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Les tribuns de la plèbe fuient Rome : le veto bafoué

Marc Antoine et Quintus Cassius Longinus, tribuns de la plèbe, ont quitté la Ville après que leur veto eut été balayé au Sénat. On les dit partis vers le nord. Leur sort demeure inconnu.

La rédaction 9 janvier 49 av. J.-C. 4 min de lecture
Buste antique en marbre de Marc Antoine, visage tourné légèrement de trois-quarts, chevelure bouclée, torse nu, musée du Vatican.
Buste de Marc Antoine, marbre, période flavienne (69-96 apr. J.-C.), Musei Vaticani, Museo Chiaramonti, Rome — domaine public (Wikimedia Commons).

Deux tribuns de la plèbe ne siègent plus à Rome. Marcus Antonius et Quintus Cassius Longinus, qui s’étaient opposés aux mesures prises contre César, ont quitté la Ville ces derniers jours. On les dit partis vers le nord. Où exactement, nul ici ne le sait avec certitude.

Les faits, eux, sont établis. Voici quelques jours, le Sénat a voté le décret qui remet à Pompée et aux magistrats le soin de veiller à ce que la République ne souffre aucun dommage, et il a sommé César de licencier son armée. Les deux tribuns ont voulu user de leur droit et interposer leur veto. Leur opposition n’a pas été retenue. On rapporte qu’il leur fut donné à entendre que leur sûreté n’était plus garantie dans la Curie, et qu’ils feraient bien de se retirer.

C’est là que réside la gravité de l’affaire. La personne d’un tribun de la plèbe est réputée sacrée et inviolable : nul ne peut la menacer sans encourir la malédiction attachée à ce serment ancien. Qu’un tribun se voie contraint de fuir la Ville pour sa sûreté, et que son veto soit tenu pour nul, voilà qui n’a pas de précédent récent dans la mémoire des vivants. Beaucoup, sur le Forum, s’en montrent troublés, quelle que soit par ailleurs leur sympathie pour l’un ou l’autre parti.

Sur les circonstances mêmes du départ, les récits divergent. Les uns assurent que les deux hommes ont quitté Rome ouvertement, dès qu’ils se sont vus réduits au silence. D’autres murmurent qu’ils auraient pris la route en secret, sous un habit d’emprunt, pour n’être pas reconnus aux portes. On ne saurait, à cette heure, démêler ce qui tient du fait de ce qui tient du bruit. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne les a plus revus au Sénat.

Vers où se dirigent-ils ? Le bruit le plus répandu les envoie rejoindre César, que l’on dit rassembler ses troupes du côté de la Gaule cisalpine, aux confins de l’Italie. Le calcul se comprend : deux tribuns chassés, portant plainte de la violence faite à leur charge, seraient pour lui un grief tout trouvé. Mais nul messager n’est encore revenu du nord pour le confirmer. Leur route, leur escorte, l’accueil qui les attend : tout cela nous échappe.

Restent les questions que personne, ici, ne sait trancher. Les tribuns arriveront-ils sains et saufs au terme de leur voyage ? Que fera César de cette fuite ? Le Sénat maintiendra-t-il ses décrets ou cherchera-t-il un accommodement ? Nous rapportons ce qui se dit et se voit à Rome, sans y ajouter ce que nous ignorons.

Le contexte

Le tribunat de la plèbe est une magistrature dont la personne est déclarée sacrosancta : quiconque porte atteinte à un tribun est voué aux dieux et sa vie tenue pour forfaite. C’est le rempart traditionnel de la plèbe contre les abus des magistrats.

Le droit d’intercession — le veto — permet à un tribun de suspendre une décision des magistrats ou du Sénat. Depuis des générations, ce droit passait pour à peu près intangible.

Marc Antoine et Quintus Cassius Longinus comptent parmi les partisans déclarés de César dans la magistrature de cette année. Leur veto visait à protéger sa cause au Sénat.

État des informations

Cette édition rapporte ce qui se dit et se voit à Rome dans les jours de la crise. Elle distingue les faits établis des rumeurs, assume ce qu’elle ignore, et ne préjuge en rien de la suite, que personne ne connaît encore.

Ce que l’on sait

  • Le Sénat a voté un décret d’exception (le senatus consultum ultimum) chargeant Pompée et les magistrats de la défense de la République et sommant César de licencier son armée.
  • Les tribuns Marc Antoine et Quintus Cassius Longinus ont opposé leur veto, qui n’a pas été retenu.
  • Les deux tribuns ont quitté Rome et ne siègent plus au Sénat.

Ce que l’on ignore

  • Où se rendent précisément les tribuns et par quelle route.
  • S’ils parviendront sains et saufs à destination.
  • La réponse que fera César à leur fuite, et s’il en tirera prétexte.
  • Si le Sénat maintiendra ses décrets ou cherchera un compromis.

Sources historiques utilisées

primary

Vie d’Antoine, 8

Plutarque · 100

Rapporte le départ des tribuns sous un déguisement ; récit postérieur, retenu ici comme rumeur.

secondary

Guerre civile de César

Wikipédia · 2024

Repères de datation (décret du début janvier, fuite des tribuns vers Ravenne).

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale

La rédaction · -49

Les formulations à chaud imitent un média du moment. La rédaction s’en tient à ce qui est connaissable à Rome le 9 janvier 49 av. J.-C.

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