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Varsovie a capitulé ; l’Allemagne et l’URSS se partagent la Pologne

La capitale polonaise, assiégée et bombardée depuis le début du mois, a cessé le combat. À l’est, l’Armée rouge, entrée en Pologne le 17 septembre, a fait sa jonction avec les forces allemandes. À Moscou, un accord germano-soviétique vient, dit-on, de fixer la ligne qui partage le pays entre les deux puissances. De notre allié de l’Est, que reste-t-il ?

La rédaction — service étranger 29 septembre 1939, 07h00 7 min de lecture
Officiers de la Wehrmacht et de l’Armée rouge réunis sur une tribune à Brest-Litovsk, le 22 septembre 1939, lors du passage des troupes.
Gutjahr, officiers allemands et soviétiques à Brest-Litovsk, 22 septembre 1939. Bundesarchiv, Bild 101I-121-0011A-22 / Gutjahr — CC BY-SA 3.0 DE (Wikimedia Commons).

Les nouvelles qui nous parviennent de l’Est, par les dépêches et la radio, dessinent depuis quelques jours un tableau d’une gravité que l’on ne saurait farder : la Pologne, notre alliée, ploie sous une double pression. À l’ouest, ses armées reculent depuis bientôt un mois devant l’offensive allemande ; à l’est, une seconde armée, soviétique celle-là, a franchi ses frontières. Et voici que sa capitale même, Varsovie, après des semaines de siège et de bombardements, a déposé les armes.

Selon les informations recoupées ce matin, la garnison de Varsovie a cessé le combat le 27 septembre. La ville, encerclée et pilonnée jour après jour par l’artillerie et l’aviation allemandes, aura tenu près de trois semaines. On annonce des destructions considérables et des souffrances éprouvantes pour la population civile, prise sous les bombes ; les chiffres qui circulent demeurent invérifiables. Mais que la capitale d’une grande nation européenne soit tombée, voilà le fait, et il est lourd.

À ce coup porté à l’ouest s’en est ajouté un autre, venu de l’est, et que rien n’avait laissé prévoir avec netteté. Le 17 septembre, les troupes de l’Union soviétique ont passé la frontière polonaise et se sont avancées vers l’intérieur du pays. Le gouvernement de Moscou a justifié ce mouvement en affirmant que l’État polonais aurait, selon lui, cessé d’exister, et qu’il lui appartenait dès lors de protéger les populations de l’est. Quelle que soit la valeur de cet argument, le résultat est là : la Pologne se trouve désormais prise entre deux armées.

Des deux côtés, ces armées se sont rejointes. On rapporte que, sur certains points, troupes allemandes et soviétiques se sont trouvées face à face, puis se sont accordées sur une ligne de séparation. À Moscou, un accord aurait été conclu entre les deux gouvernements pour fixer cette ligne et régler le sort des territoires occupés. D’après les communiqués qui en filtrent, le tracé suivrait pour l’essentiel le cours de rivières — le Bug, le San — partageant le pays entre la zone tenue par l’Allemagne et celle où s’est portée l’Armée rouge. La teneur exacte de cet arrangement, et ce qu’il contient au-delà de la frontière, ne nous est pas pleinement connue.

Il faut mesurer ce que cela signifie pour nous. La Pologne, dont la garantie a précipité notre entrée en guerre le 3 septembre, voit son territoire envahi par l’ouest et par l’est à la fois, sa capitale tombée, ses armées disloquées. Que demeure-t-il, dans ces conditions, de l’allié au secours duquel nous avons pris les armes ? La question, ce matin, reste ouverte. On dit que des éléments de l’armée polonaise combattent encore en divers points ; on dit aussi que des autorités polonaises chercheraient à gagner l’étranger pour y poursuivre la lutte. Nous rapportons ces bruits sans pouvoir les confirmer.

Reste l’Union soviétique, dont chacun, ici, s’interroge sur les desseins. Liée naguère à l’Allemagne par le pacte de non-agression du mois d’août, la voici qui pénètre en Pologne et s’entend avec Berlin sur son partage. Faut-il y voir la simple reprise de provinces qu’elle revendiquait, ou l’indice d’une entente plus profonde entre les deux régimes ? Les avis, dans la presse et les chancelleries, divergent ; nul, à cette heure, ne saurait trancher, et il serait imprudent de prêter à Moscou des intentions que rien d’établi ne vient confirmer.

Nous nous en tiendrons donc à ce qui est sûr : Varsovie a capitulé, l’Armée rouge est entrée en Pologne, et un accord paraît avoir réparti le pays entre les deux envahisseurs. Pour le reste — le sort durable de la nation polonaise, les suites de tout cela pour les Alliés engagés à l’Ouest —, l’avenir seul le dira. La rédaction suit l’affaire et rendra compte, à mesure, de ce qu’elle pourra établir.

Le contexte

L’Allemagne a attaqué la Pologne le 1er septembre 1939 ; la France et le Royaume-Uni, liés à Varsovie par des engagements, ont déclaré la guerre au Reich le 3 septembre.

Le 23 août 1939, l’Allemagne et l’Union soviétique avaient signé à Moscou un pacte de non-agression, qui avait surpris les opinions occidentales.

Le siège de Varsovie a commencé dans les premiers jours de septembre, la ville étant encerclée puis bombardée par l’aviation et l’artillerie allemandes.

Sur le front de l’Ouest, les opérations demeurent, à cette date, limitées, l’effort principal de l’Allemagne s’étant porté à l’est.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au matin du 29 septembre 1939 : la capitulation de Varsovie, l’entrée soviétique du 17 septembre et l’existence d’un accord de partage conclu à Moscou. Elle ne préjuge ni du sort futur de la Pologne, ni des desseins de l’Union soviétique, ni des suites pour les Alliés. Les chiffres et mouvements non confirmés sont signalés comme tels.

Ce que l’on sait

  • La garnison de Varsovie a cessé le combat le 27 septembre 1939, après plusieurs semaines de siège et de bombardements.
  • Les troupes de l’Union soviétique sont entrées en Pologne le 17 septembre 1939.
  • Les forces allemandes et soviétiques ont fait leur jonction et un accord conclu à Moscou (28-29 septembre) fixe une ligne de partage du territoire polonais.
  • Le gouvernement soviétique a justifié son intervention en affirmant que l’État polonais aurait cessé d’exister.

Ce que l’on ignore

  • Le sort durable de la Pologne et de ses institutions n’est pas connu.
  • La teneur complète de l’accord germano-soviétique de Moscou, au-delà du tracé de la ligne de partage, n’est pas pleinement publique.
  • Les conséquences de la chute de la Pologne pour les Alliés engagés à l’Ouest restent à apprécier.
  • L’étendue exacte des destructions et des pertes civiles à Varsovie ne peut être établie avec certitude.

Sources historiques utilisées

secondary

Invasion de la Pologne (1939) — Wikipédia

Consulté pour le déroulé de septembre 1939 : offensive allemande du 1er septembre, entrée soviétique le 17 septembre, jonction des deux armées, chronologie de la fin de la campagne. Éléments postérieurs au 29 septembre 1939 écartés.

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Pacte germano-soviétique — Wikipédia

Consulté pour le pacte de non-agression du 23 août 1939 et le traité de Moscou du 28 septembre 1939 (signataires Ribbentrop et Molotov, ligne de partage suivant le Bug et le San).

secondary

Siège de Varsovie (1939) — Wikipédia

Consulté pour le siège et la capitulation de Varsovie le 27 septembre 1939 (encerclement, bombardements, reddition de la garnison). Les bilans chiffrés, non connaissables avec certitude à la date, sont traités en réserve.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule une synthèse du service étranger au matin du 29 septembre 1939, à l’heure où la chute de Varsovie et l’entrée soviétique sont connues et où l’accord de Moscou filtre par les communiqués. Rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date.

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