La bataille de la Moskova : la journée la plus sanglante
Le 7 septembre, sur les hauteurs de Borodino, la Grande Armée a forcé les lignes russes dans un combat d'une violence sans précédent. Bagration est à l'agonie, Koutouzov en retraite, la route de Moscou est libre. Le Bulletin officiel donne le détail de cette victoire chèrement achetée.
Les dépêches attendues depuis plusieurs semaines sont enfin parvenues au Moniteur universel. Le 7 septembre, à cent vingt-cinq lieues de Moscou, sur les champs de Borodino que les Bulletins nomment « la Moskova » du nom de la rivière voisine, la Grande Armée a livré le combat le plus meurtrier que cette campagne ait encore vu.
À six heures du matin, cent deux pièces d'artillerie ont ouvert le feu sur les positions russes. Le maréchal Davout a conduit les premières colonnes contre les ouvrages en flèche que le prince Bagration avait fait élever face à notre aile gauche. Les Russes ont opposé une résistance acharnée, reprenant plusieurs fois ce qu'on leur avait arraché.
C'est là que le prince Bagration a reçu une blessure grave à la jambe. Le Bulletin annonce qu'il aurait été touché par des éclats de boulet vers onze heures ; transporté en arrière des lignes, il n'a pu reprendre le commandement de son aile.
Tandis que les flèches tombaient définitivement en notre pouvoir, le vice-roi d'Italie, Eugène de Beauharnais, poussait ses divisions contre la grande redoute du centre, celle que nos soldats ont surnommée « la redoute de Raïevski ». Le général Caulaincourt, à la tête des cuirassiers, a conduit la charge et péri lors de la charge sur la redoute. Sa mort est une perte douloureuse pour l'armée.
Dès la mi-journée, Koutouzov avait consulté ses lieutenants. Dans la nuit du 7 au 8 septembre, l'armée russe amorçait sa retraite en direction de Moscou. La route de la ville sainte se trouvait désormais ouverte à la Grande Armée. Tel est le résultat que consigne le Bulletin officiel : une victoire.
Les chiffres : des pertes considérables de part et d'autre
D'après les premières estimations, les pertes françaises s'élèveraient à environ trente mille hommes tués ou blessés. Du côté russe, les estimations avancent quarante mille hommes hors de combat, dont vingt-deux généraux. Ces chiffres, quoi qu'il en soit de leur exactitude définitive, donnent la mesure du caractère exceptionnel de la journée.
Quarante-neuf généraux français ont été mis hors de combat. Ce tribut sans précédent témoigne de la violence des corps à corps et de la proximité des officiers supérieurs dans les lignes de feu.
L'artillerie a joué un rôle décisif. Plus de quatre cents pièces françaises ont tonné dans les phases décisives. Le fracas, dit-on, s'entendait à plusieurs lieues à la ronde.
Koutouzov en retraite, Moscou en vue
Les dernières dépêches indiquent que l'armée russe, après avoir occupé quelques heures encore les hauteurs disputées, s'est mise en mouvement vers l'est. Moscou se trouve à moins de cent lieues.
L'Empereur a suivi la bataille depuis les hauteurs de Schevardino, entouré de sa garde. La victoire de la Moskova ouvre la route de l'ancienne capitale des Tsars. Ce que notre armée y trouvera, ce que Koutouzov y préparera, c'est ce que les prochains courriers nous apprendront.