← Retour à l’édition À la une

À Lyon, le drapeau tricolore relevé : la deuxième ville du royaume a basculé

Les nouvelles du Midi, parvenues à Paris avec le retard accoutumé, ne laissent plus de doute : Buonaparte est entré dans Lyon, où les troupes du Roi n’ont pu être amenées à faire feu. De cette ville datés du 13, des décrets signés de sa main dissolvent les Chambres et rétablissent les trois couleurs. Le comte d’Artois, le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald se sont retirés.

Hippolyte Vannard 14 mars 1815, 08h00 6 min de lecture
Portrait en buste de Napoléon Ier en uniforme de la Garde impériale, portant la Légion d'honneur, peint en 1815.
Horace Vernet, « L'Empereur Napoléon Ier » (1815), National Gallery, Londres — domaine public (Wikimedia Commons).

Paris, ce 14 mars, au matin. Les courriers du Midi, que l’éloignement et l’état des routes retiennent toujours plusieurs jours en chemin, apportent une nouvelle dont la gravité ne saurait être dissimulée : Lyon, la deuxième ville du royaume, est tombée aux mains de Buonaparte sans qu’un coup de fusil y ait été tiré. On donne le 10 de ce mois pour le jour de son entrée — quelques relations parlent du 9 ou du 10, et nous nous garderons d’en fixer l’heure avec plus d’assurance que les dépêches ne le permettent.

Ce qui paraît certain, c’est que les forces réunies dans la place pour barrer la route à l’aventurier n’ont pu être conduites au combat. Monseigneur le comte d’Artois, frère du Roi, le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald, duc de Tarente, s’y trouvaient avec mission d’arrêter la marche des révoltés. On rapporte que la troupe, pressée d’en venir aux mains, est demeurée sourde aux ordres, et que rien n’a pu décider les soldats à tourner leurs armes contre les bandes qui s’avançaient. Devant cette défaillance, les princes et le maréchal se sont retirés de la ville au matin, et l’on dit que le préfet les a suivis.

Buonaparte, dit-on, est entré dans Lyon au milieu d’une populace ameutée, où l’on remarquait quantité d’ouvriers en soie de la fabrique. Il y aurait passé deux jours, recevant les corps de la ville et passant des troupes en revue sur la place Bellecour. C’est là, et de cette ville, qu’il a fait dater les actes les plus hardis qu’il ait osés depuis qu’il a quitté son île.

Car de Lyon sont sortis, le 13, des décrets revêtus de son nom dont la teneur, si elle se confirme dans tous ses articles, marque assez le dessein qu’il poursuit. Il y dissout la Chambre des pairs et la Chambre des représentants et y prétend abolir la noblesse rétablie ; il y rappelle les couleurs et la cocarde tricolores, proscrivant le drapeau blanc et la cocarde du Roi. Ainsi cet homme, qui hier encore n’avait pour lui qu’une poignée de soldats débarqués au golfe Juan, ose-t-il, du fond de la deuxième ville du royaume, parler en maître et défaire d’un trait de plume ce que la légitimité a relevé.

On annonce qu’il aurait quitté Lyon dès le 13, reprenant sa marche vers le nord. Où prétend-il aller, et avec quelles forces, c’est ce que les courriers prochains diront ; il serait téméraire d’en rien avancer sur des bruits.

Au reste, qu’on ne se hâte point de tout croire ni de tout désespérer. Le Roi a dépêché contre les révoltés des chefs éprouvés ; le maréchal Ney, prince de la Moskowa, est parti, dit-on, pour leur barrer la route et ramener l’usurpateur, qu’il s’est, assure-t-on, fait fort de prendre. Les places fortes du royaume, les corps demeurés fidèles, le sentiment d’une nation lasse des aventures, tout cela n’a point dit son dernier mot. Que Lyon soit tombée sans combat est un coup rude ; ce n’en est pas, à Dieu ne plaise, la décision.

Nous rapportons donc ce que les dépêches du Midi nous apprennent, et rien de plus. La défection des troupes de Lyon, l’entrée de Buonaparte, les décrets datés du 13 : voilà ce qui paraît établi à cette heure. Le surplus — les forces dont il dispose, la marche qu’il médite, l’accueil que les villes du nord lui réservent — demeure dans l’incertitude, et nous attendrons, pour en parler, que les courriers l’aient éclairci.

Le contexte

Buonaparte, relégué à l’île d’Elbe depuis le printemps dernier, a débarqué sur la côte de Provence, au golfe Juan, dans les premiers jours de mars, à la tête d’une troupe peu nombreuse.

Remontant par les vallées du Dauphiné, il a gagné Grenoble avant de se porter sur Lyon, sans qu’aucune troupe ait, jusqu’ici, fait feu sur sa colonne.

Le Roi a chargé plusieurs chefs et les princes de sa maison d’arrêter cette marche ; le comte d’Artois et le maréchal Macdonald s’étaient portés à Lyon pour y tenir la place.

Lyon passe pour la deuxième ville du royaume par la population et l’industrie, et commande les routes du Midi vers la capitale.

État des informations

Cet article est daté du matin du 14 mars 1815, et ne rapporte que ce que les dépêches du Midi, parvenues avec retard, permettent d’établir. Il ne préjuge en rien de la suite de cette marche, dont l’issue demeure ouverte, ni du succès des chefs envoyés contre les révoltés.

Ce que l’on sait

  • Buonaparte est entré dans Lyon, où aucune troupe royale n’a fait feu sur sa colonne.
  • Le comte d’Artois, le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald, n’ayant pu décider leurs troupes à combattre, se sont retirés de la ville.
  • Des décrets datés de Lyon le 13 mars, signés de Buonaparte, dissolvent les Chambres, prétendent abolir la noblesse et rétablissent le drapeau et la cocarde tricolores.

Ce que l’on ignore

  • Le jour exact de l’entrée dans Lyon n’est pas fixé avec certitude : on donne le 10, quelques relations le 9 ou le 10.
  • Les forces dont Buonaparte dispose réellement, et la route qu’il compte suivre au sortir de Lyon, ne sont pas connues à Paris à cette heure.
  • L’accueil que lui réserveront les villes situées entre Lyon et la capitale reste entièrement à connaître.

Sources historiques utilisées

secondary

Vol de l'Aigle — Wikipédia FR

Notice consultée pour la chronologie de l'entrée à Lyon (9-10 mars), le départ du comte d'Artois, du duc d'Orléans et du maréchal Macdonald, et les décrets promulgués à Lyon le 13 mars 1815.

primary

Décrets de Lyon du 13 mars 1815

Actes promulgués par Bonaparte à Lyon le 13 mars 1815 : dissolution de la Chambre des pairs et de la Chambre des représentants, rétablissement du drapeau tricolore, abolition prétendueé des titres de noblesse rétablis. Teneur rapportée d'après les dépêches ; texte intégral non encore disponible à Paris au 14 mars.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — Lyon, 14 mars 1815

Article composé dans la langue et le point de vue d'un journal parisien du matin du 14 mars 1815, d'après les dépêches du Midi parvenues avec retard. Aucune issue postérieure à cette date n'est anticipée.

Articles liés