Varsovie a capitulé ; l’Allemagne et l’URSS se partagent la Pologne
La capitale polonaise, assiégée et bombardée depuis le début du mois, a cessé le combat. À l’est, l’Armée rouge, entrée en Pologne le 17 septembre, a fait sa jonction avec les forces allemandes. À Moscou, un accord germano-soviétique vient, dit-on, de fixer la ligne qui partage le pays entre les deux puissances. De notre allié de l’Est, que reste-t-il ?
Les nouvelles qui nous parviennent de l’Est, par les dépêches et la radio, dessinent depuis quelques jours un tableau d’une gravité que l’on ne saurait farder : la Pologne, notre alliée, ploie sous une double pression. À l’ouest, ses armées reculent depuis bientôt un mois devant l’offensive allemande ; à l’est, une seconde armée, soviétique celle-là, a franchi ses frontières. Et voici que sa capitale même, Varsovie, après des semaines de siège et de bombardements, a déposé les armes.
Selon les informations recoupées ce matin, la garnison de Varsovie a cessé le combat le 27 septembre. La ville, encerclée et pilonnée jour après jour par l’artillerie et l’aviation allemandes, aura tenu près de trois semaines. On annonce des destructions considérables et des souffrances éprouvantes pour la population civile, prise sous les bombes ; les chiffres qui circulent demeurent invérifiables. Mais que la capitale d’une grande nation européenne soit tombée, voilà le fait, et il est lourd.
À ce coup porté à l’ouest s’en est ajouté un autre, venu de l’est, et que rien n’avait laissé prévoir avec netteté. Le 17 septembre, les troupes de l’Union soviétique ont passé la frontière polonaise et se sont avancées vers l’intérieur du pays. Le gouvernement de Moscou a justifié ce mouvement en affirmant que l’État polonais aurait, selon lui, cessé d’exister, et qu’il lui appartenait dès lors de protéger les populations de l’est. Quelle que soit la valeur de cet argument, le résultat est là : la Pologne se trouve désormais prise entre deux armées.
Des deux côtés, ces armées se sont rejointes. On rapporte que, sur certains points, troupes allemandes et soviétiques se sont trouvées face à face, puis se sont accordées sur une ligne de séparation. À Moscou, un accord aurait été conclu entre les deux gouvernements pour fixer cette ligne et régler le sort des territoires occupés. D’après les communiqués qui en filtrent, le tracé suivrait pour l’essentiel le cours de rivières — le Bug, le San — partageant le pays entre la zone tenue par l’Allemagne et celle où s’est portée l’Armée rouge. La teneur exacte de cet arrangement, et ce qu’il contient au-delà de la frontière, ne nous est pas pleinement connue.
Il faut mesurer ce que cela signifie pour nous. La Pologne, dont la garantie a précipité notre entrée en guerre le 3 septembre, voit son territoire envahi par l’ouest et par l’est à la fois, sa capitale tombée, ses armées disloquées. Que demeure-t-il, dans ces conditions, de l’allié au secours duquel nous avons pris les armes ? La question, ce matin, reste ouverte. On dit que des éléments de l’armée polonaise combattent encore en divers points ; on dit aussi que des autorités polonaises chercheraient à gagner l’étranger pour y poursuivre la lutte. Nous rapportons ces bruits sans pouvoir les confirmer.
Reste l’Union soviétique, dont chacun, ici, s’interroge sur les desseins. Liée naguère à l’Allemagne par le pacte de non-agression du mois d’août, la voici qui pénètre en Pologne et s’entend avec Berlin sur son partage. Faut-il y voir la simple reprise de provinces qu’elle revendiquait, ou l’indice d’une entente plus profonde entre les deux régimes ? Les avis, dans la presse et les chancelleries, divergent ; nul, à cette heure, ne saurait trancher, et il serait imprudent de prêter à Moscou des intentions que rien d’établi ne vient confirmer.
Nous nous en tiendrons donc à ce qui est sûr : Varsovie a capitulé, l’Armée rouge est entrée en Pologne, et un accord paraît avoir réparti le pays entre les deux envahisseurs. Pour le reste — le sort durable de la nation polonaise, les suites de tout cela pour les Alliés engagés à l’Ouest —, l’avenir seul le dira. La rédaction suit l’affaire et rendra compte, à mesure, de ce qu’elle pourra établir.