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L'Empereur est de retour aux Tuileries

Napoléon a franchi le seuil des Tuileries dans la nuit du 18 au 19 décembre, treize jours après avoir quitté Smorgoni à bride abattue. Il laisse derrière lui une armée dont l'état exact demeure ignoré à Paris, et un commandement confié à Murat. La cour retrouve son maître ; l'Europe retiendra son souffle.

La rédaction Paris, 19 décembre 1812 6 min de lecture
Napoleon en campagne par temps de neige.
Jean-Louis-Ernest Meissonier, 1814, Campagne de France — domaine public (Wikimedia Commons).

L'Empereur est arrivé aux Tuileries dans la nuit du 18 au 19 décembre. Parti de Smorgoni le 5 du même mois, il a couvert en treize jours la distance qui sépare la Lituanie de Paris, traversant la Pologne et une partie de l'Allemagne dans un équipage discret, voyageant en carrosse avec Caulaincourt (duc de Vicence), son seul confident de route, tandis que d'autres membres du convoi — Duroc, Lobau, Lefebvre-Desnouettes — suivaient dans des berlines séparées.

Le retour a été si rapide et si silencieux que la capitale ne l'attendait pas. Ce sont les gardes du Palais qui, les premiers, ont reconnu la voiture impériale sous l'arche de la cour. En quelques heures, les ministres ont été avertis et les appartements préparés. L'Empereur, dit-on, a paru las mais résolu ; il a réclamé des rapports dès l'aube.

À Paris, l'annonce a suscité un soulagement mêlé d'inquiétude. Soulagement, car les rumeurs les plus sombres couraient depuis la tentative Malet en octobre : l'affaire avait montré combien la capitale pouvait vaciller sur la seule nouvelle — fausse — de la mort du chef de l'État. Inquiétude, car le retour précipité de l'Empereur signifie sans équivoque que la situation en Russie n'est pas celle que les bulletins officiels avaient décrite.

À l'heure où ces lignes paraissent, on ignore encore l'état de la Grande Armée. Trois questions dominent les esprits : l'armée peut-elle se reformer au-delà du Niémen ? L'Empereur prépare-t-il une nouvelle campagne pour le printemps ? Et les puissances d'Allemagne, longtemps hésitantes, tireront-elles parti de cette retraite pour changer de camp ?

Pourquoi l'Empereur a-t-il devancé son armée

La décision de quitter Smorgoni le 5 décembre, bien avant les débris de la Grande Armée, a surpris jusqu'à l'entourage le plus proche. On avance plusieurs raisons. La première est politique : l'affaire Malet, dont Napoléon a été informé en route, a révélé la fragilité des institutions impériales en son absence. Un simple bruit de mort avait suffi à faire arrêter le ministre de la Police et à ébranler Paris une nuit durant. L'Empereur en a conclu que sa présence à Paris était plus nécessaire que son commandement en personne d'une armée en retraite.

La seconde raison tient à la réalité militaire. L'armée, disloquée par le froid, les maladies et les combats d'arrière-garde, n'était plus en état d'obéir à une direction centralisée depuis le front. Les corps se repliaient chacun à leur rythme ; les généraux improvisaient. Rester aurait signifié partager une retraite sans pouvoir l'accélérer.

Enfin, une campagne nouvelle s'impose si l'on veut tenir face aux armées coalisées. Or elle ne peut se préparer qu'à Paris : levées de conscrits, équipement, négociations avec les alliés allemands encore fidèles. C'est de là, et non de Lituanie, que se gagne ou se perd la suite.

Le commandement confié au roi de Naples

En partant, l'Empereur a remis le commandement de la Grande Armée à Murat, roi de Naples et son beau-frère. Ce choix a étonné : le maréchal Berthier, chef d'état-major inamovible et cerveau logistique de toutes les campagnes, eût paru plus naturel. Mais l'Empereur a voulu un nom royal à la tête des troupes, une stature qui imposât encore aux souverains alliés.

Murat, brillant comme chef de cavalerie, est réputé moins à l'aise dans la conduite d'ensemble d'une armée en retraite. Les officiers qui connaissent sa manière savent qu'il aime l'action frontale et que les calculs de l'arrière-garde ne sont pas son fort. On verra si le roi de Naples est à la hauteur de cette tâche ingrate.

Une cour qui se ressaisit

Aux Tuileries, l'arrivée de l'Empereur a eu l'effet d'un signal. Les ministres qui, depuis l'affaire Malet, semblaient agir chacun pour soi ont retrouvé un centre. Le duc de Bassano, les ministres de la Guerre et des Finances ont été reçus dès le matin du 19. On parle de convocation des préfets, de nouvelles conscriptions, de révision des alliances avec la Confédération du Rhin.

La cour, elle, a veillé à paraître sans surprise. Les visages montraient la déférence accoutumée ; aucun ne laissait lire l'inquiétude que chacun dissimulait. C'est la loi des Tuileries : l'Empereur doit toujours sembler revenir victorieux, même quand les nouvelles qu'il rapporte de l'Est font frémir les plus solides.

Le contexte

Napoléon a quitté Smorgoni (actuelle Biélorussie) le 5 décembre 1812 pour rejoindre Paris en toute hâte, laissant le commandement de la Grande Armée à Murat.

La tentative de coup d'État du général Malet, dans la nuit du 22 au 23 octobre, avait démontré la vulnérabilité du gouvernement impérial en l'absence de l'Empereur. Malet et ses complices ont été fusillés à la plaine de Grenelle le 29 octobre.

La Grande Armée, qui comptait près de 600 000 hommes à l'entrée en Russie au printemps 1812, a subi des pertes considérables lors de la retraite depuis Moscou. L'ampleur exacte du désastre n'est pas connue à Paris à la date de cet article.

État des informations

Cet article s'en tient à ce qui est connaissable et rapporté à Paris le 19 décembre 1812. Il ne préjuge en rien des suites militaires ni diplomatiques de la campagne de Russie.

Ce que l’on sait

  • Napoléon a quitté Smorgoni le 5 décembre 1812.
  • Il est arrivé aux Tuileries dans la nuit du 18 au 19 décembre 1812, après un trajet de treize jours.
  • Il voyageait en carrosse avec Caulaincourt (duc de Vicence), son confident de route ; d'autres membres du convoi (Duroc, Lobau, Lefebvre-Desnouettes) suivaient dans des berlines séparées.
  • Le commandement de la Grande Armée a été confié à Murat, roi de Naples, lors du départ de Smorgoni.
  • La tentative de coup d'État du général Malet (nuit du 22-23 octobre) avait précédé le retour et démontré la fragilité des institutions en l'absence de l'Empereur.

Ce que l’on ignore

  • L'état exact de la Grande Armée au moment du retour de l'Empereur n'est pas connu à Paris.
  • Les intentions précises de Napoléon pour la suite des opérations — nouvelle campagne, négociation, consolidation défensive — ne sont pas déclarées publiquement.
  • La situation des alliés allemands de la Confédération du Rhin et leurs éventuelles tentations de retournement demeurent incertaines.

Sources historiques utilisées

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Retraite de Russie (1812) — Wikipédia FR

Notice de référence pour la chronologie du départ de Smorgoni (5 décembre), le trajet en treize jours, la composition du convoi (Caulaincourt, Duroc, Lobau, Lefebvre-Desnouettes dans des voitures séparées) et l'arrivée aux Tuileries la nuit du 18 au 19 décembre.

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Armand de Caulaincourt — Wikipédia FR

Mémoires de Caulaincourt, source de référence pour le récit du trajet Smorgoni-Paris : Caulaincourt partageait la voiture de Napoléon mais n'était pas le seul membre du convoi.

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Joachim Murat — Wikipédia FR

Confirmation du commandement confié à Murat lors du départ de Napoléon, et notice sur son profil de commandement.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations à chaud imitent un journal parisien du 19 décembre 1812. Correction principale appliquée : formulation « voyageant en carrosse avec Caulaincourt (duc de Vicence), son seul confident de route » pour éviter toute confusion entre la voiture partagée avec Caulaincourt et la composition plus large du convoi.

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