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Le roi a quitté Paris dans la nuit : la capitale se réveille devant les Tuileries vides

Au petit matin, la nouvelle court de porte en porte : le roi, la reine et leurs enfants ne sont plus au palais. Fuite vers l’étranger ou enlèvement par les ennemis de la Révolution ? Personne, à cette heure, ne sait où ils sont — et chacun mesure qu’une monarchie dont le souverain s’absente n’est plus tout à fait la même.

La rédaction 21 juin 1791, au matin 8 min de lecture
Portrait gravé de Louis XVI en buste, perruque poudrée et cordon de l’ordre du Saint-Esprit, dans un cadre ovale.
Nicolas-Joseph Voyez, d’après Louis-Simon Boizot, portrait de Louis XVI (1785), estampe, Bibliothèque nationale de France — domaine public (Wikimedia Commons).

La rumeur a précédé la certitude, comme toujours dans cette ville. Dès l’aube, on s’est répété d’un pas de porte à l’autre une phrase d’abord incroyable : le roi n’est plus aux Tuileries. Les grilles, les cours, les antichambres ont été trouvées dans un ordre trompeur ; les lits, eux, étaient vides. La famille royale a quitté le palais durant la nuit, sans que la Garde nationale, qui veille pourtant sur le château depuis des mois, ait donné l’alerte.

À cette heure, nul ne peut dire avec assurance vers où le voyage s’est dirigé. Les premières dépêches évoquent une route vers l’est, vers ces provinces frontalières où l’on sait des troupes rassemblées et des places fortes sûres. D’autres bruits, plus prudents, refusent de conclure. Ce qui est établi tient en peu de mots : le roi est parti, on ignore où il est, et la capitale apprend en quelques heures à vivre sans la présence de celui qui en était, jusqu’à cette nuit, le centre symbolique.

Sur une table des Tuileries, on aurait trouvé un écrit de la main du roi, adressé aux Français, où il s’expliquerait sur les raisons de son départ et désavouerait plusieurs des mesures arrachées depuis deux ans. Si ce texte est authentique — et tout porte à le croire —, il change la nature de l’affaire : il ne s’agirait pas d’un homme emmené contre son gré, mais d’un souverain qui aurait choisi de s’éloigner pour parler d’ailleurs. Mais la prudence commande de ne pas trancher avant d’en avoir lu chaque ligne.

Car deux récits s’affrontent déjà, et ils n’ont pas les mêmes conséquences. Le premier parle d’enlèvement : le roi aurait été soustrait à Paris par des ennemis de la Révolution, des conseillers, des émigrés, peut-être des puissances étrangères. Le second parle de fuite : le roi serait parti de lui-même, pour rejoindre une frontière et revenir en position de force. Entre les deux, il n’y a pas seulement une nuance de mots ; il y a tout l’avenir de la monarchie constitutionnelle que l’on achève d’écrire.

À l’Assemblée, réunie en hâte, on s’efforce d’éviter le pire : que la nouvelle ne jette la ville dans le désordre ou ne donne aux factions le prétexte qu’elles attendent. Des ordres sont lancés sur toutes les routes pour faire arrêter et reconduire « toute personne quittant le royaume ». On évite, pour l’instant, le mot de roi ; on parle de la sûreté de l’État. Cette retenue de langage est elle-même un aveu de la gravité du moment.

Dans les rues, l’humeur n’est pas à la panique mais à une colère froide, étonnée. Beaucoup avaient cru, depuis la grande Fête de la Fédération, que le roi avait fait sa paix avec la nation. Apprendre qu’il a pu partir de nuit, déguisé peut-être, blesse cette confiance autant qu’elle l’inquiète. On entend des phrases dures, et d’autres incrédules : « il reviendra », « il a été trompé », « il nous a trompés ». Aucune ne repose encore sur une preuve.

Notre rédaction s’en tient ce matin à ce qui peut être su : le départ est certain, la destination incertaine, l’intention discutée. Nous ne savons pas où est le roi, ni s’il sera rejoint, ni ce que l’Assemblée décidera de son sort. Nous savons seulement qu’une journée commence où la France devra répondre à une question qu’elle n’avait pas voulu se poser : que vaut une royauté dont le roi s’en va ?

Le contexte

Depuis 1789, le roi a dû accepter une monarchie constitutionnelle et résider à Paris, sous la surveillance de la Garde nationale et du peuple.

Les relations entre la Cour et l’Assemblée se sont tendues : question religieuse, émigration des princes, défiance réciproque.

Une partie de l’entourage royal plaide depuis des mois pour rejoindre une place forte de l’Est et traiter en position de force.

État des informations

Cette édition est datée de juin 1791. Elle s’en tient à ce qui peut être su à chaud et ne préjuge pas du sort de la monarchie ni des suites.

Ce que l’on sait

  • La famille royale a quitté les Tuileries dans la nuit, sous des identités d’emprunt.
  • La voiture a été arrêtée à Varennes, en Argonne, avant d’atteindre la frontière.
  • Une déclaration du roi désavouant plusieurs mesures de la Révolution a été trouvée à Paris.
  • L’Assemblée nationale a pris des mesures d’urgence et dépêché des commissaires.

Ce que l’on ignore

  • Le sort constitutionnel du roi n’est pas tranché : maintien, suspension durable ou déchéance.
  • Le rôle exact des militaires de l’Est et l’ampleur de la préparation restent à établir.
  • La réaction des cours étrangères et des princes émigrés est encore inconnue.
  • On ignore si le pays glisse vers la guerre ou vers un compromis.

Sources historiques utilisées

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Le roi s’enfuit (When the King Took Flight)

Timothy Tackett

Étude moderne de référence sur la fuite et son onde de choc politique ; utilisée pour la chronologie et la prudence sur les rumeurs.

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Fuite de Varennes — encyclopédie Wikipédia

Notice tertiaire employée comme instrument de recherche et recoupée pour l’itinéraire, les acteurs (Drouet, Sauce, Destez, Choiseul, Deslon) et la chronologie de la nuit ; les faits qu’elle porte sont, quand c’est possible, adossés à la Déclaration du roi et aux études sous-jacentes.

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Reconstitution éditoriale de juin 1791

Les scènes de rédaction et de rue sont plausibles, mais reconstituées : l’événement n’est connu en détail que par des récits postérieurs.

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Mémoires sur la Révolution française

François-Claude-Amour, marquis de Bouillé · 1797

Témoignage de l’acteur (éd. 1797, t. II, numérisée) : le départ nocturne des Tuileries « à-peu-près à minuit », La Fayette traversant le Carrousel sans rien savoir de positif.

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Décret de l’Assemblée nationale du 21 juin 1791

1791

Décret pris au matin du départ : il ordonne d’arrêter toute personne sortant du royaume et lance des courriers sur toutes les routes (texte reproduit d’après les histoires du XIXᵉ siècle).

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