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L'armée des Pays-Bas au secours de Paris : Farnèse entre en France

Le duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas espagnols, a fait entrer en France l'armée que lui a ordonné de mener le roi d'Espagne, et rejoint le duc de Mayenne. À son approche, le roi desserre ses lignes autour de Paris pour marcher au-devant de lui. Reste à savoir si Farnèse acceptera la bataille.

Nicolas Rouvière, correspondant aux armées 30 août 1590 6 min de lecture
Portrait d'Alexandre Farnèse, duc de Parme, en armure, portant l'écharpe de l'ordre de la Toison d'or.
Otto van Veen (Vaenius), « Portrait d'Alexandre Farnèse, duc de Parme » (vers 1585), Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles — domaine public (Wikimedia Commons).

La chose est désormais assurée : le duc de Parme, Alexandre Farnèse, a quitté les Pays-Bas et fait entrer en France l'armée qu'il commande pour le roi d'Espagne. Ce n'est plus le bruit d'un secours attendu que Paris se répétait depuis le printemps ; ce sont des colonnes bien réelles, des reîtres et des lansquenets que l'on dit venus de Flandre et d'Artois, qui ont gagné la Brie et se sont jointes aux forces de la Ligue. Et la nouvelle du jour, au camp, n'est pas seulement celle de leur arrivée : c'est que le roi, à leur approche, desserre ses lignes autour de Paris pour aller au-devant d'elles.

Farnèse ne vient pas de son propre chef. Il gouverne pour Philippe II les provinces des Pays-Bas et c'est de Madrid que l'ordre est parti : porter secours à Paris et à la Ligue, et empêcher que le roi de Navarre n'emporte la ville. Le duc a laissé derrière lui la guerre qu'il mène aux États révoltés de Hollande pour tourner ses forces vers la France. On mesure, à ce seul mouvement, le prix que l'Espagne attache à ne pas laisser tomber la capitale.

Ce que l'on tient pour établi, c'est qu'il a opéré sa jonction avec le duc de Mayenne. Le lieutenant général de la Ligue, battu à Ivry au mois de mars et depuis tenu en respect, avait rassemblé ce qui lui restait de gens de guerre du côté de Meaux ; c'est là, en Brie, à quelques journées de marche de Paris, que les deux armées se sont réunies vers la fin du mois. Ensemble, elles feraient une force que l'on dit fort supérieure à celle que le roi tient devant la ville — mais les nombres que l'on avance, ici comme dans Paris, sont de ceux que la peur grossit et que l'espérance enfle, et nous les donnons pour ce qu'ils valent.

Le roi n'a pas attendu que le duc parût sous ses yeux. Sentant l'armée de secours grossir et approcher, il a commencé de retirer ses gens des lignes qui ferment Paris pour les rassembler et marcher à la rencontre de Farnèse, résolu, dit-on à son quartier, à lui offrir la bataille en rase campagne s'il la veut. Mais la vraie question, celle à laquelle personne ne sait répondre, est de savoir si le duc la voudra : cherchera-t-il à vider la querelle en une journée, comme on l'a fait à Ivry, ou entend-il manœuvrer, éviter le choc et se glisser jusqu'aux rivières pour rouvrir à Paris les routes du blé sans se commettre dans une affaire hasardeuse ?

Le roi lève ses lignes pour chercher la bataille

Le roi a tranché le dilemme que lui posait l'approche du secours. Il ne pouvait à la fois tenir l'étreinte autour de Paris et faire tête à une armée fraîche qui grossissait à mesure qu'elle venait ; il a choisi de lâcher la première pour parer à la seconde. Depuis son quartier de Saint-Denis, il a fait retirer ses gens des postes qui fermaient la ville et les rassemble pour marcher au-devant de Farnèse.

L'intention que l'on prête au roi, à son camp, est claire : offrir la bataille en rase campagne, comme à Ivry, et remettre au sort des armes la querelle que le siège n'a pu vider. Reste que la bataille se livre à deux. Farnèse passe pour l'un des plus habiles capitaines de ce temps ; sa réputation, faite aux Pays-Bas, le précède. Beaucoup, au camp, tiennent qu'il ne se hasardera pas à un choc s'il peut arriver à ses fins autrement, et qu'il cherchera plutôt à tourner les positions du roi qu'à les forcer.

Ce qui, en desserrant ses lignes, se rouvre du même coup, ce sont les abords de la ville. Nul ne peut dire, à cette date, si Paris n'en respirera qu'un moment ou pour de bon, ni si l'affaire se décidera par une journée rangée ou par une longue manœuvre le long de la Seine et de la Marne. De cette incertitude-là, on ne voit pas encore l'issue.

Dans Paris affamé, un espoir qui court

De l'autre côté des lignes, la même nouvelle produit l'effet contraire. Ceux qui reviennent de la ville rapportent que le nom de Farnèse y court de bouche en bouche comme une délivrance. Après des mois de disette, où le pain manque et où l'on compte les morts au matin, l'annonce que l'armée des Pays-Bas est entrée en France a relevé les courages de la Ligue et de ceux qui, dans Paris, tenaient encore.

Le duc de Nemours, qui garde la place, le légat Caetani et le conseil des Seize répètent, dit-on, que le secours est proche et qu'il ne faut plus tenir que quelques jours. Mais entre l'entrée d'une armée en France et le pain qui rentre dans une ville assiégée, il y a du chemin, des rivières à rouvrir et une armée royale à écarter. Rien, à cette heure, ne dit que ce chemin sera court, ni qu'il sera franchi.

Le contexte

À la mort d'Henri III en 1589, le roi de Navarre est devenu par la loi salique l'héritier du trône ; la Ligue, appuyée par l'Espagne, lui refuse la couronne parce qu'il est de la religion réformée.

Le 14 mars 1590, le roi a battu à Ivry le duc de Mayenne, lieutenant général de la Ligue.

Paris est investi par l'armée royale depuis le mois de mai ; la ville, coupée de ses vivres, souffre de la famine.

Le duc de Parme, Alexandre Farnèse, gouverne les Pays-Bas espagnols pour Philippe II et y conduit la guerre contre les provinces révoltées.

État des informations

Écrit depuis le camp royal, le 30 août 1590, d'après ce qui se rapporte de heure en heure. Nous tenons pour établis l'entrée de Farnèse en France, sa jonction avec Mayenne et le desserrement des lignes royales pour marcher à sa rencontre ; nous ne préjugeons ni des intentions du duc, ni de l'issue de la rencontre, ni de ce qu'il adviendra durablement du sort de Paris. Les nombres avancés sont des ordres de grandeur, non des relevés.

Ce que l’on sait

  • Le duc de Parme, Alexandre Farnèse, a fait entrer en France l'armée des Pays-Bas espagnols, sur l'ordre de Philippe II, pour secourir Paris et la Ligue.
  • Farnèse a opéré sa jonction avec le duc de Mayenne, en Brie du côté de Meaux ; les deux armées réunies se sont rapprochées de Paris.
  • À l'approche de l'armée de secours, le roi a commencé de retirer ses gens des lignes qui fermaient Paris pour les rassembler et marcher au-devant de Farnèse.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si Farnèse acceptera la bataille que le roi entend lui offrir, ou s'il manœuvrera pour l'éviter et rouvrir les routes du ravitaillement.
  • On ignore si le desserrement des lignes ne soulagera Paris qu'un moment ou durablement, et par quelle voie — journée rangée ou longue manœuvre — l'affaire se décidera.
  • On ignore si la querelle du royaume sortira décidée de la rencontre des deux armées.
  • Les effectifs prêtés à l'armée réunie sont des ordres de grandeur, grossis par la peur d'un côté et l'espérance de l'autre ; ils ne sont pas vérifiés.

Sources historiques utilisées

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Alexandre Farnèse (1545-1592) — Wikipédia

Intervention de 1590 : Farnèse quitte les Pays-Bas sur ordre de Philippe II, mène l'armée de secours en France, rejoint Mayenne et manœuvre plutôt que de livrer bataille (prises ultérieures de Lagny, Corbeil pour rouvrir le ravitaillement). Réputation de grand capitaine.

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Siège de Paris (1590) — Wikipédia

Marche de l'armée de secours fin août 1590, jonction de Farnèse et Mayenne du côté de Meaux, effectifs avancés pour les deux camps (donnés comme ordres de grandeur, possiblement grossis), état de la famine dans Paris.

secondary

Siege of Paris (1590) — Wikipedia (EN)

Recoupement de la chronologie de la marche de secours et des effectifs de part et d'autre ; jonction des armées espagnole et ligueuse avant l'approche de Paris.

primary

Pierre de L’Estoile, Registre-journal

Chroniqueur parisien de premier ordre mais partial. Témoignage de l'espoir que suscite dans Paris affamé l'annonce du secours espagnol ; cité comme témoignage, non comme relevé vérifié. Numérisation Gallica.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Article écrit comme si la rédaction suivait l'affaire au jour le jour, depuis le camp royal, le 30 août 1590, sans rien préjuger de la suite. Effectifs donnés comme ordres de grandeur ; intentions de Farnèse laissées ouvertes ; espoir de secours dans Paris présenté comme bruit d'espérance.

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