L'armée des Pays-Bas au secours de Paris : Farnèse entre en France
Le duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas espagnols, a fait entrer en France l'armée que lui a ordonné de mener le roi d'Espagne, et rejoint le duc de Mayenne. À son approche, le roi desserre ses lignes autour de Paris pour marcher au-devant de lui. Reste à savoir si Farnèse acceptera la bataille.
La chose est désormais assurée : le duc de Parme, Alexandre Farnèse, a quitté les Pays-Bas et fait entrer en France l'armée qu'il commande pour le roi d'Espagne. Ce n'est plus le bruit d'un secours attendu que Paris se répétait depuis le printemps ; ce sont des colonnes bien réelles, des reîtres et des lansquenets que l'on dit venus de Flandre et d'Artois, qui ont gagné la Brie et se sont jointes aux forces de la Ligue. Et la nouvelle du jour, au camp, n'est pas seulement celle de leur arrivée : c'est que le roi, à leur approche, desserre ses lignes autour de Paris pour aller au-devant d'elles.
Farnèse ne vient pas de son propre chef. Il gouverne pour Philippe II les provinces des Pays-Bas et c'est de Madrid que l'ordre est parti : porter secours à Paris et à la Ligue, et empêcher que le roi de Navarre n'emporte la ville. Le duc a laissé derrière lui la guerre qu'il mène aux États révoltés de Hollande pour tourner ses forces vers la France. On mesure, à ce seul mouvement, le prix que l'Espagne attache à ne pas laisser tomber la capitale.
Ce que l'on tient pour établi, c'est qu'il a opéré sa jonction avec le duc de Mayenne. Le lieutenant général de la Ligue, battu à Ivry au mois de mars et depuis tenu en respect, avait rassemblé ce qui lui restait de gens de guerre du côté de Meaux ; c'est là, en Brie, à quelques journées de marche de Paris, que les deux armées se sont réunies vers la fin du mois. Ensemble, elles feraient une force que l'on dit fort supérieure à celle que le roi tient devant la ville — mais les nombres que l'on avance, ici comme dans Paris, sont de ceux que la peur grossit et que l'espérance enfle, et nous les donnons pour ce qu'ils valent.
Le roi n'a pas attendu que le duc parût sous ses yeux. Sentant l'armée de secours grossir et approcher, il a commencé de retirer ses gens des lignes qui ferment Paris pour les rassembler et marcher à la rencontre de Farnèse, résolu, dit-on à son quartier, à lui offrir la bataille en rase campagne s'il la veut. Mais la vraie question, celle à laquelle personne ne sait répondre, est de savoir si le duc la voudra : cherchera-t-il à vider la querelle en une journée, comme on l'a fait à Ivry, ou entend-il manœuvrer, éviter le choc et se glisser jusqu'aux rivières pour rouvrir à Paris les routes du blé sans se commettre dans une affaire hasardeuse ?
Le roi lève ses lignes pour chercher la bataille
Le roi a tranché le dilemme que lui posait l'approche du secours. Il ne pouvait à la fois tenir l'étreinte autour de Paris et faire tête à une armée fraîche qui grossissait à mesure qu'elle venait ; il a choisi de lâcher la première pour parer à la seconde. Depuis son quartier de Saint-Denis, il a fait retirer ses gens des postes qui fermaient la ville et les rassemble pour marcher au-devant de Farnèse.
L'intention que l'on prête au roi, à son camp, est claire : offrir la bataille en rase campagne, comme à Ivry, et remettre au sort des armes la querelle que le siège n'a pu vider. Reste que la bataille se livre à deux. Farnèse passe pour l'un des plus habiles capitaines de ce temps ; sa réputation, faite aux Pays-Bas, le précède. Beaucoup, au camp, tiennent qu'il ne se hasardera pas à un choc s'il peut arriver à ses fins autrement, et qu'il cherchera plutôt à tourner les positions du roi qu'à les forcer.
Ce qui, en desserrant ses lignes, se rouvre du même coup, ce sont les abords de la ville. Nul ne peut dire, à cette date, si Paris n'en respirera qu'un moment ou pour de bon, ni si l'affaire se décidera par une journée rangée ou par une longue manœuvre le long de la Seine et de la Marne. De cette incertitude-là, on ne voit pas encore l'issue.
Dans Paris affamé, un espoir qui court
De l'autre côté des lignes, la même nouvelle produit l'effet contraire. Ceux qui reviennent de la ville rapportent que le nom de Farnèse y court de bouche en bouche comme une délivrance. Après des mois de disette, où le pain manque et où l'on compte les morts au matin, l'annonce que l'armée des Pays-Bas est entrée en France a relevé les courages de la Ligue et de ceux qui, dans Paris, tenaient encore.
Le duc de Nemours, qui garde la place, le légat Caetani et le conseil des Seize répètent, dit-on, que le secours est proche et qu'il ne faut plus tenir que quelques jours. Mais entre l'entrée d'une armée en France et le pain qui rentre dans une ville assiégée, il y a du chemin, des rivières à rouvrir et une armée royale à écarter. Rien, à cette heure, ne dit que ce chemin sera court, ni qu'il sera franchi.