Smolensk emportée : la première grande bataille de la campagne
Après des semaines de marche à la poursuite d'un ennemi insaisissable, la Grande Armée a forcé Smolensk les 17 et 18 août. Mais la ville sainte des Russes n'était plus, à notre entrée, qu'un brasier que ses propres défenseurs avaient allumé avant de se dérober une fois encore.
Les dépêches parvenues de la Grande Armée nous apprennent que la place de Smolensk est tombée entre nos mains. Les combats se sont livrés les 16, 17 et 18 août sous les murs de cette ville fortifiée qui commande la route vers l'est, sur la rive du Dniéper. Pour la première fois depuis le passage du Niémen, l'ennemi a paru résolu à se battre.
L'Empereur, ayant enfin saisi les armées russes là où il les cherchait depuis des semaines, a porté ses corps sur la ville. Le maréchal Ney, le maréchal Davout et le prince Poniatowski ont mené les assauts contre les faubourgs et les portes. La résistance fut vive.
Dans la nuit du 17 au 18 août, des incendies se sont déclarés de quartier en quartier. Tout porte à croire que ce sont les Russes eux-mêmes qui ont mis le feu à la ville avant de l'abandonner, livrant aux flammes les maisons, les magasins et jusqu'aux églises. Au matin, nos soldats sont entrés non dans une ville conquise, mais dans un amas de décombres fumants.
Car au point du jour, l'ennemi n'était plus là. Les armées de Barclay de Tolly et du prince Bagration avaient repassé le Dniéper durant la nuit, rompant les ponts derrière elles et se retirant en bon ordre vers l'orient. Une fois encore, l'armée russe s'est dérobée sans accepter la bataille rangée et décisive.
La victoire est nôtre, et la position que tenait l'ennemi est forcée. Nos drapeaux flottent sur les ruines de Smolensk. Mais à mesure que l'on s'avance, une question commence de troubler les esprits : pourquoi cet ennemi recule-t-il sans cesse, abandonnant ses villes et brûlant son propre pays ?
Une résistance enfin opiniâtre
Depuis le franchissement du Niémen en juin, la campagne s'était réduite à une longue poursuite. À Smolensk, pour la première fois, les Russes ont fait front.
Les faubourgs, défendus pied à pied, n'ont été emportés qu'au prix d'un feu meurtrier. On parle de plusieurs milliers d'hommes mis hors de combat de part et d'autre ; les chiffres exacts ne nous sont pas encore connus avec certitude.
Cette fermeté nouvelle de l'adversaire dit que l'armée russe demeure entière et capable de se battre — et qu'elle a choisi, à Smolensk, de le montrer avant de se retirer.
Un ennemi qui se dérobe encore
Repassant le fleuve de nuit, brisant les ponts, les Russes se sont soustraits une fois de plus au choc que l'Empereur recherche depuis le premier jour.
On rapporte que le commandement russe est partagé : le prince Bagration voudrait, dit-on, en découdre, quand le général Barclay de Tolly préférerait reculer encore. Nous donnons ces bruits pour ce qu'ils valent.
Reste cette interrogation : jusqu'où l'ennemi entend-il se retirer ainsi, et quand consentira-t-il enfin à se mesurer à nous en plein champ ?