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Paix avec l'Espagne : Vervins referme la guerre

Signé ce jour dans la petite ville de Vervins, en Thiérache, le traité met fin à trois années de guerre ouverte avec le roi d'Espagne. Philippe II reconnaît enfin Henri IV pour roi de France ; Calais et les places prises ces dernières années doivent revenir à la couronne.

Une plume de la rédaction, correspondant aux frontières de Picardie 2 mai 1598 6 min de lecture
Portrait de Philippe II d'Espagne, en habit noir, fraise et chapeau haut, tenant un chapelet
Sofonisba Anguissola, « Portrait de Philippe II d’Espagne » (1565), Musée du Prado — domaine public (Wikimedia Commons).

Vervins, ce 2 mai. — Les plénipotentiaires du roi de France et ceux du roi d'Espagne ont apposé aujourd'hui leur seing au bas du traité de paix, dans cette bourgade de Thiérache choisie pour tenir les conférences. Après trois ans d'une guerre déclarée, les deux couronnes conviennent de poser les armes. On mande que le roi Henri, encore retenu en Bretagne ces dernières semaines, en a reçu la nouvelle avec un vif contentement.

Le point qui, ici, retient d'abord les esprits, tient en peu de mots : le roi Philippe reconnaît Henri IV pour roi de France. Voilà treize ans que Madrid soutenait contre lui les armes de la Ligue et lui déniait sa couronne ; le voir aujourd'hui traiter de puissance à puissance change la face des choses. Les places que les Espagnols tenaient sur nos frontières — Calais la première, dont la perte, il y a deux ans, avait tant ému le royaume — doivent, selon les articles, être rendues à la couronne.

La paix a été conclue par l'entremise du Saint-Père. Le pape Clément VIII, qui absout le roi voici trois ans, a dépêché pour l'arbitrer son légat, le cardinal Alexandre de Médicis, assisté du général des Cordeliers. Les conférences s'étaient ouvertes en février dernier ; il aura donc fallu près de trois mois pour en venir à bout.

Ce que disent les articles

Selon ce qui transpire des conférences, le roi d'Espagne s'engage à restituer les places qu'il détient sur nos marches du Nord : Calais, Ardres, Doullens, et les autres conquêtes faites dans le Vermandois et la Picardie depuis l'ouverture de la guerre. On y joint le port de Blavet, en Bretagne, que les gens du roi Philippe occupaient au secours des ligueurs. En retour, la France abandonne certaines prétentions et places, sur le pied de ce qui avait été réglé jadis au traité du Cateau-Cambrésis, du temps du feu roi Henri II.

Les négociations furent conduites, pour le roi, par les sieurs de Bellièvre et de Sillery, personnages de longue main rompus aux affaires ; pour l'Espagne, par don Jean-Baptiste de Tassis. On assure que le point le plus âprement débattu ne fut pas tant le sort de telle place que la forme même de la reconnaissance du roi de France — matière d'honneur autant que de frontières.

Reste que le traité, tel qu'on l'entend rapporter, ne vide pas tous les différends. Le débat sur le marquisat de Saluces, que tient le duc de Savoie, n'y trouve pas son règlement, et l'on ignore encore ce qu'il en adviendra. La paix referme la guerre d'Espagne ; elle ne clôt pas, à elle seule, tous les comptes du royaume avec ses voisins.

Ce que la paix change au-dedans

L'affaire ne se lit pas seulement aux frontières. Depuis les troubles, ceux de la Ligue tenaient une bonne part de leur force de l'or et des armes d'Espagne. Cet appui leur a manqué peu à peu, à mesure que les grands se soumettaient — Mayenne, puis, ces dernières semaines, le duc de Mercœur en Bretagne. En traitant avec le roi Philippe, Henri IV retire à ce qui pouvait rester d'esprit de faction son dernier recours au-dehors.

La rencontre des dates ne laisse pas de frapper. Voici deux jours à peine, à Nantes, le roi arrêtait un édit de pacification pour ceux de la religion ; aujourd'hui, à Vervins, il fait la paix avec l'Espagne. Beaucoup, ici, y veulent voir le dessein d'un prince qui entend d'un même mouvement apaiser le dedans et le dehors. Reste à savoir ce que l'un et l'autre tiendront à l'épreuve du temps.

Réserves de la rédaction

On se gardera de dire cette paix assurée. Les traités, en ce siècle, se font et se défont ; le royaume en a compté plus d'un qui n'a pas tenu ses promesses. Les intentions véritables de la cour de Madrid demeurent hors de notre portée : nul, ici, ne saurait affirmer ce que le roi d'Espagne médite pour la suite. Nous rapportons ce qui est signé, non ce qui sera tenu.

De même, les articles ne nous parviennent que par ce qu'en laissent entendre les gens des conférences ; le détail des places et des délais de restitution ne sera pleinement connu que lorsque le texte aura été publié et exécuté. Nous en rendrons compte à mesure.

Le contexte

La guerre avait été ouvertement déclarée à l'Espagne au début de l'année 1595 ; ce n'est que plus tard, à l'automne de la même année, que le pape Clément VIII a relevé le roi de l'excommunication.

Calais était tombée aux mains des Espagnols au printemps 1596, perte durement ressentie dans le royaume.

Le duc de Mercœur, dernier grand chef ligueur, s'était soumis au roi en Bretagne au mois de mars dernier.

Rappel des années écoulées : le roi Henri, ci-devant roi de Navarre, avait recueilli la couronne à la mort d'Henri III en 1589, s'était fait catholique à Saint-Denis en 1593, avait été sacré à Chartres et reçu dans Paris en 1594.

État des informations

Cette édition s'en tient à ce qui est connaissable au 2 mai 1598 : elle rapporte un traité signé, non une paix éprouvée, et ne préjuge ni de sa durée ni des desseins des cours en présence.

Ce que l’on sait

  • Le traité de paix entre la France et l'Espagne a été signé à Vervins le 2 mai 1598.
  • Le roi d'Espagne Philippe II y reconnaît Henri IV comme roi de France.
  • Les négociations s'étaient ouvertes en février 1598, sous la médiation du pape Clément VIII, par son légat le cardinal Alexandre de Médicis.
  • Le traité prévoit la restitution à la France de Calais et des places prises par l'Espagne durant la guerre.
  • La guerre franco-espagnole avait été ouvertement déclarée en 1595.

Ce que l’on ignore

  • La solidité de cette paix et sa durée réelle.
  • Les intentions véritables de la cour d'Espagne pour la suite.
  • Le détail exact et les délais d'exécution de la restitution des places, tant que le texte n'est pas publié et appliqué.
  • Le sort du marquisat de Saluces, disputé avec le duc de Savoie, que le traité ne règle pas.

Sources historiques utilisées

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Paix de Vervins — Wikipédia

Dates (ouverture des négociations le 9 février 1598, signature le 2 mai 1598), médiation de Clément VIII et du cardinal Alexandre de Médicis, reconnaissance d'Henri IV, restitution de Calais et des places, négociateurs (Bellièvre, Sillery, Jean-Baptiste de Tassis).

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Guerre franco-espagnole (1595-1598) — Wikipédia

Déclaration de guerre de 1595, prise de Calais par l'Espagne (1596), places restituées (Ardres, Doullens, Blavet), articulation du traité de Vervins avec le règlement du Cateau-Cambrésis et la question de Saluces / Savoie.

secondary

Henri IV (roi de France) — Wikipédia

Contexte du règne : succession de 1589, abjuration de 1593, sacre et entrée dans Paris (1594), absolution pontificale de 1595, soumission des chefs ligueurs, réduction de la Bretagne au printemps 1598.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La mise en forme « à chaud » — chapô, formules et réserves — imite un média du temps couvrant l'événement au 2 mai 1598. Les faits sont établis d'après les références ci-dessus ; les tournures d'époque et l'expression de l'incertitude sont une restitution des « Échos du Passé », sans anticipation de la suite.

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