Le Roi aux Chambres : « Pourrais-je mieux terminer ma carrière qu'en mourant pour sa défense ? »
Hier, en séance royale, Sa Majesté Louis XVIII s'est rendue en personne à la Chambre des députés et a prononcé des paroles qui ont enflammé le cœur de l'assemblée. Princes, pairs et représentants ont juré, d'une seule voix, de défendre la Charte et le trône.
Il était près de midi lorsque Sa Majesté le Roi Louis XVIII fit son entrée dans la salle de la Chambre des députés, appuyé sur les bras de deux officiers de sa maison, sa goutte le contraignant à une démarche lente et solennelle qui n'ôtait rien à la majesté de l'instant. À l'apparition du souverain, une acclamation unanime s'est élevée des bancs et des tribunes ; les chapeaux volèrent, les larmes coulèrent, et l'on entendit de toutes parts : « Vive le Roi ! »
Sa Majesté a pris place sur le trône, les princes du sang alignés à sa droite, les maréchaux et capitaines des gardes formant une haie d'honneur de part et d'autre. Puis, d'une voix ferme, le Roi a prononcé le discours que la France entière attend désormais de lire mot à mot.
Le discours royal : l'appel à l'union
Sa Majesté a d'abord évoqué la Charte constitutionnelle qu'elle a librement octroyée, rappelant qu'elle en est la gardienne autant que la source, et donnant à entendre que ses craintes vont non à sa propre personne, mais à la France. Puis, élevant la voix d'une manière qui a saisi toute l'assemblée dans un silence religieux : « Pourrais-je, à soixante ans, mieux terminer ma carrière qu'en mourant pour sa défense ? »
Ces mots, tombés avec le calme de la conviction, ont produit un effet extraordinaire. Des pleurs se voyaient aux yeux d'hommes qui ne passent pas pour tendres ; les tribunes publiques elles-mêmes, où se pressait un public nombreux et divers, ont répondu par des cris prolongés. Sa Majesté a encore ajouté, avec cette simplicité qui est parfois la forme la plus haute du courage : « Quoi qu'il arrive, je ne quitterai pas mon fauteuil. »
L'École de droit, dont on dit qu'elle a présenté pétition dès la matinée, a résumé dans une seule phrase l'état d'âme de la jeunesse royaliste de Paris : « Nous n'abandonnerons ni notre souverain, ni notre constitution. »
Les serments des princes et des pairs
À l'issue du discours, les princes du sang ont l'un après l'autre prêté serment de fidélité à la Charte et à la personne du Roi. M. le prince de Condé, dont le nom demeure indissociable des plus anciennes gloires de France et dont le petit-fils, le duc d'Enghien, garde un souvenir vif dans toutes les mémoires royalistes, a prononcé le sien avec une émotion visible.
La Chambre des pairs a, de son côté, fait entendre une approbation solennelle. L'assemblée tout entière semblait animée d'un souffle commun : défendre la légitimité, la Charte et l'ordre que dix mois de Restauration ont commencé d'établir. Les galeries ont salué chaque serment d'applaudissements nourris.
Paris royaliste — mais la menace se rapproche
Le tableau serait incomplet si l'on n'ajoutait pas que Paris, pour l'heure, tient. Les nouvelles de l'intérieur restent inquiétantes — on parle de défections en Bourgogne, de régiments qui auraient tourné leurs aigles vers le sud — mais la capitale elle-même demeure, dans sa grande majorité, attachée au Roi. Le quartier Saint-Germain, les clubs royalistes, la plupart des Académies font assaut de déclarations de dévouement.
Nos correspondants de Lyon signalent que la ville a été investie sans grand résistance, et que l'usurpateur avance. On ignore encore, à l'heure où nous mettons sous presse, à quelle distance les avant-gardes de Napoléon Bonaparte se trouvent de Fontainebleau. Le maréchal Ney, envoyé pour l'arrêter, n'a pas encore donné de ses nouvelles de façon certaine : les rumeurs qui circulent dans les cercles ministériels sont contradictoires, et il serait imprudent d'en rien conclure ce matin.
Ce qui est sûr, c'est que le gouvernement du Roi délibère et que des mesures sont à l'étude. On évoque la possibilité de lever des volontaires royaux, de renforcer la Garde nationale de Paris, et d'adresser aux commandants de place des instructions fermes. Si la volonté politique exprimée hier aux Chambres se traduit en actes dans les prochains jours, l'usurpateur trouvera devant lui non point un trône vacant, mais un prince résolu et des Français debout.
L'arrière politique : unité de façade ou conviction profonde ?
Certains observateurs de la vie parlementaire font remarquer, à voix basse, que l'unanimité des Chambres d'hier cache des tempéraments fort divers. Il est des députés qui ont applaudi par devoir ou par crainte de se singulariser, et d'autres dont le royalisme n'est point en doute. La Charte elle-même divise ses propres défenseurs sur ses applications : les uns voudraient des pouvoirs d'exception, les autres craignent de donner prétexte à une réaction future.
Il n'en reste pas moins que la séance du 16 mars a fourni au gouvernement un témoignage public de soutien qu'il n'avait peut-être pas espéré aussi chaleureux. Le Roi peut se présenter aux puissances étrangères — dont on sait qu'elles surveillent les événements avec une attention soutenue — comme le chef d'une nation qui n'a pas renoncé à lui. C'est, pour l'instant, un capital politique précieux, dont l'usage qu'on saura faire décidera beaucoup.