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Hors du royaume, on célèbre : Rome et Madrid

Les nouvelles de Paris ont gagné les cours catholiques. À Rome, les premières dépêches disent des actions de grâces et une procession ; on parle d'une médaille frappée par le pape. En Espagne, un Te Deum aurait été chanté à la cour. Ici, où l'on relève encore les morts, l'écho de ces liesses parvient bien étrangement.

Nicolas Vasseur 10 septembre 1572 4 min de lecture

L'information met des jours à courir les routes, et celle des tueries de Paris n'a atteint que peu à peu les cours étrangères. Ce qui nous en revient à présent, par dépêches et par voyageurs, tient en peu de mots : là où l'on est catholique, la nouvelle a été reçue non comme un malheur, mais comme une délivrance.

Nous rapportons ces échos tels qu'ils nous parviennent, avec le retard qui est celui des chemins. Ils viennent de Rome et de la cour d'Espagne, et ils disent des actions de grâces là où, dans le royaume, on enterre encore.

À Rome, actions de grâces et procession

Les premières lettres venues de Rome disent que la nouvelle de la mort de l'amiral et des principaux de la religion y est parvenue au commencement de ce mois. Elle y aurait été accueillie avec une grande joie. On fait état d'un Te Deum chanté en action de grâces, d'une procession solennelle par les rues de la ville, et de feux allumés le soir pour marquer la réjouissance.

On rapporte de même que le pape Grégoire XIII aurait fait frapper une médaille pour garder mémoire de ces journées. Nous donnons ce dernier point avec réserve : c'est chose que les dépêches annoncent, et que nous n'avons pu voir de nos yeux. Le cardinal de Lorraine, de la maison de Guise, qui se trouve à Rome, n'aurait pas été le dernier à mener ces réjouissances.

Ces marques d'allégresse tiennent la mort des chefs huguenots pour un dessein de Dieu accompli et un péril détourné de la chrétienté. C'est le sens qu'on leur prête là-bas. Nous le rapportons sans le faire nôtre : de cette maison où l'on prie, les corps que la Seine roule encore ne se voient pas.

À la cour d'Espagne, un Te Deum

D'Espagne, les avis sont plus rares et plus lents, mais ils vont dans le même sens. On assure qu'à la cour du roi Philippe la nouvelle a causé un grand contentement, et qu'un Te Deum y aurait été chanté, avec des réjouissances publiques.

On prête au roi d'Espagne des paroles de joie extrême à l'annonce de ces morts. Nous ne les donnons pas pour siennes : ce sont mots qui courent avec la nouvelle, et que nul, d'ici, ne peut garantir. Le roi Philippe tient les réformés pour ses ennemis autant que ceux de la couronne de France, et l'amiral poussait naguère à porter la guerre contre lui aux Pays-Bas ; on comprend qu'à Madrid sa mort ne soit pas pleurée.

Ici, on relève encore les morts

Il est étrange de recevoir ces liesses tandis que, dans le royaume, la tuerie n'a pas partout cessé et que d'autres villes en sont à leur tour ensanglantées. Ce que l'on fête au loin comme une victoire de la foi, les familles de la religion le comptent ici en fils, en pères et en frères tués.

Nous nous bornons à mettre côte à côte ce qui se voit et ce qui se dit. Hors du royaume, on rend grâces et l'on sonne les cloches pour fêter ces morts. Dans le royaume, on les pleure. C'est le même événement, reçu au loin comme une bonne nouvelle et vécu ici comme un deuil.

Le contexte

Depuis la nuit du 23 au 24 août, Paris a connu un massacre général des protestants ; l'amiral de Coligny, chef huguenot, y a été tué et son corps outragé.

Le 26 août, en son lit de justice au Parlement, Charles IX a revendiqué la mise à mort des chefs de la religion, l'imputant à un complot qu'il prête à l'amiral.

Depuis la fin d'août, la tuerie gagne plusieurs villes du royaume, à dates échelonnées ; on relève encore des morts au moment où ces nouvelles étrangères parviennent.

L'amiral de Coligny poussait le roi à intervenir aux Pays-Bas contre l'Espagne ; le rapprochement récent avec l'Angleterre protestante (traité de Blois, avril 1572) allait dans ce sens.

État des informations

Cette édition rapporte des réjouissances survenues hors du royaume, parvenues à Paris avec le retard des dépêches, et les donne comme telles — sans les épouser ni y lire une preuve sur la décision prise à Paris. Elle s'en tient à ce qui est connaissable au 10 septembre 1572 et ne préjuge de rien.

Ce que l’on sait

  • La nouvelle des tueries de Paris a gagné les cours étrangères avec le retard des chemins ; les dépêches de Rome la disent parvenue au commencement de septembre.
  • Dans les cours catholiques d'où nous parviennent des avis, la mort de l'amiral et des chefs de la religion a été reçue avec satisfaction, et non comme un malheur.

Ce que l’on ignore

  • Le détail exact des cérémonies romaines et espagnoles : nous n'en avons que des relations de seconde main, parvenues avec délai.
  • Ce que ces réjouissances étrangères révèlent, ou non, des intentions et des décisions prises à Paris dans la nuit du 23 au 24 août.

Sources historiques utilisées

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Massacre de la Saint-Barthélemy

Article Wikipédia (FR) : réactions à l'étranger en septembre 1572 — à Rome (Te Deum, procession, médaille de Grégoire XIII) et à la cour de Philippe II (Te Deum, réjouissances).

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La Saint-Barthélemy vue d'Europe

EHNE : réception contrastée de la nouvelle dans les cours européennes, réjouissances à Rome et en Espagne face au deuil des puissances protestantes.

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La Saint-Barthélemy

Larousse : chronologie de l'événement et de ses échos, dont les célébrations romaines de septembre 1572.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Aujourd’hier »

Les formulations à chaud imitent un média du 10 septembre 1572. Les réjouissances étrangères sont rapportées comme des faits datés parvenus avec retard, sans être épousées ; les propos prêtés à Philippe II et le détail de la médaille sont donnés sous réserve.

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