoires et leurs synodes, et que leurs ministres exercent, pourvu qu’ils prêtent le serment qu’on exige d’eux et qu’ils se comportent en sujets obéissants. C’est reconnaître, de fait, que la religion nouvelle a ses pasteurs et son ordre, chose que la couronne n’avait jamais admise jusqu’ici.

Ce que le roi refuse

Le culte public demeure défendu dans l’enceinte des villes : point de prêche ni d’assemblée ouverte intra muros. Les réformés devront rendre les églises, les biens et les ornements qu’ils ont pris ou occupés en divers lieux, et il leur est fait défense d’en bâtir de nouveaux ou d’en saisir par force.

On leur commande encore de se défaire de leurs armes lorsqu’ils s’assemblent, et de ne rien entreprendre contre la religion ancienne ni contre le repos public. L’édit, en un mot, tolère la personne et le prêche, non la place forte ni le tumulte.

Le parlement de Paris rechigne

Un édit du roi ne prend force de loi qu’une fois enregistré par les cours souveraines, et d’abord par le parlement de Paris. Or on assure que les gens du parlement font difficulté d’enregistrer celui-ci. La compagnie est tenue pour ferme dans l’ancienne religion, et plusieurs y jugent qu’accorder un culte à deux Églises dans un même royaume, c’est ouvrir la porte à la division.

Nul, ici, ne saurait dire quand ni comment la chose se dénouera. Tant que le parlement n’aura pas enregistré, l’édit demeure la volonté du roi sans être encore la loi du royaume. Les uns espèrent que l’autorité de Sa Majesté l’emportera ; les autres attendent de voir si les cours plieront. C’est de cette résistance que dépend, pour une bonne part, la paix que la reine mère cherche à rétablir.

Le contexte

La religion réformée, celle de Calvin, s’est répandue dans le royaume malgré les édits de poursuite ; sous le feu roi Henri II, elle était châtiée du bûcher.

À l’automne dernier, la couronne avait tenté d’accorder les deux religions par le colloque de Poissy, où docteurs catholiques et ministres réformés disputèrent en présence de la cour, sans parvenir à s’entendre.

Un édit ne devient loi qu’après enregistrement par le parlement, qui peut d’abord présenter au roi ses remontrances.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 20 janvier 1562. Le détail des articles nous parvient encore par fragments, et le sort de l’édit devant le parlement reste ouvert : nous ne préjugeons pas de son issue.

Ce que l’on sait

  • Le roi a signé l’édit le 17 janvier 1562 à Saint-Germain-en-Laye ; le texte a été dressé par le chancelier Michel de L’Hospital, sous la régence de Catherine de Médicis, mère de Charles IX âgé de onze ans.
  • L’édit autorise le culte réformé hors les murs des villes closes et les assemblées privées dans les maisons ; il interdit le culte public à l’intérieur des villes et ordonne la restitution des églises et biens occupés.
  • C’est la première fois qu’une loi du roi tolère le culte réformé dans le royaume.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si le parlement de Paris consentira à enregistrer l’édit, et à quelles conditions.
  • On ne sait pas comment l’édit sera reçu et appliqué dans les provinces, ni si les deux camps s’en tiendront à ses termes.

Sources historiques utilisées

secondary

Édit de janvier 1562 — Wikipédia (FR)

Date de signature (17 janvier 1562, Saint-Germain-en-Laye), contenu (culte hors les murs, assemblées privées, restitution des églises), rôle de L’Hospital, résistance du parlement de Paris.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

La restitution « à chaud » du 20 janvier 1562 imite la langue et l’horizon de savoir d’un correspondant du temps ; les formulations sur les articles de l’édit reproduisent leur diffusion progressive et incomplète.

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