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Qui sont les quatre-vingts ? Le camp du refus

Sur les six cent quarante-neuf parlementaires qui ont pris part au scrutin d’hier, quatre-vingts ont voté contre les pleins pouvoirs. Autant qu’on puisse en juger ce soir, cette opposition est d’abord celle de la gauche. Voici ce qu’on en sait, et ce qu’on ignore encore.

Notre correspondant parlementaire 11 juillet 1940, 16h00 4 min de lecture

Le résultat proclamé hier au Grand Casino est sans appel : cinq cent soixante-neuf voix pour, quatre-vingts contre, une vingtaine d’abstentions, sur environ six cent quarante-neuf votants. Le chiffre du refus tient donc en deux nombres — cinquante-sept députés et vingt-trois sénateurs — qui forment, dans une Assemblée acquise au projet du gouvernement, une minorité clairsemée mais nette.

Reste à savoir qui la compose. La liste nominative complète des quatre-vingts n’a pas été publiée, et les décomptes qui circulent ce soir dans les couloirs varient d’un groupe à l’autre. On peut néanmoins, en recoupant les votes connus et les indications recueillies auprès des groupes, dessiner la carte politique de cette opposition. Elle penche fortement à gauche.

Une opposition à dominante de gauche

Le premier bloc du refus est socialiste. Le groupe de la S.F.I.O. paraît avoir fourni à lui seul près de la moitié des voix hostiles : une trentaine de députés et une poignée de sénateurs. On y relève les noms de M. Léon Blum, de M. Vincent Auriol, de M. Marx Dormoy et de M. Jules Moch, qui n’ont pas caché leur opposition au texte.

Vient ensuite le groupe radical et radical-socialiste, partagé mais qui a donné une trentaine de voix au « non », députés et sénateurs mêlés à parts presque égales. Trois anciens élus communistes, aujourd’hui rattachés à l’Union populaire française, ont également voté contre. Le reste — une quinzaine de voix — se disperse entre la gauche indépendante, l’Union socialiste républicaine et quelques élus de centre ou de droite.

De ce dernier côté, les refus sont rares : sept tout au plus, et ce sont des individualités, non un groupe. La droite parlementaire, dans son ensemble, a suivi le gouvernement. Autrement dit, sur les quatre-vingts, une large majorité — de l’ordre de soixante-dix — vient de la gauche ou du centre-gauche. Le camp du refus est d’abord celui-là.

Au nom de quoi ils disent non

Les motifs affichés se recoupent d’un banc à l’autre. Ceux qui ont refusé disent ne pas vouloir signer un blanc-seing : accorder au gouvernement, sous la signature du maréchal, un mandat sans terme ni contour leur a paru revenir à consentir « la disparition du régime républicain ». Ils invoquent leur attachement aux libertés démocratiques et aux lois constitutionnelles de 1875.

Plusieurs prennent soin de distinguer deux choses. Un redressement moral et économique, dans la détresse où le pays se trouve, beaucoup d’entre eux l’auraient accepté ; ce qu’ils refusent, c’est l’abandon en bloc de la souveraineté du Parlement. C’était déjà, pour l’essentiel, le sens de la motion déposée avant la séance par M. Vincent Badie et ses cosignataires — dont on lira le détail par ailleurs.

M. Badie, député radical-socialiste de l’Hérault, reste la figure la plus en vue de ce refus : empêché de défendre sa motion à la tribune, il a quitté la salle avec les opposants. On lui prête, à propos de cette soirée, un « Vive la République quand même ! » que se répètent ses proches. Ce propos, rapporté de bouche à oreille, n’a pas été consigné.

Ce qu’on ne sait pas encore

Les chiffres, eux, restent incomplets. On tient le total — quatre-vingts, soit cinquante-sept députés et vingt-trois sénateurs — et l’on tient la couleur d’ensemble de cette minorité. On connaît quelques grands noms. Mais le décompte nominatif complet des quatre-vingts n’est pas établi à cette heure, et la ventilation par groupe reste une lecture, non un état civil.

Elle dépend en effet du rattachement de plusieurs élus, aux frontières mal fixées entre gauche indépendante, Union socialiste républicaine et divers. Les nombres avancés ici sont les meilleurs qu’on puisse arrêter ce soir ; ils demandent à être vérifiés à mesure que les groupes publieront le vote de leurs membres.

Le contexte

Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale réunie au Grand Casino de Vichy a adopté la loi confiant tous pouvoirs au gouvernement, sous l’autorité du maréchal Pétain, par 569 voix contre 80, sur environ 649 votants.

Le décompte du refus donne 57 députés et 23 sénateurs.

La S.F.I.O., le parti radical et radical-socialiste, l’Union socialiste républicaine et la gauche indépendante forment, à Vichy, les principaux groupes de gauche et de centre-gauche.

Avant la séance, une motion menée par le député Vincent Badie, cosignée par vingt-sept parlementaires, avait refusé la disparition du régime républicain tout en acceptant des pouvoirs étendus pour le maréchal.

État des informations

Cet article se limite à ce qui est connaissable au soir du 11 juillet 1940, une fois le dépouillement par groupes recoupé. Il donne un chiffre sûr — quatre-vingts opposants — et une couleur politique dominante, mais non la liste nominative complète, qui n’est pas encore publiée. Les décomptes par sensibilité sont présentés comme la meilleure lecture disponible, non comme un état définitif.

Ce que l’on sait

  • Quatre-vingts parlementaires ont voté contre la loi du 10 juillet 1940 : 57 députés et 23 sénateurs.
  • Cette opposition est à forte dominante de gauche et de centre-gauche ; les refus venus de la droite sont rares et individuels.
  • Le groupe socialiste S.F.I.O. constitue le premier bloc du refus, avec une majorité de députés et quelques sénateurs.
  • Le groupe radical et radical-socialiste a fourni un contingent notable de voix hostiles, députés et sénateurs.
  • Trois anciens élus communistes, rattachés à l’Union populaire française, ont voté contre.
  • MM. Léon Blum, Vincent Auriol, Marx Dormoy et Jules Moch (S.F.I.O.), ainsi que M. Vincent Badie (radical-socialiste de l’Hérault), figurent parmi les opposants notoires.
  • Les motifs déclarés du refus sont le rejet d’un mandat sans limites, l’attachement aux libertés démocratiques et aux lois constitutionnelles de 1875, et le refus de l’abandon de la souveraineté parlementaire.

Ce que l’on ignore

  • La liste nominative complète des quatre-vingts opposants n’est pas établie au soir du vote : on tient le total et quelques grands noms, non le décompte de tous.
  • La ventilation fine par groupe (nombre exact de socialistes, de radicaux, de divers) reste la meilleure lecture disponible, non un relevé certain : elle dépend du rattachement d’élus aux frontières floues entre gauche indépendante, Union socialiste républicaine et divers.
  • La part exacte des voix venues du centre et de la droite dans les quatre-vingts n’est pas fixée avec précision.
  • La portée du geste de ces quatre-vingts, à chaud, ne peut être appréciée.

Sources historiques utilisées

secondary

10 juillet 1940 — Les 80 opposants, vote par groupes politiques

Dépouillement du scrutin du 10 juillet par groupes politiques (Digithèque MJP, université de Perpignan), d’après O. Wiéviorka, Les Orphelins de la République : 36 socialistes S.F.I.O., 26 radicaux, 3 anciens communistes (Union populaire française) et divers.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique — Les Échos du Passé

Cet article imite la synthèse politique d’un journal du 11 juillet 1940, au lendemain du vote, s’en tenant à ce qui était connaissable ce soir-là : un total sûr, une couleur politique dominante et quelques noms, sans la liste nominative complète des opposants.

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9 juillet 1940, 21h0016 min