Le prince de Condé se saisit d’Orléans et prend les armes « pour le roi »
Ce 2 avril, Louis de Bourbon, prince de Condé, s’est rendu maître d’Orléans, sur la Loire, dont il fait sa place forte. Il accompagne ce coup de force d’une déclaration : il ne se dresse pas contre le roi, dit-il, mais prend les armes pour arracher l’enfant Charles IX et la régente à la « tyrannie » des Guise, invoquant « l’horrible carnage » de Wassy. La prise d’armes est là ; nul ne sait encore jusqu’où elle mènera.
La nouvelle nous parvient d’Orléans : le prince de Condé s’est emparé de la ville ce jour. Louis de Bourbon, prince de Condé, frère cadet d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, y est entré avec ses gens et en a pris le contrôle. Place bien assise sur la Loire, au cœur du royaume, Orléans devient entre ses mains un point d’appui et un lieu de rassemblement pour ceux de la religion réformée.
Le prince ne se cache pas. Loin de présenter sa démarche comme une révolte, il la donne pour un service rendu au roi. Une déclaration court déjà, où il affirme prendre les armes non contre le jeune Charles IX ni contre la reine mère, mais pour les délivrer de ceux qui, dit-il, les tiennent captifs et gouvernent en leur nom : la maison de Guise.
Un manifeste qui invoque le sang de Wassy
Au fondement de sa prise d’armes, le prince place l’événement de Wassy. Le 1er mars, en Champagne, les gens du duc de Guise ont fait de nombreux morts parmi une assemblée réformée rassemblée dans une grange, à quelques pas de l’église. Condé parle de « l’horrible carnage » commis, souligne-t-il, « en la présence de M. de Guise », et en fait la preuve que le royaume glisse vers la violence contre les édits du roi.
La déclaration dénonce des serviteurs ambitieux qui, autour du trône, désobéissent aux édits de pacification et ont fait tuer, écrit-on, de pauvres sujets réunis pour prier et servir Dieu, comme les édits le permettaient, sans épargner ni l’âge ni le sexe. Le prince se dit tenu, comme prince du sang, de défendre l’autorité royale et la liberté du roi contre cette emprise. On dit que ses conseillers, parmi lesquels Théodore de Bèze, ont pesé dans la rédaction de ces écrits, et qu’un acte d’association « pour la liberté du roi » doit suivre.
Deux mois d’escalade
Depuis Wassy, les tensions n’ont pas cessé de monter. Le duc de Guise est entré dans Paris à la mi-mars, acclamé par une partie de la ville ; le parlement avait enregistré peu avant l’édit de janvier, qui tolère hors les murs le culte réformé. Le camp réformé, lui, tenait Wassy pour un massacre et réclamait justice. En prenant Orléans et en publiant ses raisons, Condé fait passer la querelle de l’indignation aux armes.
Chaque camp lit la même scène à sa manière. Les partisans du duc rappellent que Wassy relève du douaire de Marie Stuart, sa nièce, et soutiennent que le duc était dans son droit, ses gens accueillis à coups de pierres devant une assemblée tenue en infraction. Les réformés y voient un carnage prémédité de fidèles désarmés. Aucune des deux versions n’a été tranchée, et le prince, en s’armant, fait de la première la sienne sans plus attendre.
Une crise ouverte, une issue inconnue
Que le prince de Condé ait pris les armes et se soit donné une place forte est désormais un fait. Ce qu’il adviendra du royaume ne l’est pas. Nul ne sait si la reine mère et le roi accepteront de traiter, si le duc de Guise et ses alliés répondront par les armes, ni si ce soulèvement restera une affaire de quelques villes de la Loire ou gagnera le royaume entier.
On ignore de même quelles villes suivront Orléans, quels seigneurs se rangeront derrière le prince, et si les édits de tolérance tiendront encore. La prise d’armes est déclarée ; sa portée, elle, demeure suspendue.