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Le roi parle au Parlement : la mort des chefs revendiquée

En son lit de justice, ce 26 août, Charles IX déclare que les principaux de la religion ont été mis à mort par son commandement, pour prévenir un complot qu'il impute à l'amiral. La ville, encore ensanglantée, écoute la parole du roi.

Nicolas Vasseur 26 août 1572 4 min de lecture
Portrait en pied de Charles IX, roi de France, en costume de cour brodé d’or, tenant son épée
François Clouet, « Portrait de Charles IX » (v. 1566), Kunsthistorisches Museum, Vienne — domaine public (Wikimedia Commons).

Le roi très chrétien s'est rendu ce jour au Parlement de Paris pour y tenir un lit de justice. Devant les chambres assemblées, Charles IX a pris la parole sur les tueries qui, depuis la nuit de la Saint-Barthélemy, ont couvert la ville de morts.

Le roi a déclaré que la mort de l'amiral de Coligny et des principaux gentilshommes de la religion s'est faite par son commandement. Il a dit y avoir été contraint pour parer un dessein qu'il impute à l'amiral et aux siens contre sa personne, contre la reine sa mère et contre ses frères. Ce sont là ses termes, rapportés au sortir de la séance ; nous les donnons comme la parole du souverain, sans prétendre en juger le fond.

La déclaration a de quoi surprendre ceux qui, ces derniers jours, avaient entendu tout autre chose. Le roi, au chevet de l'amiral blessé le 22, avait promis une enquête et juré de faire justice de l'attentat. Depuis, ses officiers avaient reçu ordre de faire cesser les meurtres — ordre demeuré jusqu'ici sans grand effet dans les rues.

La version du roi

Selon ce qui se répète des paroles royales, l'amiral et ceux de la religion auraient formé une entreprise contre la couronne, découverte à temps, et c'est pour la rompre que les chefs auraient été frappés. Le roi présente ainsi la mort des principaux comme un acte de son autorité, et non comme l'œuvre du hasard ou de la foule.

Reste, dans cette parole, ce qu'elle ne dit pas. Le carnage qui a suivi le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois n'a épargné ni marchands, ni artisans, ni femmes, ni enfants de la religion, dont les corps encombrent encore les rues et la rivière. De ce débordement, qui a passé de loin la mort des seuls chefs, le lit de justice ne rend pas compte.

Un ordre de cesser resté lettre morte

Il faut le redire : ces derniers jours, des ordres royaux ont été portés pour arrêter les massacres. On les a criés, on les a fait porter aux quarteniers et aux dizainiers de la ville. Ils n'ont pas retenu les mains qui tuaient. La cour se trouve donc à revendiquer aujourd'hui la mort des chefs et à avoir, hier, tenté d'endiguer le sang.

On peut y voir la volonté d'un prince débordé qui reprend en main un événement plus fort que lui ; d'autres, dans les logis huguenots, y liront tout le contraire. Le secret du conseil ne laisse, pour l'heure, aucun moyen d'en décider.

Ce qu’on lit sur les visages

Au Parlement, la parole du roi a été reçue dans le silence dû à sa majesté. Au-dehors, la ville n'est pas apaisée : des exécutions, des pillages se poursuivent par endroits, et l'on continue de tirer des corps de la Seine. Beaucoup, parmi les catholiques de Paris, tiennent la nouvelle pour un soulagement et parlent de la main de Dieu ; les réformés qui ont survécu se terrent ou fuient.

Nous nous en tenons à ce qui a été dit et à ce qui se voit. Le roi a revendiqué la mort des chefs de la religion et l'a justifiée par un complot déjoué. Qu'un tel complot ait existé, nul ici n'est en mesure de l'établir ni de le nier.

Le contexte

Depuis la nuit du 23 au 24 août, Paris est le théâtre d'un massacre général des protestants ; l'amiral de Coligny, chef huguenot, a été tué à son logis et son corps outragé.

Le 22 août au matin, l'amiral avait été blessé d'un coup d'arquebuse tiré d'une maison, rue de Béthisy ; le roi s'était alors rendu à son chevet et avait promis une enquête.

La paix de Saint-Germain (1570) avait rouvert un espace de coexistence et ramené Coligny au conseil du roi ; le mariage du 18 août d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois devait sceller la réconciliation.

Un lit de justice est la séance solennelle où le roi vient siéger en personne au Parlement pour y faire entendre sa volonté.

État des informations

Cette édition s'en tient à ce qui est connaissable au 26 août 1572 : la parole publique du roi et l'état de la ville. Elle ne valide ni ne récuse la version d'un complot, ne désigne aucun coupable avéré de la décision, et ne préjuge en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • Ce 26 août, en un lit de justice au Parlement de Paris, Charles IX a déclaré que la mort de l'amiral de Coligny et des principaux chefs de la religion s'est faite par son commandement.
  • Le roi a justifié cette mise à mort par un complot qu'il impute à l'amiral contre sa personne et sa famille.
  • Les jours précédents, des ordres royaux avaient été donnés pour faire cesser les tueries ; ils sont restés sans effet immédiat dans les rues.

Ce que l’on ignore

  • Si un complot de l'amiral contre le roi a réellement existé : la version royale est aujourd'hui invérifiable.
  • La chaîne exacte des décisions prises au sommet de l'État dans la nuit du 23 au 24 août, tenue par le secret du conseil.
  • La sincérité respective des ordres de cesser les massacres et de la revendication publique de ce jour.

Sources historiques utilisées

secondary

Massacre de la Saint-Barthélemy

Article Wikipédia (FR) : déroulé des journées d'août 1572, séance du 26 août au Parlement et revendication royale d'un complot de Coligny.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Aujourd’hier »

Les formulations à chaud imitent un média du 26 août 1572. La parole royale est rapportée en discours daté, sans être validée ni qualifiée de mensonge ; aucun coupable de la décision n'est désigné.

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