L’avance française marque le pas en Sarre
Quatre jours après être entrées en territoire allemand, nos troupes ne progressent plus. L’ordre d’arrêter le mouvement aurait été donné par le général Gamelin le 12 septembre. La zone conquise — une bande d’une vingtaine de kilomètres tenue au-delà de la frontière — reste occupée. Halte momentanée ou terme de l’opération ? Nul, ce soir, ne peut le dire.
Sur le front de la Sarre, le mouvement s’est ralenti, puis arrêté. Après être entrées le 7 septembre en territoire allemand, entre la Sarre et le Rhin, nos armées du groupe que commande le général Prételat ne poussent plus en avant. À ce que l’on rapporte des états-majors, l’ordre d’interrompre la progression aurait été donné le 12 septembre par le généralissime, le général Gamelin. Nous rapportons ce soir ce qui s’en peut établir, en séparant le certain de ce qui demeure obscur.
L’avance, du premier au dernier jour, fut prudente et mesurée. Nos colonnes ont franchi la frontière, enlevé une vingtaine de villages que l’ennemi semble avoir évacués, et tenu un terrain qui, à son point le plus profond, atteignait quelque huit à dix kilomètres en deçà de la ligne fortifiée allemande — cette « ligne Siegfried » dont on parle tant. Par endroits, nos premiers éléments seraient parvenus à environ quatre kilomètres de ses ouvrages, sans engager l’assaut contre eux.
Depuis l’ordre du 12, la troupe s’est immobilisée sur ses positions. La zone occupée, telle qu’on peut la décrire, forme une bande d’environ vingt-cinq kilomètres de long sur cinq à huit de profondeur, en territoire du Reich. Elle est tenue ; on ne l’abandonne pas. Mais le pas en avant a cessé, et c’est là le fait du jour.
Pourquoi cet arrêt ? Sur ce point, le commandement garde le silence. On évoque, dans les propos qui circulent, le souci de ne pas porter l’infanterie contre des fortifications puissantes sans l’artillerie lourde qu’un tel assaut exigerait ; d’autres parlent du soin de ne pas éloigner nos troupes de leurs bases. Ce ne sont là qu’explications rapportées, dont aucune n’a reçu de confirmation officielle.
Reste la question que chacun se pose : cette halte est-elle un répit, le temps d’amener les moyens d’un effort plus large, ou bien le terme de l’opération ? Nous l’ignorons. Le commandement n’a fait connaître ni la suite qu’il entend donner au mouvement, ni s’il compte le reprendre. À l’heure où nous écrivons, l’avance marque le pas ; ce qu’elle deviendra n’appartient encore à personne.
Une voix discordante s’élève, au demeurant, sur la nature même de l’entreprise. Certains, dans les milieux militaires, soutiennent que cette poussée n’a jamais visé la percée, mais qu’elle fut conçue comme une forte reconnaissance armée en territoire ennemi — pour fixer l’adversaire et tâter ses défenses, non pour les forcer. D’autres y voyaient, au contraire, le commencement d’une offensive véritable, que l’on aurait pu pousser plus loin tandis que le gros des forces allemandes était retenu à l’est. Entre ces lectures, il est trop tôt pour trancher, et nous les livrons l’une et l’autre pour ce qu’elles valent.
Les Échos du Passé s’en tiennent donc à l’établi : une avance limitée, un terrain conquis et tenu, un ordre d’arrêt. Pour le reste — les raisons, les intentions, les lendemains —, nous attendons, comme le pays, qu’une parole vienne éclairer ce que les seuls communiqués laissent dans l’ombre.