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L’avance française marque le pas en Sarre

Quatre jours après être entrées en territoire allemand, nos troupes ne progressent plus. L’ordre d’arrêter le mouvement aurait été donné par le général Gamelin le 12 septembre. La zone conquise — une bande d’une vingtaine de kilomètres tenue au-delà de la frontière — reste occupée. Halte momentanée ou terme de l’opération ? Nul, ce soir, ne peut le dire.

Notre correspondant aux armées 16 septembre 1939, 19h00 6 min de lecture
Un soldat français du 151ᵉ régiment d’infanterie observe une affiche allemande au bureau colonial de Lauterbach, en territoire sarrois occupé, le 9 septembre 1939.
Service cinématographique des armées, soldat français du 151ᵉ R.I. (42ᵉ D.I.) à Lauterbach, en Sarre, 9 septembre 1939 — domaine public (Wikimedia Commons).

Sur le front de la Sarre, le mouvement s’est ralenti, puis arrêté. Après être entrées le 7 septembre en territoire allemand, entre la Sarre et le Rhin, nos armées du groupe que commande le général Prételat ne poussent plus en avant. À ce que l’on rapporte des états-majors, l’ordre d’interrompre la progression aurait été donné le 12 septembre par le généralissime, le général Gamelin. Nous rapportons ce soir ce qui s’en peut établir, en séparant le certain de ce qui demeure obscur.

L’avance, du premier au dernier jour, fut prudente et mesurée. Nos colonnes ont franchi la frontière, enlevé une vingtaine de villages que l’ennemi semble avoir évacués, et tenu un terrain qui, à son point le plus profond, atteignait quelque huit à dix kilomètres en deçà de la ligne fortifiée allemande — cette « ligne Siegfried » dont on parle tant. Par endroits, nos premiers éléments seraient parvenus à environ quatre kilomètres de ses ouvrages, sans engager l’assaut contre eux.

Depuis l’ordre du 12, la troupe s’est immobilisée sur ses positions. La zone occupée, telle qu’on peut la décrire, forme une bande d’environ vingt-cinq kilomètres de long sur cinq à huit de profondeur, en territoire du Reich. Elle est tenue ; on ne l’abandonne pas. Mais le pas en avant a cessé, et c’est là le fait du jour.

Pourquoi cet arrêt ? Sur ce point, le commandement garde le silence. On évoque, dans les propos qui circulent, le souci de ne pas porter l’infanterie contre des fortifications puissantes sans l’artillerie lourde qu’un tel assaut exigerait ; d’autres parlent du soin de ne pas éloigner nos troupes de leurs bases. Ce ne sont là qu’explications rapportées, dont aucune n’a reçu de confirmation officielle.

Reste la question que chacun se pose : cette halte est-elle un répit, le temps d’amener les moyens d’un effort plus large, ou bien le terme de l’opération ? Nous l’ignorons. Le commandement n’a fait connaître ni la suite qu’il entend donner au mouvement, ni s’il compte le reprendre. À l’heure où nous écrivons, l’avance marque le pas ; ce qu’elle deviendra n’appartient encore à personne.

Une voix discordante s’élève, au demeurant, sur la nature même de l’entreprise. Certains, dans les milieux militaires, soutiennent que cette poussée n’a jamais visé la percée, mais qu’elle fut conçue comme une forte reconnaissance armée en territoire ennemi — pour fixer l’adversaire et tâter ses défenses, non pour les forcer. D’autres y voyaient, au contraire, le commencement d’une offensive véritable, que l’on aurait pu pousser plus loin tandis que le gros des forces allemandes était retenu à l’est. Entre ces lectures, il est trop tôt pour trancher, et nous les livrons l’une et l’autre pour ce qu’elles valent.

Les Échos du Passé s’en tiennent donc à l’établi : une avance limitée, un terrain conquis et tenu, un ordre d’arrêt. Pour le reste — les raisons, les intentions, les lendemains —, nous attendons, comme le pays, qu’une parole vienne éclairer ce que les seuls communiqués laissent dans l’ombre.

Le contexte

La France a déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, après l’entrée des troupes allemandes en Pologne le 1ᵉʳ septembre.

L’armée française a franchi la frontière allemande le 7 septembre 1939, entre la Sarre et le Rhin, première opération terrestre française de cette guerre.

Les troupes engagées relèvent du 2ᵉ groupe d’armées, sous le commandement du général Prételat ; le commandement en chef est exercé par le général Gamelin.

Face à elles s’étend la ligne fortifiée allemande dite « ligne Siegfried » ; le gros des forces allemandes est alors engagé en Pologne, à l’est.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au soir du 16 septembre 1939 : une avance limitée, un terrain tenu, un ordre d’arrêt. Elle ne préjuge ni du caractère provisoire ou définitif de cette halte, ni des intentions du commandement, ni de la suite des opérations. Les points incertains sont signalés comme tels ; les explications qui circulent sont rapportées et attribuées, non endossées.

Ce que l’on sait

  • L’armée française est entrée en territoire allemand, en Sarre, le 7 septembre 1939.
  • L’ordre d’arrêter la progression a été donné par le général Gamelin le 12 septembre 1939.
  • Au point le plus profond, l’avance a atteint environ huit à dix kilomètres en territoire allemand, sans que la ligne Siegfried soit attaquée ; nos éléments seraient parvenus à environ quatre kilomètres de ses ouvrages.
  • Une vingtaine de villages allemands, semble-t-il évacués, ont été occupés.
  • La zone tenue forme une bande d’environ vingt-cinq kilomètres de long sur cinq à huit de profondeur ; elle reste occupée après l’arrêt.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si l’arrêt est provisoire — une halte avant un nouvel effort — ou s’il marque le terme de l’opération.
  • Les raisons de l’ordre d’arrêt n’ont fait l’objet d’aucune explication officielle.
  • Les suites que le commandement entend donner au mouvement, et une éventuelle reprise, ne sont pas connues.

Sources historiques utilisées

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Offensive de la Sarre — Wikipédia

Consulté pour le déroulé : franchissement le 7 septembre, apogée le 12 septembre (≈ 8 km, parfois donné jusqu’à 10 km), arrêt ordonné par Gamelin, zone tenue de ≈ 25 km sur 5 à 8 km, distance ≈ 4 km de la ligne Siegfried non attaquée, commandement du 2ᵉ groupe d’armées par le général Prételat. Tout élément postérieur au 16 septembre (repli, suites) a été écarté.

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Maurice Gamelin — Wikipédia

Consulté pour la fonction du général Gamelin en septembre 1939 (généralissime, commandement en chef) et son rôle dans la décision d’arrêt.

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François Cochet — l’opération de la Sarre (Les Clionautes)

Lecture de l’historien François Cochet, qui décrit l’opération comme une « forte reconnaissance armée » plutôt qu’une offensive générale. Citée comme une interprétation parmi d’autres, à attribuer, non comme une vérité tranchée.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule une dépêche du soir du 16 septembre 1939, au moment où l’avance s’est immobilisée sans qu’on en connaisse les raisons ni la suite. Les formulations à chaud imitent un quotidien du moment ; rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date.

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20 novembre 1939, 07h007 min