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La rumeur du Vélodrome : des familles entières, et des enfants

Trois jours après les arrestations de l’aube, un bruit se précise dans le XVe : des milliers de gens seraient entassés au Vélodrome d’Hiver, rue Nélaton, dans la chaleur, sans presque rien. Et l’on dit qu’il y a là des enfants.

La rédaction des Échos du Passé 18 juillet 1942, 17h00 7 min de lecture
Vue extérieure du Vélodrome d’Hiver, Paris, 1924 — façade de brique et métal côté rue Nélaton
Agence Meurisse, « Vel'd'Hiv' — Palais des Sports — vue générale extérieure » (1924), Bibliothèque nationale de France — domaine public (Wikimedia Commons).

Depuis trois ou quatre jours, une même rumeur revient de bouche en bouche dans les quartiers de l’Ouest parisien, et l’on a fini par la suivre jusqu’à son point de départ supposé : la rue Nélaton, dans le XVe arrondissement, et le grand Vélodrome d’Hiver. C’est là, dit-on, que l’on aurait conduit une partie des familles emmenées au petit matin du 16 par les autobus et les cars de police. Nous n’avons pu entrer ; les abords sont tenus, l’intérieur reste clos et invisible. Tout ce qui suit nous vient des riverains, de quelques passants, et de personnes qui disent avoir approché les portes.

Ce qui frappe d’abord, à les entendre, c’est le nombre. On parle de plusieurs milliers de personnes — certains avancent des chiffres que rien ne permet de vérifier — réunies sous la grande verrière, dans un bâtiment conçu pour des courses cyclistes et non pour loger des familles. Par cette canicule de juillet, le verre retiendrait la chaleur au point de la rendre suffocante. Des voisins parlent d’une rumeur sourde qui passerait les murs aux heures chaudes ; d’autres, d’une odeur qui se serait installée dans la rue.

Le point qui revient le plus souvent, et qui bouleverse ceux qui le rapportent, c’est la présence d’enfants. Non pas quelques-uns, mais beaucoup, dit-on : des nourrissons, des petits, des plus grands, avec leurs parents ou parfois, assure-t-on, sans eux. Plusieurs personnes affirment avoir vu, le 16 et le 17, des mères porter des bébés en montant dans les véhicules, des familles entières emportées d’un même immeuble. Si ces récits disent vrai, ce ne sont donc pas seulement des hommes en âge de travailler qui ont été pris, mais des foyers complets.

Sur les conditions à l’intérieur, nous en sommes réduits aux bribes et au conditionnel. On rapporte qu’il n’y aurait que très peu d’eau pour cette foule, un ou deux points tout au plus ; que le ravitaillement serait quasi nul ; que rien n’aurait été prévu pour faire vivre tant de monde sur place plusieurs jours. La chaleur, la soif, l’entassement, le manque de tout : c’est l’image que dessinent, concordants malgré eux, des témoignages qui ne se connaissent pas. Mais nul de ceux que nous avons entendus n’a pu décrire la salle elle-même : la porte ne s’ouvre pas pour les curieux.

Quelques-uns disent avoir aperçu, aux abords, des brassards de la Croix-Rouge et de rares secouristes ; d’autres parlent de médecins ou d’infirmières qu’on aurait laissés approcher par instants. Là encore, impossible de confirmer ce qui relève de l’organisation des secours et ce qui relève du récit qu’on se fait après coup. Ce qui est sûr, c’est que l’aide, s’il y en a, se heurte au même mur que nous : on ne voit pas l’intérieur, on en devine seulement les abords.

À ces récits s’ajoutent des bruits plus sombres encore, que nous rapportons avec la plus grande réserve : on parle, dans le voisinage, de personnes qui auraient préféré la mort à ce qui les attendait. Nous ne pouvons ni vérifier ces propos ni en mesurer l’ampleur, et nous nous gardons d’en faire un chiffre ; nous les notons parce qu’ils disent l’état d’esprit qu’on prête au lieu, non parce qu’ils seraient établis.

Officiellement, rien. Aucune note, aucune photographie, aucun communiqué ne vient dire ce qui se passe rue Nélaton. La presse du matin n’en souffle mot. C’est ce silence, justement, qui laisse toute la place à la rumeur : faute de pouvoir savoir, on suppose, on additionne les bribes, on grossit ou l’on minimise selon ce qu’on redoute. Nous tenons à le dire nettement : ce que nous publions ici n’est pas un constat de l’intérieur, c’est l’écho de ce qui se dit aux portes.

Reste un fait que tant de voix répètent qu’il est difficile de l’écarter : il y a, dans ce bâtiment fermé, des familles, et il y a des enfants. Sur leur nombre, sur leur état, sur ce qu’on entend faire d’eux, nous ne savons rien de certain. Nous continuerons d’interroger les abords, faute de pouvoir franchir la porte.

Le contexte

Les Juifs étrangers de la région parisienne sont recensés et fichés par la préfecture depuis l’automne 1940 ; le second statut des Juifs date de juin 1941.

Depuis le printemps, le port de l’étoile jaune est imposé aux Juifs de la zone occupée par une ordonnance allemande.

Des arrestations de Juifs étrangers ont déjà eu lieu à Paris en 1941 (rafle dite « du billet vert » en mai, rafle du XIe arrondissement en août).

Au matin du 16 juillet, des autobus de la S.T.C.R.P. et des cars de police ont emmené des familles entières de plusieurs quartiers ; appartements scellés, commerces fermés.

État des informations

Cet article rapporte l’état d’une rumeur aux abords d’un lieu clos, non un constat de l’intérieur. Les conditions matérielles décrites sont données au conditionnel, les chiffres comme invérifiables. L’édition s’en tient strictement à ce qui peut se savoir le 18 juillet 1942 et ne préjuge en rien de ce qu’il adviendra des personnes regroupées.

Ce que l’on sait

  • Des familles ont été emmenées par autobus et cars de police les 16 et 17 juillet dans plusieurs quartiers de Paris et de banlieue.
  • Une rumeur persistante et concordante désigne le Vélodrome d’Hiver, rue Nélaton (XVe), comme lieu de regroupement d’une partie des personnes arrêtées.
  • Plusieurs témoignages indépendants affirment que des familles entières, enfants et nourrissons compris, figurent parmi les personnes emmenées.
  • Aucune note officielle, aucune photographie, aucun communiqué public ne rend compte de ce qui se passe rue Nélaton : le silence des autorités est total.

Ce que l’on ignore

  • L’intérieur du Vélodrome reste fermé et invisible : nous n’avons pu y entrer ni recueillir aucun témoin sorti de la salle.
  • Le nombre exact de personnes enfermées est inconnu ; les chiffres avancés aux abords (« plusieurs milliers ») ne reposent sur aucune source vérifiable.
  • La part exacte d’enfants, leur âge, leur état, et le fait qu’ils soient ou non séparés de leurs parents ne sont pas vérifiables à cette date.
  • L’existence, l’ampleur et l’efficacité d’éventuels secours (Croix-Rouge, médecins) à l’intérieur ne peuvent être confirmées.
  • Ce qu’il adviendra des personnes regroupées, et leur destination, ne sont l’objet d’aucune information sûre.

Sources historiques utilisées

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Rafle du Vélodrome d’Hiver — Wikipédia (FR)

Conditions de détention au Vél d’Hiv (chaleur, point d’eau unique, durée, présence massive de familles et d’enfants) ; éléments établis par les historiens après-guerre, tenus ici hors du fil et signalés comme inconnus du public à la date.

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Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Article composé comme le ferait un chroniqueur du 18 juillet 1942 : faute d’accès à l’intérieur clos du Vélodrome, il restitue l’état d’une rumeur recueillie aux abords (riverains, passants, rares secouristes), au conditionnel, sans rien révéler de la suite encore inconnue.

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20 juillet 1942, 09h0010 min