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Paris investi : la ville coupée du monde

L'armée royale a fermé les accès de la capitale. Les ponts de la Seine et de la Marne sont pris, les convois de blé n'entrent plus. Dans la ville, le duc de Nemours arme la défense pendant que le prix du pain grimpe.

Nicolas Rouvière, correspondant aux armées 11 mai 1590 6 min de lecture
Plan-vue cavalière de Paris à la fin du XVIe siècle, montrant l'enceinte fortifiée, la Seine avec ses îles et ses ponts, et le réseau serré des rues intra-muros.
Georg Braun & Frans Hogenberg, « Lutetia, vulgari nomine Paris, urbis Galliae maxima » (Civitates Orbis Terrarum, Cologne, 1572), Bibliothèque nationale de France — domaine public (Wikimedia Commons).

Paris est aujourd'hui une ville fermée. Depuis quelques jours, les corps de l'armée royale se sont refermés autour de la capitale et lui ont coupé ses portes sur l'eau comme sur la terre. Le roi de Navarre, qui se dit roi de France et que la Ligue tient pour usurpateur, a placé ses gens de manière à intercepter tout ce qui allait entrer dans la ville. Les nouvelles qui nous parviennent du dedans mettent quatre à cinq jours à franchir les lignes ; c'est dire combien la place est déjà serrée.

On situe le début de l'investissement vers le 7 de ce mois, du côté de Saint-Denis, où le roi a établi ses quartiers au nord de la ville. Depuis, les royaux ont mis la main sur les ponts qui commandent les rivières : Saint-Maur, Charenton, Saint-Cloud passent tour à tour aux mains du camp du roi. Par ces prises, ce sont les deux grandes voies d'eau, la Seine et la Marne, qui cessent de porter à Paris le blé, le vin et le bois dont elle vit.

Rien de cette manœuvre n'a été improvisé. Depuis sa victoire remportée sur le lieutenant général de la Ligue à Ivry, à la mi-mars, le roi n'a pas marché droit sur Paris. Il a d'abord réduit les places qui, tout autour, tiennent les greniers de la capitale et gardent la vallée de la Seine. Corbeil, Lagny, Brie-Comte-Robert, Montereau, Moret sont tombés à la fin de mars ; Sens s'est rendue à la fin d'avril. En ôtant à Paris ces relais, le roi a asséché ses approvisionnements avant même de paraître sous ses murs.

Ce que le roi veut au juste, nous l'ignorons. Cherche-t-il à emporter la ville d'assaut, ou compte-t-il l'affamer jusqu'à la faire capituler d'elle-même ? Rien, du camp royal, ne permet de trancher. On voit qu'il resserre l'étreinte plutôt qu'il ne donne l'escalade ; mais une place de cette taille ne se prend pas en un jour, et nul ne saurait dire combien de temps Paris tiendra.

Nemours arme la défense

Dans la ville, la défense est aux mains du duc de Nemours, que la Ligue a fait gouverneur de Paris. On le dit résolu et actif. Avant que l'étau ne se referme, il aurait fait rentrer des vivres et des munitions, et rangé sous les armes une garnison que l'on évalue à quelques milliers de lansquenets et de soldats, épaulée par la noblesse demeurée dans la place et par les bourgeois enrôlés quartier par quartier.

Autour de lui, la Ligue encadre la résistance de près. Le conseil des Seize, la faction dure qui tient la capitale, veille aux portes et aux esprits ; le légat du pape, Caetani, entretient dans la ville la conviction qu'on ne saurait ouvrir à un prince que Rome a frappé de ses censures. À les entendre, Paris ne manquera ni de bras ni de foi pour tenir tête au camp qui l'entoure.

Le pain commence à manquer

Le premier effet du blocus se lit déjà au marché. Les convois n'entrant plus, le blé se raréfie et son prix monte de jour en jour ; ceux qui reviennent du dedans rapportent que le setier se paie déjà bien au-delà de son cours ordinaire. Pour l'heure, ce sont les bouches inutiles — les pauvres, les gens sans réserve — qui souffrent les premières.

Nul ne peut dire, à cette date, jusqu'où ira la disette ni combien de temps les greniers de la ville soutiendront une population que l'on compte à plus de deux cent mille âmes. On répète, du côté des lignes, que la Ligue attend un secours de l'armée des Pays-Bas espagnols ; mais ce ne sont, pour l'instant, que des bruits que rien ne confirme.

Le contexte

À la mort d'Henri III, assassiné en 1589, le roi de Navarre est devenu par la loi salique l'héritier du trône ; la Ligue, appuyée par l'Espagne, lui refuse la couronne parce qu'il est de la religion réformée.

Le 14 mars 1590, le roi a battu à Ivry, en Normandie, l'armée de la Ligue commandée par le duc de Mayenne, lieutenant général de l'État royal.

Paris est la place forte de la Ligue et le siège du conseil des Seize ; c'est là que réside le légat pontifical Caetani.

État des informations

Écrit depuis les abords de Paris à la mi-mai 1590, d'après ce qui franchit les lignes avec quelques jours de retard. Nous rapportons l'état du blocus tel qu'il se présente à cette date, sans préjuger de la manière dont il se dénouera. Les chiffres de prix et de garnison sont des ordres de grandeur, non des relevés vérifiés.

Ce que l’on sait

  • La ville de Paris est investie par l'armée royale ; ses accès par terre et par eau sont fermés.
  • Les ponts de Saint-Maur, Charenton et Saint-Cloud sont passés au camp du roi, coupant la Seine et la Marne.
  • Avant d'investir Paris, le roi avait réduit les places de la vallée de la Seine (Corbeil, Lagny, Montereau, Moret) et pris Sens.
  • Le duc de Nemours, gouverneur pour la Ligue, organise la défense ; les vivres commencent à manquer et le prix du blé monte.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si le roi veut emporter la ville d'assaut ou la réduire par la faim.
  • On ignore combien de temps Paris pourra tenir sur ses réserves.
  • On ignore si un secours viendra, et d'où.

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Paris (1590) — Wikipédia

Chronologie du blocus : investissement vers le 7 mai autour de Saint-Denis, prise des ponts de Saint-Maur, Charenton et Saint-Cloud (11-12 mai), réduction préalable des places de la vallée de la Seine (Corbeil, Lagny, Montereau, Moret, Sens), rôle du duc de Nemours, montée des prix et disette.

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Pierre de L’Estoile, Registre-journal

Chroniqueur parisien de premier ordre mais partial. Témoignage de la fermeture de la ville, de la raréfaction des vivres et de la hausse des prix ; cité comme témoignage, non comme relevé vérifié.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Article écrit comme si la rédaction suivait l'affaire au jour le jour, depuis les abords de Paris, à la mi-mai 1590, sans rien préjuger de la suite. Prix et effectifs donnés comme ordres de grandeur ; secours espagnol présenté comme bruit non confirmé.

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