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Le prince de Condé se saisit d’Orléans et prend les armes « pour le roi »

Ce 2 avril, Louis de Bourbon, prince de Condé, s’est rendu maître d’Orléans, sur la Loire, dont il fait sa place forte. Il accompagne ce coup de force d’une déclaration : il ne se dresse pas contre le roi, dit-il, mais prend les armes pour arracher l’enfant Charles IX et la régente à la « tyrannie » des Guise, invoquant « l’horrible carnage » de Wassy. La prise d’armes est là ; nul ne sait encore jusqu’où elle mènera.

Nicolas Ferrand, rédaction d’Aujourd’hier 2 avril 1562 6 min de lecture
Portrait de Louis Ier de Bourbon, prince de Condé, en buste, vêtu d’un pourpoint sombre à galons dorés et fraise blanche.
Atelier de François Clouet, « Portrait de Louis Ier de Bourbon, prince de Condé » (seconde moitié du XVIe siècle), collection privée — domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle nous parvient d’Orléans : le prince de Condé s’est emparé de la ville ce jour. Louis de Bourbon, prince de Condé, frère cadet d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, y est entré avec ses gens et en a pris le contrôle. Place bien assise sur la Loire, au cœur du royaume, Orléans devient entre ses mains un point d’appui et un lieu de rassemblement pour ceux de la religion réformée.

Le prince ne se cache pas. Loin de présenter sa démarche comme une révolte, il la donne pour un service rendu au roi. Une déclaration court déjà, où il affirme prendre les armes non contre le jeune Charles IX ni contre la reine mère, mais pour les délivrer de ceux qui, dit-il, les tiennent captifs et gouvernent en leur nom : la maison de Guise.

Un manifeste qui invoque le sang de Wassy

Au fondement de sa prise d’armes, le prince place l’événement de Wassy. Le 1er mars, en Champagne, les gens du duc de Guise ont fait de nombreux morts parmi une assemblée réformée rassemblée dans une grange, à quelques pas de l’église. Condé parle de « l’horrible carnage » commis, souligne-t-il, « en la présence de M. de Guise », et en fait la preuve que le royaume glisse vers la violence contre les édits du roi.

La déclaration dénonce des serviteurs ambitieux qui, autour du trône, désobéissent aux édits de pacification et ont fait tuer, écrit-on, de pauvres sujets réunis pour prier et servir Dieu, comme les édits le permettaient, sans épargner ni l’âge ni le sexe. Le prince se dit tenu, comme prince du sang, de défendre l’autorité royale et la liberté du roi contre cette emprise. On dit que ses conseillers, parmi lesquels Théodore de Bèze, ont pesé dans la rédaction de ces écrits, et qu’un acte d’association « pour la liberté du roi » doit suivre.

Deux mois d’escalade

Depuis Wassy, les tensions n’ont pas cessé de monter. Le duc de Guise est entré dans Paris à la mi-mars, acclamé par une partie de la ville ; le parlement avait enregistré peu avant l’édit de janvier, qui tolère hors les murs le culte réformé. Le camp réformé, lui, tenait Wassy pour un massacre et réclamait justice. En prenant Orléans et en publiant ses raisons, Condé fait passer la querelle de l’indignation aux armes.

Chaque camp lit la même scène à sa manière. Les partisans du duc rappellent que Wassy relève du douaire de Marie Stuart, sa nièce, et soutiennent que le duc était dans son droit, ses gens accueillis à coups de pierres devant une assemblée tenue en infraction. Les réformés y voient un carnage prémédité de fidèles désarmés. Aucune des deux versions n’a été tranchée, et le prince, en s’armant, fait de la première la sienne sans plus attendre.

Une crise ouverte, une issue inconnue

Que le prince de Condé ait pris les armes et se soit donné une place forte est désormais un fait. Ce qu’il adviendra du royaume ne l’est pas. Nul ne sait si la reine mère et le roi accepteront de traiter, si le duc de Guise et ses alliés répondront par les armes, ni si ce soulèvement restera une affaire de quelques villes de la Loire ou gagnera le royaume entier.

On ignore de même quelles villes suivront Orléans, quels seigneurs se rangeront derrière le prince, et si les édits de tolérance tiendront encore. La prise d’armes est déclarée ; sa portée, elle, demeure suspendue.

Le contexte

L’édit de janvier, signé le 17 janvier 1562 au nom de Charles IX, roi de onze ans, sous la régence de sa mère Catherine de Médicis, autorise le culte réformé hors les murs des villes closes et les assemblées privées dans les maisons ; il fut enregistré par le parlement de Paris le 6 mars.

Le 1er mars, à Wassy, la troupe du duc de Guise, François de Lorraine, a fait de nombreux morts et blessés dans une assemblée réformée. Les bilans varient : de l’ordre de vingt-cinq à cinquante morts selon les décomptes, avec des femmes et au moins un enfant parmi les victimes.

Louis de Bourbon, prince de Condé, prince du sang, s’est imposé depuis Wassy comme le chef de guerre du parti réformé.

Le duc de Guise est entré dans Paris, acclamé, vers la mi-mars.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 2 avril 1562. La prise d’armes de Condé est un fait ; son issue ne l’est pas et n’est pas anticipée ici.

Ce que l’on sait

  • Le prince de Condé s’est emparé d’Orléans le 2 avril 1562 et en fait sa place forte.
  • Il a pris les armes en se déclarant au service du roi et de la régente, contre la maison de Guise, et invoque le massacre de Wassy du 1er mars.
  • Condé est prince du sang, frère du roi de Navarre Antoine de Bourbon.

Ce que l’on ignore

  • Nul ne sait si le royaume bascule dans une guerre générale ou si le soulèvement restera circonscrit.
  • On ignore comment la reine mère, le roi et le duc de Guise répondront à la prise d’Orléans.
  • On ne sait quelles autres villes ou quels seigneurs suivront le prince.

Sources historiques utilisées

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Première guerre de Religion — Wikipédia

Prise d’Orléans par Condé le 2 avril 1562, place de sûreté et QG protestant ; manifeste présentant la prise d’armes comme défense du roi contre la « tyrannie » des Guise.

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Louis Ier de Bourbon-Condé — Wikipédia

Titres du prince (prince de Condé, prince du sang, frère du roi de Navarre) ; après Wassy il prend les armes et publie un manifeste proclamant vouloir délivrer la régente et le roi des Guise.

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Première guerre de Religion (1562-1563) — Musée protestant

Justification de la prise d’armes de Condé : protéger le jeune roi, dénonciation des édits violés et des sujets tués « sans épargner ni l’âge ni le sexe » ; déclaration et acte d’association rédigés avec l’appui de Théodore de Bèze et François Hotman.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

Les formulations à chaud imitent un média du 2 avril 1562. Les citations du manifeste (« horrible carnage », « en la présence de M. de Guise ») sont données comme propos du prince, non comme constat établi. Aucune anticipation de l’issue du conflit.

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