Paix avec l'Espagne : Vervins referme la guerre
Signé ce jour dans la petite ville de Vervins, en Thiérache, le traité met fin à trois années de guerre ouverte avec le roi d'Espagne. Philippe II reconnaît enfin Henri IV pour roi de France ; Calais et les places prises ces dernières années doivent revenir à la couronne.
Vervins, ce 2 mai. — Les plénipotentiaires du roi de France et ceux du roi d'Espagne ont apposé aujourd'hui leur seing au bas du traité de paix, dans cette bourgade de Thiérache choisie pour tenir les conférences. Après trois ans d'une guerre déclarée, les deux couronnes conviennent de poser les armes. On mande que le roi Henri, encore retenu en Bretagne ces dernières semaines, en a reçu la nouvelle avec un vif contentement.
Le point qui, ici, retient d'abord les esprits, tient en peu de mots : le roi Philippe reconnaît Henri IV pour roi de France. Voilà treize ans que Madrid soutenait contre lui les armes de la Ligue et lui déniait sa couronne ; le voir aujourd'hui traiter de puissance à puissance change la face des choses. Les places que les Espagnols tenaient sur nos frontières — Calais la première, dont la perte, il y a deux ans, avait tant ému le royaume — doivent, selon les articles, être rendues à la couronne.
La paix a été conclue par l'entremise du Saint-Père. Le pape Clément VIII, qui absout le roi voici trois ans, a dépêché pour l'arbitrer son légat, le cardinal Alexandre de Médicis, assisté du général des Cordeliers. Les conférences s'étaient ouvertes en février dernier ; il aura donc fallu près de trois mois pour en venir à bout.
Ce que disent les articles
Selon ce qui transpire des conférences, le roi d'Espagne s'engage à restituer les places qu'il détient sur nos marches du Nord : Calais, Ardres, Doullens, et les autres conquêtes faites dans le Vermandois et la Picardie depuis l'ouverture de la guerre. On y joint le port de Blavet, en Bretagne, que les gens du roi Philippe occupaient au secours des ligueurs. En retour, la France abandonne certaines prétentions et places, sur le pied de ce qui avait été réglé jadis au traité du Cateau-Cambrésis, du temps du feu roi Henri II.
Les négociations furent conduites, pour le roi, par les sieurs de Bellièvre et de Sillery, personnages de longue main rompus aux affaires ; pour l'Espagne, par don Jean-Baptiste de Tassis. On assure que le point le plus âprement débattu ne fut pas tant le sort de telle place que la forme même de la reconnaissance du roi de France — matière d'honneur autant que de frontières.
Reste que le traité, tel qu'on l'entend rapporter, ne vide pas tous les différends. Le débat sur le marquisat de Saluces, que tient le duc de Savoie, n'y trouve pas son règlement, et l'on ignore encore ce qu'il en adviendra. La paix referme la guerre d'Espagne ; elle ne clôt pas, à elle seule, tous les comptes du royaume avec ses voisins.
Ce que la paix change au-dedans
L'affaire ne se lit pas seulement aux frontières. Depuis les troubles, ceux de la Ligue tenaient une bonne part de leur force de l'or et des armes d'Espagne. Cet appui leur a manqué peu à peu, à mesure que les grands se soumettaient — Mayenne, puis, ces dernières semaines, le duc de Mercœur en Bretagne. En traitant avec le roi Philippe, Henri IV retire à ce qui pouvait rester d'esprit de faction son dernier recours au-dehors.
La rencontre des dates ne laisse pas de frapper. Voici deux jours à peine, à Nantes, le roi arrêtait un édit de pacification pour ceux de la religion ; aujourd'hui, à Vervins, il fait la paix avec l'Espagne. Beaucoup, ici, y veulent voir le dessein d'un prince qui entend d'un même mouvement apaiser le dedans et le dehors. Reste à savoir ce que l'un et l'autre tiendront à l'épreuve du temps.
Réserves de la rédaction
On se gardera de dire cette paix assurée. Les traités, en ce siècle, se font et se défont ; le royaume en a compté plus d'un qui n'a pas tenu ses promesses. Les intentions véritables de la cour de Madrid demeurent hors de notre portée : nul, ici, ne saurait affirmer ce que le roi d'Espagne médite pour la suite. Nous rapportons ce qui est signé, non ce qui sera tenu.
De même, les articles ne nous parviennent que par ce qu'en laissent entendre les gens des conférences ; le détail des places et des délais de restitution ne sera pleinement connu que lorsque le texte aura été publié et exécuté. Nous en rendrons compte à mesure.