Sur la route de l’Est : comment un maître de poste aurait reconnu le roi
Les nouvelles venues de l’Argonne dessinent une traque improvisée, où une lourde voiture, quelques minutes de retard et l’œil d’un homme du relais auraient suffi à rattraper un roi. Récit, à chaud, d’une course que nul n’avait organisée.
Ce que l’on raconte des routes de Champagne et d’Argonne tient du hasard autant que du courage. Une grande voiture de voyage, lente, tirée par plusieurs chevaux, a traversé les relais en attirant l’attention par sa lourdeur et par l’escorte discrète qui, par endroits, semblait l’attendre. Dans une affaire où chaque heure comptait, cette lenteur a peut-être tout décidé.
C’est à Sainte-Menehould que se serait noué le drame. Un maître de poste, homme du lieu, aurait dévisagé l’un des voyageurs et cru reconnaître le roi — dont le profil, dit-on, est familier à quiconque a tenu en main les nouvelles monnaies et les assignats. Reconnaître n’est pas arrêter : la voiture est repartie. Mais l’homme, sûr de lui, n’aurait pas attendu. Il aurait pris des chemins plus courts pour devancer la berline et donner l’alerte plus loin, à Varennes.
Là, dans cette petite ville d’Argonne mal préparée à entrer dans l’Histoire, la voiture aurait été stoppée. On parle d’un pont, d’une rue étroite, de gens réveillés en pleine nuit, du tocsin sonné, de gardes nationaux improvisés accourant des villages voisins. Les détails varient d’un récit à l’autre ; le fait, lui, paraît constant : la famille royale a été retenue avant d’atteindre la frontière.
Ce qui frappe, dans ces récits, c’est l’absence d’ordre supérieur. Personne, en haut, n’avait organisé cette traque. Ce sont des hommes ordinaires — un maître de poste, un épicier, des paysans en armes — qui auraient pris sur eux d’arrêter leur roi, au nom d’une loi et d’une nation dont ils se sentaient désormais comptables. Il y a là quelque chose de neuf, et de vertigineux, sur quoi il faudra revenir.
On évoque aussi des détachements de cavalerie postés le long de la route, qui auraient dû protéger le passage et qui n’ont rien empêché : arrivés trop tôt ou trop tard, mal renseignés, parfois inquiétés par les populations qui voyaient d’un mauvais œil ces troupes sans motif clair. L’échec de ce dispositif reste obscur et mérite d’être éclairci avant qu’on n’accuse.
Nous rapportons ces faits sous toute réserve : ils nous viennent de courriers, de voyageurs, de lettres recopiées, et la route déforme les nouvelles autant qu’elle les transporte. Mais leur convergence dessine une scène que l’on n’aurait pas crue possible la semaine dernière : un roi de France rattrapé non par une armée, mais par la vigilance de quelques particuliers.