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Le Roi s'arme : Paris prépare sa défense

Tandis que l'usurpateur remonte vers la capitale par la route de Bourgogne, Louis XVIII multiplie les mesures de salut public. Le maréchal Ney est dépêché à la tête de ses troupes pour barrer la route à Bonaparte. À Paris, l'opinion est partagée, la Bourse frémit — mais la Couronne tient.

Eugénie Forcade 14 mars 1815, 18h00 5 min de lecture

Le gouvernement du Roi n'est pas inactif. Depuis la confirmation de la chute de Lyon — prise le 10 de ce mois sans que l'armée royale eût tiré un coup de feu — le Conseil du Roi s'est réuni en séances prolongées aux Tuileries, et l'on assure que Sa Majesté elle-même préside ces délibérations avec une fermeté qui a dissipé plus d'une inquiétude dans l'entourage de la Cour.

L'ordonnance royale du 6 mars, qui déclarait Bonaparte « traître et rebelle » passible des peines attachées à ce crime, demeure la pièce maîtresse de la défense légale de la Couronne. Mais c'est désormais par les armes que l'affaire doit se régler : Napoléon Bonaparte, depuis Lyon, où il a promulgué de prétendus décrets rétablissant son autorité et arboré de nouveau le drapeau tricolore, est en marche. Les dépêches reçues ce matin indiquent qu'il a quitté Lyon dans la nuit du 12 au 13 en direction de Mâcon.

Le maréchal Ney, rempart de la loyauté

C'est le maréchal Ney, prince de la Moskowa, que le Roi a chargé d'arrêter l'avance de l'aventurier. Reçu par Sa Majesté aux Tuileries au lendemain du débarquement, le maréchal a donné sa parole d'officier : il ramènerait Bonaparte à Paris « dans une cage de fer ». Ces mots, rapportés dès lors dans les salons et dans les journaux, ont renforcé la confiance d'une partie de l'opinion dans la fidélité de l'armée.

Ney commande présentement un corps de troupes réunies dans la région de Lons-le-Saunier, en position d'intercepter la colonne bonapartiste avant qu'elle ne franchisse la Bourgogne. Les nouvelles de ce matin ne font état d'aucun engagement. Le maréchal tient sa position. On attend sous peu les premières dépêches de l'affrontement — ou de la capitulation de l'usurpateur, si l'armée loyale fait son devoir.

Autour du maréchal, toutefois, les désertions et les tergiversations de certains régiments ont semé l'inquiétude. Les rapports de la Côte-d'Or font état de canons jetés dans la Saône à Chalon, et de bataillons hésitants. Mais l'état-major royal reste persuadé que l'exemple d'un chef aussi illustre que Ney ralliera les indécis à la cause du Roi constitutionnel.

Paris partagée, les rentes en repli

L'opinion parisienne n'est pas unanime, et il serait vain de le nier. Dans les faubourgs du nord et de l'est, où la mémoire des guerres de l'Empire reste vive, certains voix ne cachent plus leur sympathie pour le retour du « petit caporal ». Dans les quartiers bourgeois et les milieux des affaires, en revanche, c'est l'effroi qui domine : la perspective d'une nouvelle guerre générale européenne est jugée ruineuse.

La Bourse témoigne de cette inquiétude mieux que tout discours. Le cinq pour cent, qui s'était raffermi depuis le printemps de 1814, a sensiblement reculé depuis le débarquement au Golfe-Juan. Les porteurs de rentes craignent que l'agitation de Bonaparte ne contraigne le Trésor royal à de nouveaux emprunts, ou pis, ne remette en cause les engagements contractés lors de la Restauration. Les hommes de finance attendent avec anxiété les nouvelles du Midi.

Dans les salons du faubourg Saint-Germain, le ton est à la confiance affichée. On rappelle que Bonaparte n'est qu'un général sans légitimité, que les puissances d'Europe ne le laisseront pas s'établir, et que la Charte constitutionnelle a fait de la France un régime de droit que nul coup de force ne saurait durablement renverser. Mais derrière ces certitudes, l'heure est à la veille des armes.

La Chambre et la loyauté des pairs

La Chambre des pairs et la Chambre des représentants ont manifesté leur adhésion au Roi. Des adresses de fidélité ont été votées, et plusieurs pairs du royaume ont offert de servir personnellement sous les drapeaux. Ce mouvement d'adhésion, s'il est sincère chez la plupart, dissimule mal les calculs de quelques-uns qui, n'ignorant pas les retournements de l'histoire récente, préfèrent demeurer dans l'expectative.

Ce que l'on sait avec certitude, c'est que le Roi ne fléchit pas. Sa Majesté a fait savoir qu'elle entendait rester à Paris et qu'elle ferait face à l'usurpateur au nom de la légitimité et de la Charte. La capitale se fortifie dans cette attente. L'issue dépend désormais de la promptitude et de la résolution de l'armée royale — et de la parole d'un maréchal de France.

Le contexte

Napoléon Bonaparte a débarqué au Golfe-Juan le 1er mars 1815 avec environ mille hommes.

Lyon a été prise le 10-11 mars sans combat : les troupes du comte d'Artois ont refusé de combattre et évacué la ville.

De Lyon, Bonaparte a promulgué des décrets rétablissant son autorité et réinstaurant le drapeau tricolore.

L'ordonnance royale du 6 mars 1815 a déclaré Napoléon Bonaparte « traître et rebelle » passible de mort.

Le maréchal Ney a reçu du Roi la mission d'intercepter Bonaparte avec un corps de troupes basé dans le Jura.

Au 14 mars au soir, Napoléon est à Mâcon, remontant vers Paris par la route de Bourgogne.

État des informations

Cet article restitue la situation telle qu'elle pouvait être connue à Paris dans la soirée du 14 mars 1815. La position du maréchal Ney et le dénouement de sa mission ne sont pas connus à cette date depuis la capitale : notre rédaction s'en tient aux dépêches reçues et ne préjuge pas de ce que les prochaines heures révéleront.

Ce que l’on sait

  • Lyon est tombée le 10-11 mars sans combat sérieux.
  • Napoléon Bonaparte a quitté Lyon le 13 mars et se trouve en Bourgogne le 14.
  • Le maréchal Ney commande un corps royal à Lons-le-Saunier, chargé d'arrêter l'avance bonapartiste.
  • L'ordonnance royale du 6 mars déclare Bonaparte traître et rebelle.
  • Les rentes françaises ont reculé depuis l'annonce du débarquement au Golfe-Juan.

Ce que l’on ignore

  • La résolution effective des troupes placées sous les ordres de Ney n'est pas établie depuis Paris.
  • La position exacte de Bonaparte au matin du 14 mars n'est connue à Paris qu'avec un délai de vingt-quatre à quarante-huit heures.
  • L'attitude des corps militaires encore entre Mâcon et Paris demeure incertaine.
  • On ignore si d'autres généraux imiteront la défection de La Bédoyère, qui avait rejoint Bonaparte à Grenoble.
  • La réaction des puissances européennes (Vienne, Londres, Saint-Pétersbourg) n'est pas encore connue officiellement à Paris.

Sources historiques utilisées

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Vol de l'Aigle — encyclopédie Wikipédia

Notice de référence pour la chronologie du 1er au 14 mars 1815 : débarquement au Golfe-Juan, traversée des Alpes, prise de Grenoble et de Lyon (10-11 mars), décrets de Lyon, marche vers Mâcon (départ de Lyon le 13 mars, arrivée à Mâcon le 13 soir). Consulté pour établir la position de Napoléon connaissable depuis Paris le 14 mars.

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Vol de l'Aigle et Cent-Jours — Sénat de France (sénat.fr)

Chronologie détaillée du revirement de Ney : arrivée à Lons-le-Saunier le 11-12 mars, accumulation des mauvaises nouvelles (défections, canons dans la Saône à Chalon, Autun et Dijon ralliés), nuit du 13 au 14 mars décisive, proclamation lue aux troupes le 14 mars au matin. Depuis Paris, ce ralliement n'est pas connaissable le 14 mars au soir — une dépêche met au minimum un jour et demi à parcourir les 350 kilomètres. Ney est donc présenté comme fidèle dans cet article, conformément à ce que savait Paris le 14.

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Michel Ney — encyclopédie Wikipédia

Vérification de la promesse de Ney au Roi (« cage de fer »), de sa mission dans le Jura, et de la date du ralliement (nuit du 13-14 mars, proclamation le 14 au matin à Lons-le-Saunier).

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Louis XVIII — encyclopédie Wikipédia

Vérification du séjour parisien de Louis XVIII jusqu'au 19 mars et de l'ordonnance royale du 6 mars 1815 déclarant Bonaparte traître et rebelle.

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Reconstitution éditoriale — Paris le 14 mars 1815 au soir

Cet article restitue le point de vue d'un journaliste parisien dans la soirée du 14 mars 1815. Le ralliement de Ney, accompli le matin même à Lons-le-Saunier, n'est pas connu à Paris à cette heure. L'opinion sur la Bourse et les salons est reconstituée d'après les tendances documentées de l'époque (recul des rentes après le débarquement, divisions entre milieux populaires et bourgeois). Les formulations à chaud imitent le style de la presse royaliste de 1815 (Journal des débats, Gazette de France). Aucun propos n'est attribué à des personnes réelles sans source vérifiable.

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17 mars 1815, 09h005 min