Le roi parle au Parlement : la mort des chefs revendiquée
En son lit de justice, ce 26 août, Charles IX déclare que les principaux de la religion ont été mis à mort par son commandement, pour prévenir un complot qu'il impute à l'amiral. La ville, encore ensanglantée, écoute la parole du roi.
Le roi très chrétien s'est rendu ce jour au Parlement de Paris pour y tenir un lit de justice. Devant les chambres assemblées, Charles IX a pris la parole sur les tueries qui, depuis la nuit de la Saint-Barthélemy, ont couvert la ville de morts.
Le roi a déclaré que la mort de l'amiral de Coligny et des principaux gentilshommes de la religion s'est faite par son commandement. Il a dit y avoir été contraint pour parer un dessein qu'il impute à l'amiral et aux siens contre sa personne, contre la reine sa mère et contre ses frères. Ce sont là ses termes, rapportés au sortir de la séance ; nous les donnons comme la parole du souverain, sans prétendre en juger le fond.
La déclaration a de quoi surprendre ceux qui, ces derniers jours, avaient entendu tout autre chose. Le roi, au chevet de l'amiral blessé le 22, avait promis une enquête et juré de faire justice de l'attentat. Depuis, ses officiers avaient reçu ordre de faire cesser les meurtres — ordre demeuré jusqu'ici sans grand effet dans les rues.
La version du roi
Selon ce qui se répète des paroles royales, l'amiral et ceux de la religion auraient formé une entreprise contre la couronne, découverte à temps, et c'est pour la rompre que les chefs auraient été frappés. Le roi présente ainsi la mort des principaux comme un acte de son autorité, et non comme l'œuvre du hasard ou de la foule.
Reste, dans cette parole, ce qu'elle ne dit pas. Le carnage qui a suivi le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois n'a épargné ni marchands, ni artisans, ni femmes, ni enfants de la religion, dont les corps encombrent encore les rues et la rivière. De ce débordement, qui a passé de loin la mort des seuls chefs, le lit de justice ne rend pas compte.
Un ordre de cesser resté lettre morte
Il faut le redire : ces derniers jours, des ordres royaux ont été portés pour arrêter les massacres. On les a criés, on les a fait porter aux quarteniers et aux dizainiers de la ville. Ils n'ont pas retenu les mains qui tuaient. La cour se trouve donc à revendiquer aujourd'hui la mort des chefs et à avoir, hier, tenté d'endiguer le sang.
On peut y voir la volonté d'un prince débordé qui reprend en main un événement plus fort que lui ; d'autres, dans les logis huguenots, y liront tout le contraire. Le secret du conseil ne laisse, pour l'heure, aucun moyen d'en décider.
Ce qu’on lit sur les visages
Au Parlement, la parole du roi a été reçue dans le silence dû à sa majesté. Au-dehors, la ville n'est pas apaisée : des exécutions, des pillages se poursuivent par endroits, et l'on continue de tirer des corps de la Seine. Beaucoup, parmi les catholiques de Paris, tiennent la nouvelle pour un soulagement et parlent de la main de Dieu ; les réformés qui ont survécu se terrent ou fuient.
Nous nous en tenons à ce qui a été dit et à ce qui se voit. Le roi a revendiqué la mort des chefs de la religion et l'a justifiée par un complot déjoué. Qu'un tel complot ait existé, nul ici n'est en mesure de l'établir ni de le nier.