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Rome se vide : Pompée, les consuls et le Sénat quittent la Ville

Jugeant la Ville indéfendable, Pompée gagne le sud de l’Italie. Les consuls et une part du Sénat le suivent. Rome se réveille sans ses magistrats.

La rédaction 17 janvier 49 av. J.-C. 4 min de lecture
Buste en marbre de Pompée le Grand, coiffure caractéristique en épis dressés à la façon d’Alexandre.
Buste de Pompée le Grand (Gnaeus Pompeius Magnus), copie posthume du Ier s. apr. J.-C. d’un original du Ier s. av. J.-C., Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague — photo Richard Mortel, CC BY 2.0 (Wikimedia Commons).

Rome se vide. Depuis hier, une part de ses magistrats et de ses sénateurs a quitté la Ville pour le sud de l’Italie, à la suite de Cnaeus Pompée. On dit ce dernier convaincu que Rome ne peut être tenue : sans mur en état de soutenir un siège, sans troupes rassemblées pour la défendre, il aurait résolu de ne pas s’y laisser enfermer et de porter la résistance ailleurs, plus au sud.

Les deux consuls, Caius Claudius Marcellus et Lucius Cornelius Lentulus Crus, ont pris la route à leur tour. Avec eux partent nombre de pères conscrits, familles et bagages. On voit, depuis deux jours, des attelages chargés franchir les portes vers le sud, et l’on rapporte que certains sont sortis à la nuit, sans le train qui sied à leur rang. La Ville, qui d’ordinaire retient ses grands, les regarde s’en aller.

Ce que veut Pompée, à qui le Sénat a confié la charge des armes, n’est pas dit clairement. Ses proches parlent de rassembler des forces là où on peut les lever, loin d’un ennemi qui descend, et de ne rien risquer d’irréparable sous les murs de Rome. Ses adversaires y voient un abandon. Entre les deux, la Ville ne sait qu’entendre.

Reste une question que chacun se pose à voix basse : qu’advient-il du Trésor ? On assure, dans l’entourage des consuls, que l’ordre a été donné d’emporter l’argent public et les réserves du temple de Saturne, afin qu’ils ne tombent pas aux mains de qui marche sur la Ville. D’autres soutiennent, sous toute réserve, que le départ s’est fait dans une telle hâte que l’aerarium serait demeuré sur place, ses portes à peine gardées. Nous ne sommes pas en mesure de trancher : les deux versions courent ce matin sans que rien les départage.

Nul ne sait davantage où se fixeront les fugitifs. On nomme telle ville de Campanie, tel port des côtes du sud ; ce ne sont que des noms lancés, que nous nous gardons de donner pour sûrs. Le bruit veut aussi que Pompée compte lever des légions dans les régions qui lui sont fidèles, mais où et en quel nombre, personne ici ne saurait le dire.

Il faut mesurer ce qui se joue. Une ville dont les consuls et le Sénat s’absentent n’est plus tout à fait elle-même. Les tribunaux se dégarnissent, les affaires s’arrêtent, et l’on entend, sur le Forum, cette phrase qui inquiète : la République aurait-elle fui ? Ceux qui restent — et ils sont nombreux, car tous ne peuvent partir — se demandent qui, désormais, parle au nom de Rome, et à qui obéira la Ville si un autre s’y présente.

Nous nous en tenons à ce qui se voit : des départs, une charge des armes remise à Pompée, deux consuls sur les routes du sud. Le reste — le sort du Trésor, le lieu du refuge, ce qui suivra — n’est encore que rumeur, et nous le rapportons comme telle.

Le contexte

Le senatus consultum ultimum, voté au début du mois, a chargé les magistrats et Pompée de veiller au salut de la République face à César.

La nouvelle du franchissement en armes du cours d’eau qui borne la province, puis de la prise d’Ariminum sans combat, est parvenue à Rome ces derniers jours et y a semé la stupeur.

Le Trésor public (aerarium) est conservé dans le temple de Saturne, au pied du Capitole ; il garde aussi les réserves sacrées de la Ville.

État des informations

Cette édition rapporte ce qui se dit et se voit à Rome dans les jours de la crise, du 7 au 17 janvier. Elle distingue les faits établis des rumeurs, assume ce qu’elle ignore, et ne préjuge en rien de la suite, que personne ne connaît encore.

Ce que l’on sait

  • Pompée juge Rome indéfendable et a quitté la Ville pour le sud de l’Italie.
  • Les consuls Caius Marcellus et Lucius Lentulus, ainsi qu’une partie du Sénat, ont suivi ou s’apprêtent à suivre.
  • La charge des armes a été confiée à Pompée par le Sénat.

Ce que l’on ignore

  • Où Pompée et les magistrats comptent se fixer.
  • Si le Trésor a été emporté ou laissé sur place dans la précipitation.
  • Jusqu’où César poussera, et s’il y aura combat.
  • Qui gouverne, de fait, une Ville privée de ses magistrats.

Sources historiques utilisées

primary

Guerres civiles, livre II

Appien d’Alexandrie · 160

Départ de Pompée, des consuls et des sénateurs ; ordre d’emporter les fonds publics et les offrandes.

primary

Vie de Pompée

Plutarque · 100

Évacuation de Rome, décision de ne pas défendre la Ville ; désordre du départ.

primary

La Guerre civile, livre I

Jules César · -45

Fuite des magistrats, Trésor laissé au temple de Saturne selon César.

secondary

Guerre civile de César

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Chronologie de janvier 49 : évacuation de Rome, départ des consuls et de Pompée vers le sud.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Aujourd’hier »

La rédaction · 2026

Les formulations à chaud imitent un média du moment ; l’incertitude sur le sort du Trésor et le lieu du refuge est tenue ouverte, conformément à ce qu’on pouvait savoir le 17 janvier.

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