Notre-Dame : le mariage qui doit refermer dix ans de guerres
Henri de Navarre, roi protestant, a épousé ce lundi Marguerite de Valois, sœur du roi très chrétien, devant Notre-Dame. On veut voir dans ces noces le sceau de la paix de Saint-Germain ; la ville, elle, retient son souffle.
Il y avait foule ce lundi 18 août au parvis de Notre-Dame, où le roi de Navarre, Henri de Bourbon, a pris pour femme madame Marguerite de Valois, sœur du roi très chrétien Charles IX. Le mariage a été célébré au grand jour, en présence de la cour et d'une noblesse venue de tout le royaume, catholiques et réformés mêlés dans la même presse.
Depuis des semaines, Paris se remplit de gentilshommes de la religion, montés à cheval de Guyenne, de Saintonge et de bien d'autres provinces pour accompagner leur jeune roi. On n'avait pas vu depuis longtemps tant de rubans, de suites et d'épées dans les rues ; les hôtelleries débordent, et les logis autour du Louvre ne désemplissent pas.
L'union, chacun le dit ici, doit valoir bien plus qu'un mariage de princes. Elle est présentée comme le sceau vivant de la paix de Saint-Germain, conclue voilà deux ans, qui a mis fin à la dernière guerre entre les deux religions. Marier la sœur du roi au premier prince réformé du sang, c'est donner à la réconciliation un visage et un serment.
Une cérémonie partagée entre deux confessions
La difficulté était connue d'avance : comment marier une princesse catholique et un prince qui tient la religion prétendue réformée, sans que ni l'Église ni les réformés y trouvent à redire ? On a réglé la chose par un partage. Les fiançailles et l'échange des consentements se sont faits sur une estrade dressée devant le grand portail, à la vue de tous.
Puis, quand est venue la messe nuptiale, le marié n'est pas entré dans le chœur. Henri de Navarre a laissé son épouse être menée à l'autel et s'est retiré, avec les seigneurs de sa religion, le temps de l'office. On dit qu'il attendait au-dehors, ou dans le cloître voisin, jusqu'à ce que le service fût achevé. Les réformés y voient le respect de leur conscience ; d'autres, dans la ville, murmurent qu'on n'avait jamais ouï pareille façon de marier au portail d'une cathédrale.
La reine mère, madame Catherine, et le roi ont voulu que rien ne manquât à l'éclat de la fête. On annonce pour les jours qui viennent festins, danses et divertissements au Louvre, à l'hôtel d'Anjou et dans la grande salle du Petit-Bourbon. La dépense est grande, et l'on ne s'en cache pas : il s'agit de montrer que la cour croit à cette paix.
Une joie officielle, une ville partagée
Tout Paris n'est pas à la fête du même cœur. Dans une ville de tradition catholique fervente, la présence de tant de huguenots, l'aisance avec laquelle ils vont par les rues, le mariage même d'une fille de France à un prince réformé, irritent une part des habitants et une part du clergé. On rapporte des sermons peu amènes, et des propos plus rudes encore aux carrefours.
À cela s'ajoute la cherté du temps : le pain est haut, la ville est pleine d'étrangers à nourrir, et les gens du peuple ne comprennent pas toujours pourquoi l'on festoie si grandement quand leur bourse se vide. La joie de la cour n'est pas partout celle de la rue.
Les factions, elles, s'observent. La vieille inimitié entre la maison de Guise et l'amiral de Coligny n'est un secret pour personne, et chacun se demande jusqu'où la paix des princes tiendra la paix des maisons. Les gentilshommes des deux camps, logés parfois porte à porte, échangent des civilités où l'on devine la méfiance.
Ce que la cour attend de ces noces
Au-delà de la fête, on prête à ce mariage un dessein de gouvernement. Depuis la paix, l'amiral de Coligny est revenu au conseil du roi, où l'on dit son crédit grand. Le rapprochement récent avec l'Angleterre, et les affaires des Pays-Bas où l'Espagne est aux prises avec ses sujets révoltés, occupent les esprits à la cour.
En unissant les deux religions dans une même famille royale, la couronne espère, disent ses proches, tourner les querelles du dedans vers les intérêts du royaume au-dehors. C'est un pari : celui que la fraternité des noces vaudra mieux, désormais, que la mémoire des guerres.
Pour l'heure, on danse. Le roi de Navarre est marié, la cour est rassemblée, et l'on veut croire que ces quelques jours de Paris scellent ce que dix ans de combats n'avaient pu défaire. Reste à savoir si la ville, elle, tiendra le même compte de la journée.