← Retour à l’édition À la une

Smolensk emportée : la première grande bataille de la campagne

Après des semaines de marche à la poursuite d'un ennemi insaisissable, la Grande Armée a forcé Smolensk les 17 et 18 août. Mais la ville sainte des Russes n'était plus, à notre entrée, qu'un brasier que ses propres défenseurs avaient allumé avant de se dérober une fois encore.

La rédaction, d'après les dépêches de l'armée Paris, 5 septembre 1812 6 min de lecture
La Grande Armée en retraite, décembre 1812.
Albrecht Adam, retraite depuis Moscou (1830) — domaine public (Wikimedia Commons). [Image Smolensk a completer]

Les dépêches parvenues de la Grande Armée nous apprennent que la place de Smolensk est tombée entre nos mains. Les combats se sont livrés les 16, 17 et 18 août sous les murs de cette ville fortifiée qui commande la route vers l'est, sur la rive du Dniéper. Pour la première fois depuis le passage du Niémen, l'ennemi a paru résolu à se battre.

L'Empereur, ayant enfin saisi les armées russes là où il les cherchait depuis des semaines, a porté ses corps sur la ville. Le maréchal Ney, le maréchal Davout et le prince Poniatowski ont mené les assauts contre les faubourgs et les portes. La résistance fut vive.

Dans la nuit du 17 au 18 août, des incendies se sont déclarés de quartier en quartier. Tout porte à croire que ce sont les Russes eux-mêmes qui ont mis le feu à la ville avant de l'abandonner, livrant aux flammes les maisons, les magasins et jusqu'aux églises. Au matin, nos soldats sont entrés non dans une ville conquise, mais dans un amas de décombres fumants.

Car au point du jour, l'ennemi n'était plus là. Les armées de Barclay de Tolly et du prince Bagration avaient repassé le Dniéper durant la nuit, rompant les ponts derrière elles et se retirant en bon ordre vers l'orient. Une fois encore, l'armée russe s'est dérobée sans accepter la bataille rangée et décisive.

La victoire est nôtre, et la position que tenait l'ennemi est forcée. Nos drapeaux flottent sur les ruines de Smolensk. Mais à mesure que l'on s'avance, une question commence de troubler les esprits : pourquoi cet ennemi recule-t-il sans cesse, abandonnant ses villes et brûlant son propre pays ?

Une résistance enfin opiniâtre

Depuis le franchissement du Niémen en juin, la campagne s'était réduite à une longue poursuite. À Smolensk, pour la première fois, les Russes ont fait front.

Les faubourgs, défendus pied à pied, n'ont été emportés qu'au prix d'un feu meurtrier. On parle de plusieurs milliers d'hommes mis hors de combat de part et d'autre ; les chiffres exacts ne nous sont pas encore connus avec certitude.

Cette fermeté nouvelle de l'adversaire dit que l'armée russe demeure entière et capable de se battre — et qu'elle a choisi, à Smolensk, de le montrer avant de se retirer.

Un ennemi qui se dérobe encore

Repassant le fleuve de nuit, brisant les ponts, les Russes se sont soustraits une fois de plus au choc que l'Empereur recherche depuis le premier jour.

On rapporte que le commandement russe est partagé : le prince Bagration voudrait, dit-on, en découdre, quand le général Barclay de Tolly préférerait reculer encore. Nous donnons ces bruits pour ce qu'ils valent.

Reste cette interrogation : jusqu'où l'ennemi entend-il se retirer ainsi, et quand consentira-t-il enfin à se mesurer à nous en plein champ ?

Le contexte

La Grande Armée a franchi le Niémen et envahi la Russie en juin 1812. Depuis lors, les armées russes refusent la bataille rangée.

Smolensk, place forte sur le Dniéper, commande la grande route vers l'est.

Les armées russes du nord (Barclay de Tolly) et du sud (Bagration) ont opéré leur jonction avant Smolensk.

La nouvelle des batailles des 17-18 août parvient à Paris au début de septembre, après trois semaines de délai.

État des informations

Cet article s'en tient à ce qui était connaissable à Paris au début de septembre 1812. Il ne préjuge en rien de la suite de la campagne.

Ce que l’on sait

  • La Grande Armée a forcé Smolensk après des combats livrés les 16, 17 et 18 août 1812.
  • La ville a été incendiée par les Russes eux-mêmes, avant leur retraite.
  • Les armées de Barclay de Tolly et de Bagration se sont retirées vers l'orient en bon ordre.

Ce que l’on ignore

  • Le bilan exact des pertes, françaises comme russes, n'est pas encore connu avec certitude à Paris.
  • Les intentions du commandement russe — jusqu'où compte-t-il reculer — demeurent obscures.

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille de Smolensk (1812) et Campagne de Russie — Wikipédia

Consulté pour la chronologie des 16-18 août, l'ordre de bataille, l'incendie de la ville et le repli sur le Dniéper.

primary

Le Moniteur universel, septembre 1812

Source officielle impériale ; récit de la prise de Smolensk.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Article écrit au présent de l'époque, du seul point de vue de l'information disponible à Paris au début de septembre 1812.

Articles liés