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Coup d’arquebuse contre l’amiral de Coligny

Ce matin, rue de Béthisy, l’amiral a été frappé d’un coup de feu tiré d’une maison alors qu’il rentrait du Louvre. Blessé à la main et au bras, il vit. Le roi s’est rendu à son chevet et promet enquête.

Nicolas Ferrand, chroniqueur 22 août 1572 4 min de lecture
Portrait de l’amiral Gaspard II de Coligny, en buste, vêtu de noir avec fraise blanche.
François Clouet, « Portrait de l’amiral Gaspard II de Coligny » (v. 1560), Saint Louis Art Museum — domaine public (Wikimedia Commons).

Paris s’est réveillée dans l’alarme. Ce vendredi matin, l’amiral Gaspard de Coligny, qui regagnait à pied son logis de la rue de Béthisy au sortir du Louvre, a été atteint d’un coup d’arquebuse parti d’une maison qui borde son chemin. Le tireur n’a pas été saisi.

L’amiral vit. Les gens de sa suite, qui l’ont aussitôt entouré et ramené chez lui, rapportent qu’il a eu un doigt de la main droite emporté et le bras gauche atteint par une balle qui y est restée logée. On dit qu’il a marché encore quelques pas et gardé sa contenance. Des chirurgiens ont été mandés auprès de lui sans délai.

La nouvelle a couru la ville en peu d’heures. Devant le logis de la rue de Béthisy, une foule de gentilshommes de la religion se presse, l’épée au côté, la mine haute et la parole vive. Beaucoup, venus à Paris pour les noces de leur roi de Navarre, tiennent l’attentat pour un guet-apens dressé contre le chef de leur parti et réclament que justice en soit faite.

On veut savoir d’où le coup est parti. Ceux qui ont porté secours à l’amiral montrent une maison d’où le tireur aurait fait feu par une fenêtre avant de fuir. On parle d’une arquebuse laissée sur place, d’un cheval tenu prêt à l’arrière. Rien encore n’est arrêté, et les récits que l’on entend rue de Béthisy ne s’accordent pas toujours entre eux.

Le roi Charles, averti au Louvre, s’est ému de la chose et s’est fait porter au chevet du blessé. On le dit vivement irrité qu’un tel coup ait été osé dans sa ville, sous ses yeux, quatre jours après les noces qui devaient sceller la paix. Il a promis à l’amiral que le crime serait recherché et puni, et qu’une enquête serait ouverte.

Dans les rues, les propos vont bon train. Des noms circulent, des soupçons se croisent, chacun désigne les siens. Rien n’est établi, et il serait injuste de charger quiconque avant que l’enquête promise n’ait parlé. Ce que l’on peut dire, c’est que l’émotion est grande et que la ville est tendue.

Un homme de premier rang atteint en pleine ville

Gaspard de Coligny n’est pas un particulier. Amiral de France, revenu au conseil du roi depuis la paix de Saint-Germain, il est tenu pour le principal chef des réformés du royaume. Le frapper au cœur de Paris, à quelques pas du Louvre, dans les jours mêmes des noces royales, n’est pas un fait ordinaire.

Ceux qui l’entourent redoutent qu’un tel geste ne ruine la réconciliation que le mariage devait affermir. D’autres, dans la ville, ne cachent pas leur satisfaction : l’amiral compte des ennemis anciens et déclarés. Entre ces deux humeurs, Paris ce matin retient son souffle.

La colère des gentilshommes et la promesse du roi

Les seigneurs de la religion ne se contentent pas de veiller au chevet du blessé. Plusieurs entendent porter leur plainte devant le roi lui-même et demandent que les coupables soient recherchés sans ménagement, d’où qu’ils viennent. Le ton est ferme, et l’on sent que la patience de ce parti tient à peu.

De son côté, le roi a fait savoir qu’il prenait l’affaire à cœur. Sa venue rue de Béthisy, la promesse d’une enquête, les paroles qu’on lui prête pour l’amiral vont dans le même sens : marquer que le crime le touche et qu’il en veut la lumière. Reste à savoir ce que cette enquête établira, et dans quel délai.

Le contexte

Le 18 août, quatre jours plus tôt, Henri de Navarre, roi de Navarre et chef des réformés, a épousé Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX, à Notre-Dame de Paris ; la noblesse protestante est venue en nombre dans la capitale.

La paix de Saint-Germain, conclue en 1570, a mis fin à la troisième guerre entre catholiques et réformés et ramené l’amiral de Coligny au conseil du roi.

Coligny et la maison de Guise sont en querelle ouverte depuis l’assassinat du duc François de Guise en 1563, meurtre dont l’amiral a été publiquement accusé d’avoir été l’instigateur, ce qu’il a toujours nié.

Depuis son retour en faveur, l’amiral pressait le roi d’intervenir aux Pays-Bas contre l’Espagne, dessein qui lui a valu de nouveaux ennemis à la cour.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 22 août au soir : l’attentat, l’état du blessé, l’émotion de la ville et la promesse du roi. Nous ne désignons aucun coupable, aucune enquête n’ayant encore rien établi. Les soupçons qui courent seront examinés à part.

Ce que l’on sait

  • Le matin du 22 août 1572, l’amiral de Coligny a été blessé par un coup d’arquebuse rue de Béthisy, à son retour du Louvre.
  • Il a été atteint à la main droite (un doigt emporté) et au bras gauche, mais il est vivant et soigné à son logis.
  • Le tir est parti d’une maison bordant son chemin ; le tireur n’a pas été appréhendé.
  • Le roi Charles IX s’est rendu au chevet du blessé et a promis qu’une enquête serait ouverte.

Ce que l’on ignore

  • L’identité du tireur et celle de ceux qui l’auraient armé ou commandé demeurent inconnues.
  • On ignore si le coup visait à tuer l’amiral ou seulement à le blesser, et ce qui suivra de l’enquête promise.
  • Nul ne peut dire, à cette heure, quel effet l’attentat aura sur la paix que le mariage devait affermir.

Sources historiques utilisées

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Massacre de la Saint-Barthélemy

Article Wikipédia (FR) consulté pour l’attentat du 22 août contre Coligny, la blessure, la visite du roi et le climat parisien après les noces du 18 août.

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Gaspard de Coligny (1519-1572)

Notice du Musée protestant sur l’amiral, son retour au conseil du roi et l’attentat de la rue de Béthisy.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — À chaud, rue de Béthisy

Les formulations à chaud imitent la manière d’un feuillet de nouvelles du temps. L’émotion de la ville, les propos rapportés et le détail de la scène sont restitués à partir des sources ci-dessus ; aucun coupable n’est nommé, l’enquête n’ayant rien établi.

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