Le siège levé : Parme prend Lagny, la Marne rouverte
L'armée de secours des Pays-Bas, conduite par le duc de Parme et jointe à celle de Mayenne, a enlevé Lagny et rouvert la Marne. La rivière porte de nouveau des vivres jusqu'à Paris et le blocus est levé. Le roi, qui avait desserré son étreinte à l'approche du secours, a cherché la bataille rangée : le duc de Parme l'a refusée et a manœuvré.
Il faut le dire simplement : le siège de Paris est levé. Après quatre mois où la ville a vécu close, réduite à la faim, l'armée de secours venue des Pays-Bas au nom du roi d'Espagne, conduite par Alexandre Farnèse, duc de Parme, et jointe à celle du duc de Mayenne, a enlevé Lagny et rouvert la Marne, par où entrent de nouveau les vivres. Les bateaux redescendent la rivière, les marchés se regarnissent peu à peu, et le peuple qui mourait sur les pavés voit revenir le pain.
La chose ne s'est pas faite en un jour. Ce que l'on tient pour assuré, c'est la suite des faits : le roi a d'abord relâché son investissement à l'approche de l'armée de secours, vers la fin du mois d'août ; puis, Lagny ayant été enlevée au début de ce mois de septembre, la Marne s'est rouverte et le ravitaillement est enfin devenu effectif ces jours-ci.
Ainsi s'achève, du moins pour l'heure, l'épreuve qui a commencé au printemps, quand le roi, fort de sa victoire d'Ivry, était venu resserrer sa prise autour de la capitale. On avait cru que la faim ferait ce que les armes n'avaient pu faire, et livrerait la ville. Il n'en a rien été. Une bataille gagnée en rase campagne n'a pas donné Paris au roi ; ce n'est pas la disette qui a fait tomber la ville, c'est l'Espagne qui l'a relevée.
Le roi desserre l'étreinte, Parme refuse la bataille
Quand il fut connu que le duc de Parme avait fait sa jonction avec Mayenne du côté de Meaux et marchait sur Paris avec une armée nombreuse, le roi comprit qu'il ne pouvait plus tenir à la fois ses lignes autour de la ville et faire face au secours. Vers la fin d'août, il relâcha son investissement et rassembla ses forces, cherchant, dit-on, à contraindre l'armée de secours à une bataille rangée, comme il avait fait à Ivry.
Mais le duc de Parme n'a pas voulu de ce combat. On tient qu'il a refusé de se risquer contre le roi en pleine campagne, et qu'il a préféré manœuvrer, retranchant son armée et portant son effort non sur les gens du roi, mais sur les places qui ferment le cours des rivières. C'est là, disent ceux qui connaissent le métier des armes, la conduite d'un capitaine avisé qui a pour charge de nourrir une ville, non de hasarder une armée. Le roi, à plusieurs reprises, aurait présenté la bataille sans que l'autre l'acceptât.
Lagny enlevée, la Marne rouverte
Le nœud de l'affaire était aux rivières. Tant que le roi tenait les places qui commandent la Seine et la Marne, aucun bateau de vivres ne pouvait gagner Paris, et la ville se consumait de faim. C'est à rompre ce verrou que le duc de Parme a mis toute son adresse.
Lagny, sur la Marne en amont de Paris, fut emportée d'assaut aux premiers jours de ce mois — on parle du sixième ou septième jour de septembre. La garnison qui la tenait pour le roi y fut, dit-on, taillée en pièces. La place prise, la Marne était rouverte, et les blés de la Brie pouvaient de nouveau descendre vers la ville. C'est ce coup, plus qu'aucun autre, qui a fait lever le blocus : par la Marne, les vivres sont revenus.
On dit qu'aux premiers jours de la levée, dès que le roi eut relâché ses lignes, plusieurs milliers de Parisiens sortirent des portes pour courir aux vivres dans la campagne ; à présent, ce sont les bateaux et les convois qui apportent de quoi rompre la disette. Reste que le roi tient encore des places sur le cours de la Seine, du côté de Corbeil en amont : tant qu'elles demeurent en ses mains, tout le fleuve n'est pas libre, et l'on donne pour un objet probable de la campagne à venir que le duc de Parme cherche à les réduire à leur tour. Mais rien, à cette heure, n'y est fait.
Ce que la levée règle, ce qu'elle laisse ouvert
Que le siège soit levé, cela est acquis, et c'est pour la Ligue un soulagement immense après les mois terribles que l'on sait. La ville, qu'on disait à bout, a été secourue avant de céder. Le parti du roi, qui la croyait mûre, la voit lui échapper.
Mais nul, ici, ne se hasarde à dire ce qui suivra. Le roi n'a point renoncé : il a retiré ses forces, il n'a pas quitté la partie, et l'on ignore où il portera ses armes à présent. On ne sait pas davantage combien de temps le duc de Parme demeurera dans le royaume, ni si son armée, venue de loin et rappelée sans doute par les affaires des Pays-Bas, ne s'en retournera pas bientôt. Et l'on se demande, si elle se retire, combien de temps Lagny et les postes repris tiendront pour la Ligue, si les places de la Seine que le roi garde encore seront enlevées ou non, ou si le roi ne reviendra pas disputer tout ce qu'il a lâché.
De tout cela, à l'heure où nous écrivons, personne ne peut répondre avec certitude. Ce qui est sûr, c'est que Paris mange de nouveau, et que la guerre de la Ligue, loin d'être tranchée, continue.