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Analyse | Fuite ou enlèvement : deux mots, deux avenirs pour la monarchie

Le même fait — le roi parti de nuit, rattrapé à Varennes — peut se raconter de deux façons. Et selon le mot qu’on retiendra, la monarchie sort de l’épreuve réconciliable… ou condamnée à se justifier. Décryptage d’un choix qui n’est pas seulement de langage.

Notre service politique 23 juin 1791 9 min de lecture

Il faut d’abord séparer ce que l’on sait de ce que l’on interprète. On sait que le roi a quitté Paris de nuit, sous une identité d’emprunt, et qu’il a été arrêté à Varennes avant d’atteindre la frontière. On sait qu’un écrit de sa main, laissé aux Tuileries, désavoue plusieurs mesures de la Révolution. Voilà les faits. Tout le reste — le pourquoi, le vers où, le avec qui — relève encore du récit que chacun construit.

Séparer les faits des récits

Or, sur ces faits, deux récits incompatibles se disputent l’opinion. Le premier dit : enlèvement. Le roi, mal conseillé, aurait été entraîné hors de Paris par son entourage, par la reine, par des émigrés, par des puissances qui veulent en faire l’instrument d’une restauration. Dans cette version, le roi est victime ; on peut donc le ramener, le laver du soupçon, le replacer sur son trône constitutionnel comme on remet un meuble à sa place.

Le second récit dit : fuite. Le roi serait parti de lui-même, volontairement, pour rejoindre une place forte de l’Est et, de là, parler à la nation d’une position de force, soutenu peut-être par des baïonnettes. Dans cette version, le roi n’est pas victime mais acteur ; et l’écrit qu’il a laissé, s’il désavoue la Révolution, devient une pièce à charge. On ne ramène pas de la même façon un homme enlevé et un homme qui a choisi de partir.

Le récit de l’enlèvement, qui sauve le trône

Ce qui rend le débat brûlant, c’est qu’il n’est pas seulement une question de vérité, mais de conséquences. Beaucoup, à l’Assemblée, voudront croire à l’enlèvement non parce que les preuves l’imposent, mais parce que cette version sauve l’édifice : une Constitution qu’on achève, une monarchie qu’on veut conserver, une stabilité qu’on redoute de perdre. Choisir le mot « enlèvement », c’est choisir de sauver le roi pour sauver l’ouvrage.

Le récit de la fuite, qui l’accable

À l’inverse, ceux qui pressent depuis longtemps pour une République, ou simplement ceux que ce départ a blessés, tiendront le mot « fuite » comme une évidence. Pour eux, un roi qui s’en va de nuit a rompu lui-même le pacte ; il a démontré, par ses jambes plus que par ses discours, qu’il ne se sentait pas lié à la nation. L’écrit laissé aux Tuileries leur paraîtra la confirmation de ce qu’ils soupçonnaient.

Pourquoi le mot choisi engage l’avenir

Nous ne trancherons pas ici, parce que la matière manque pour trancher honnêtement. Mais nous notons ceci, qui nous paraît capital : pour la première fois, on discute publiquement, sans détour, de la conduite du roi comme on discuterait de celle d’un homme. L’inviolabilité dont on l’entourait hier se trouve, par la force des choses, mise en débat. Quel que soit le mot retenu, ce débat-là ne se refermera pas aisément.

L’inconnue : ce que dira le roi

Reste une inconnue qui domine toutes les autres : la parole du roi. Une fois rejoint, ramené, que dira-t-il ? Confirmera-t-il l’écrit des Tuileries, ou cherchera-t-il à l’atténuer ? De cette parole dépendra le récit qui l’emportera. Et de ce récit dépendra, peut-être, beaucoup plus qu’un mot.

Le contexte

Un écrit du roi désavouant des mesures révolutionnaires a été trouvé aux Tuileries.

La qualification de « fuite » ou d’« enlèvement » oriente directement le sort politique du roi.

La Constitution en cours d’achèvement repose sur l’idée d’un roi rallié à la nation.

État des informations

Cette édition est datée de juin 1791. Elle s’en tient à ce qui peut être su à chaud et ne préjuge pas du sort de la monarchie ni des suites.

Ce que l’on sait

  • La famille royale a quitté les Tuileries dans la nuit, sous des identités d’emprunt.
  • La voiture a été arrêtée à Varennes, en Argonne, avant d’atteindre la frontière.
  • Une déclaration du roi désavouant plusieurs mesures de la Révolution a été trouvée à Paris.
  • L’Assemblée nationale a pris des mesures d’urgence et dépêché des commissaires.

Ce que l’on ignore

  • Le sort constitutionnel du roi n’est pas tranché : maintien, suspension durable ou déchéance.
  • Le rôle exact des militaires de l’Est et l’ampleur de la préparation restent à établir.
  • La réaction des cours étrangères et des princes émigrés est encore inconnue.
  • On ignore si le pays glisse vers la guerre ou vers un compromis.

Sources historiques utilisées

secondary

Le roi s’enfuit (When the King Took Flight)

Timothy Tackett

Étude moderne de référence sur la fuite et son onde de choc politique ; utilisée pour la chronologie et la prudence sur les rumeurs.

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Fuite de Varennes — encyclopédie Wikipédia

Notice tertiaire employée comme instrument de recherche et recoupée pour l’itinéraire, les acteurs (Drouet, Sauce, Destez, Choiseul, Deslon) et la chronologie de la nuit ; les faits qu’elle porte sont, quand c’est possible, adossés à la Déclaration du roi et aux études sous-jacentes.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale de juin 1791

Les scènes de rédaction et de rue sont plausibles, mais reconstituées : l’événement n’est connu en détail que par des récits postérieurs.

primary

Mémoires sur la Révolution française

François-Claude-Amour, marquis de Bouillé · 1797

Témoignage de l’acteur (éd. 1797, t. II, numérisée) : la berline arrêtée à Varennes « sous une arcade », avant d’atteindre la frontière de Montmédy.

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