Une vingtaine de villages occupés : où s’arrêtera l’avance ?
Une semaine après l’entrée de nos troupes en territoire allemand, le front s’est enfoncé, dit-on, de huit à dix kilomètres au sud de Sarrebruck. Une vingtaine de hameaux, trouvés vides, sont passés sous notre contrôle. Nos avant-postes ne seraient plus qu’à quelques kilomètres des premiers ouvrages de la ligne Siegfried. Jusqu’où ira-t-on ?
L’avance amorcée le 7 septembre au sud de Sarrebruck se poursuit, à pas mesurés, en territoire allemand. D’après les renseignements qui nous parviennent du front, la pénétration atteindrait désormais huit à dix kilomètres dans sa partie la plus profonde, le long d’une bande de terrain large d’une vingtaine de kilomètres. Faute de communiqué chiffré, nous donnons cette fourchette pour ce qu’elle vaut : un ordre de grandeur, non une mesure arrêtée.
Sur ce ruban de campagne sarroise, nos colonnes ont recueilli une vingtaine de villages. Tous, dit-on, étaient déserts : les habitants avaient été évacués avant notre arrivée, et l’ennemi s’était retiré sans livrer de combat de front. Nos hommes ont pris pied dans la forêt de la Warndt et dans plusieurs bourgs abandonnés, dont les noms commencent seulement à filtrer.
Ce n’est pas dire que la progression soit sans péril. L’adversaire, en se repliant, a semé le terrain de mines, miné les routes et les abords des maisons ; c’est là, plus que dans les engagements, que nos pertes se font. Et l’on rapporte que l’élan, vif les premiers jours, s’est fait plus lent : nos avant-gardes paraissent marquer le pas. Les raisons de ce ralentissement nous échappent — prudence devant les champs de mines, attente d’ordres, ou approche des défenses allemandes, nul ne saurait le dire de l’extérieur.
Car nos pointes les plus avancées ne seraient plus, assure-t-on, qu’à quelque quatre kilomètres des premières positions de la ligne Siegfried, cette muraille fortifiée dont l’Allemagne a couvert sa frontière de l’Ouest. C’est là toute la question de l’heure : poussera-t-on jusqu’à ces ouvrages, et au-delà ? S’en tiendra-t-on à cette avance de couverture ? Le commandement n’a rien dit de ses intentions. Pour l’heure, une chose est sûre : nos drapeaux flottent sur une vingtaine de villages allemands, et le pays attend de savoir où cette marche s’arrêtera.