Rome se vide : Pompée, les consuls et le Sénat quittent la Ville
Jugeant la Ville indéfendable, Pompée gagne le sud de l’Italie. Les consuls et une part du Sénat le suivent. Rome se réveille sans ses magistrats.
Rome se vide. Depuis hier, une part de ses magistrats et de ses sénateurs a quitté la Ville pour le sud de l’Italie, à la suite de Cnaeus Pompée. On dit ce dernier convaincu que Rome ne peut être tenue : sans mur en état de soutenir un siège, sans troupes rassemblées pour la défendre, il aurait résolu de ne pas s’y laisser enfermer et de porter la résistance ailleurs, plus au sud.
Les deux consuls, Caius Claudius Marcellus et Lucius Cornelius Lentulus Crus, ont pris la route à leur tour. Avec eux partent nombre de pères conscrits, familles et bagages. On voit, depuis deux jours, des attelages chargés franchir les portes vers le sud, et l’on rapporte que certains sont sortis à la nuit, sans le train qui sied à leur rang. La Ville, qui d’ordinaire retient ses grands, les regarde s’en aller.
Ce que veut Pompée, à qui le Sénat a confié la charge des armes, n’est pas dit clairement. Ses proches parlent de rassembler des forces là où on peut les lever, loin d’un ennemi qui descend, et de ne rien risquer d’irréparable sous les murs de Rome. Ses adversaires y voient un abandon. Entre les deux, la Ville ne sait qu’entendre.
Reste une question que chacun se pose à voix basse : qu’advient-il du Trésor ? On assure, dans l’entourage des consuls, que l’ordre a été donné d’emporter l’argent public et les réserves du temple de Saturne, afin qu’ils ne tombent pas aux mains de qui marche sur la Ville. D’autres soutiennent, sous toute réserve, que le départ s’est fait dans une telle hâte que l’aerarium serait demeuré sur place, ses portes à peine gardées. Nous ne sommes pas en mesure de trancher : les deux versions courent ce matin sans que rien les départage.
Nul ne sait davantage où se fixeront les fugitifs. On nomme telle ville de Campanie, tel port des côtes du sud ; ce ne sont que des noms lancés, que nous nous gardons de donner pour sûrs. Le bruit veut aussi que Pompée compte lever des légions dans les régions qui lui sont fidèles, mais où et en quel nombre, personne ici ne saurait le dire.
Il faut mesurer ce qui se joue. Une ville dont les consuls et le Sénat s’absentent n’est plus tout à fait elle-même. Les tribunaux se dégarnissent, les affaires s’arrêtent, et l’on entend, sur le Forum, cette phrase qui inquiète : la République aurait-elle fui ? Ceux qui restent — et ils sont nombreux, car tous ne peuvent partir — se demandent qui, désormais, parle au nom de Rome, et à qui obéira la Ville si un autre s’y présente.
Nous nous en tenons à ce qui se voit : des départs, une charge des armes remise à Pompée, deux consuls sur les routes du sud. Le reste — le sort du Trésor, le lieu du refuge, ce qui suivra — n’est encore que rumeur, et nous le rapportons comme telle.