Les tribuns de la plèbe fuient Rome : le veto bafoué
Marc Antoine et Quintus Cassius Longinus, tribuns de la plèbe, ont quitté la Ville après que leur veto eut été balayé au Sénat. On les dit partis vers le nord. Leur sort demeure inconnu.
Deux tribuns de la plèbe ne siègent plus à Rome. Marcus Antonius et Quintus Cassius Longinus, qui s’étaient opposés aux mesures prises contre César, ont quitté la Ville ces derniers jours. On les dit partis vers le nord. Où exactement, nul ici ne le sait avec certitude.
Les faits, eux, sont établis. Voici quelques jours, le Sénat a voté le décret qui remet à Pompée et aux magistrats le soin de veiller à ce que la République ne souffre aucun dommage, et il a sommé César de licencier son armée. Les deux tribuns ont voulu user de leur droit et interposer leur veto. Leur opposition n’a pas été retenue. On rapporte qu’il leur fut donné à entendre que leur sûreté n’était plus garantie dans la Curie, et qu’ils feraient bien de se retirer.
C’est là que réside la gravité de l’affaire. La personne d’un tribun de la plèbe est réputée sacrée et inviolable : nul ne peut la menacer sans encourir la malédiction attachée à ce serment ancien. Qu’un tribun se voie contraint de fuir la Ville pour sa sûreté, et que son veto soit tenu pour nul, voilà qui n’a pas de précédent récent dans la mémoire des vivants. Beaucoup, sur le Forum, s’en montrent troublés, quelle que soit par ailleurs leur sympathie pour l’un ou l’autre parti.
Sur les circonstances mêmes du départ, les récits divergent. Les uns assurent que les deux hommes ont quitté Rome ouvertement, dès qu’ils se sont vus réduits au silence. D’autres murmurent qu’ils auraient pris la route en secret, sous un habit d’emprunt, pour n’être pas reconnus aux portes. On ne saurait, à cette heure, démêler ce qui tient du fait de ce qui tient du bruit. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne les a plus revus au Sénat.
Vers où se dirigent-ils ? Le bruit le plus répandu les envoie rejoindre César, que l’on dit rassembler ses troupes du côté de la Gaule cisalpine, aux confins de l’Italie. Le calcul se comprend : deux tribuns chassés, portant plainte de la violence faite à leur charge, seraient pour lui un grief tout trouvé. Mais nul messager n’est encore revenu du nord pour le confirmer. Leur route, leur escorte, l’accueil qui les attend : tout cela nous échappe.
Restent les questions que personne, ici, ne sait trancher. Les tribuns arriveront-ils sains et saufs au terme de leur voyage ? Que fera César de cette fuite ? Le Sénat maintiendra-t-il ses décrets ou cherchera-t-il un accommodement ? Nous rapportons ce qui se dit et se voit à Rome, sans y ajouter ce que nous ignorons.