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Un magistrat ne saurait dicter sa loi au Sénat

Nul général, si couvert de lauriers soit-il, ne peut garder ses légions et poser ses conditions à la République. Le devoir est de désarmer et de se soumettre à la loi commune.

Manius Acilius Glabrio, ancien préteur 7 janvier 49 av. J.-C. 5 min de lecture

On me presse, dans les portiques et jusque sur les degrés de la Curie, de reconnaître au proconsul des Gaules un mérite qui le placerait au-dessus des lois. J’en conviens sans peine : ses campagnes ont porté nos aigles au bout du monde, et Rome lui doit des victoires. Mais je le dis avec la fermeté que réclame l’heure : aucun exploit ne dispense un citoyen d’obéir, et aucune gloire ne fait d’un magistrat le maître du Sénat.

La question qui nous occupe n’est pas de savoir si César a bien servi. Elle est de savoir s’il consentira à faire ce que tout imperator a fait avant lui : rendre son commandement au terme fixé, congédier ses troupes, et se présenter au peuple en simple citoyen. Voilà la seule voie que le mos maiorum nous a léguée. Nos pères ne l’ont pas tracée par méfiance envers les grands hommes, mais parce qu’ils avaient compris que la liberté meurt le jour où l’on excepte quelqu’un de la règle commune.

Or que réclame-t-on en son nom ? De briguer le consulat sans quitter sa province ni licencier son armée. C’est demander à la République qu’elle traite avec un homme en armes comme on traite avec un roi. Réfléchissons à ce que signifie une telle prétention. Celui qui garde ses légions pendant qu’il postule n’attend pas un suffrage : il le prend de force. Un peuple qui vote sous la garde des armes ne choisit plus, il obéit.

On m’objecte l’exemple de Pompée, à qui l’on n’a pas retiré son commandement. Mais Pompée sert sous l’autorité du Sénat, aux frontières où le Sénat l’a placé, et il n’a jamais fait dire qu’il refuserait de désarmer si l’ordre lui en était donné. La différence est tout entière là : Pompée, lui, obéit au Sénat quand celui-ci le lui demande ; César, au contraire, entend imposer ses propres conditions.

Le Sénat a parlé. Devant la menace, il a pris la mesure grave que nos institutions réservent aux périls extrêmes, et chargé les magistrats de veiller à ce que l’État ne souffre aucun dommage. On criera à la dureté. Je réponds que la dureté serait de laisser un citoyen dicter ses volontés au corps qui, depuis la fondation, délibère pour tous. Le senatus consultum ultimum n’est pas une arme de faction : c’est le dernier rempart de l’ordre, et il vaut contre quiconque, fût-il le plus illustre.

On invoque aussi les tribuns, et leur veto qu’on dit méprisé. Que les défenseurs du peuple soient sacrés, nul ne le conteste plus que moi. Mais l’inviolabilité de leur personne n’a jamais fait d’eux les instruments d’un proconsul absent, ni d’un veto l’ordre de tenir la République en suspens au bénéfice d’un seul. On ne couvre pas du manteau des tribuns la cause d’un général qui campe aux portes de l’Italie.

Que César désarme, et il n’a rien à craindre : les lois qui protègent le dernier des citoyens le protégeront aussi. Qu’il vienne en homme privé plaider sa candidature, et le Forum l’écoutera. Nous ne demandons rien d’extraordinaire ; nous demandons l’ordinaire, ce que la coutume exige de tous. C’est celui qui refuse l’ordinaire qui se met de lui-même hors du droit commun.

Car il faut le dire nettement : celui qui, sommé par le Sénat de licencier son armée, la conserve et s’en autorise pour traiter d’égal à égal avec la patrie, celui-là cesse d’être un magistrat de la République. Il n’a plus de titre que sa force. Qu’il agisse comme il l’entend : je ne connais que son devoir, non son dessein. Et le devoir est dans la soumission à la loi, non dans les conditions qu’on lui oppose.

Je n’ignore pas qu’une autre voix s’élève, qui plaide l’inviolabilité des tribuns et fait de César le lésé de cette affaire. Qu’on la lise, et qu’on la pèse. Pour moi, je tiens que la liberté n’existe que sous la loi, et que la loi ne vaut rien si l’on en dispense quiconque. Ôtez ce principe, et vous n’aurez plus une République. Vous aurez un maître, et il faudra ensuite subir tous ceux qui voudront l’imiter.

Le contexte

Depuis des mois, le Sénat, où pèsent les optimates rangés derrière Pompée, exige que César, proconsul des Gaules, licencie ses légions avant de briguer le consulat. César demande au contraire de conserver son commandement jusqu’à son élection.

Dans les premiers jours de janvier, le Sénat a voté le senatus consultum ultimum, cette disposition d’exception qui enjoint aux magistrats de veiller au salut de l’État. Les tribuns Marc Antoine et Quintus Cassius Longinus, favorables à César, ont opposé leur veto avant de quitter Rome.

Le mos maiorum — la coutume des ancêtres — veut qu’un imperator dépose son commandement et congédie son armée avant de rentrer dans la Ville et de se présenter aux suffrages.

État des informations

Cette tribune est l’opinion signée d’un sénateur proche des optimates, non la position du journal. Elle défend une thèse dans le débat du moment et ne préjuge pas de la suite, que personne ne connaît encore.

Ce que l’on sait

  • Le Sénat exige de César qu’il licencie son armée avant de se porter candidat au consulat ; César refuse de désarmer sans garantie.
  • Un senatus consultum ultimum a été voté dans les premiers jours de janvier, chargeant les magistrats de préserver l’État.
  • Les tribuns Marc Antoine et Quintus Cassius Longinus ont opposé leur veto, puis ont quitté Rome.
  • Pompée détient un commandement conféré par le Sénat.

Ce que l’on ignore

  • Ce que fera César maintenant qu’il est sommé de désarmer : nul à Rome ne le sait.
  • Si un accord reste possible entre le Sénat et le proconsul.
  • Comment le peuple et les autres provinces accueilleront la fermeté du Sénat.

Sources historiques utilisées

primary

Bellum Civile, livre I

Jules César · -45

Exposé des exigences réciproques entre César et le Sénat sur le licenciement de l’armée et la candidature au consulat (ch. 1-9).

primary

Vie de César

Plutarque · 120

Négociations de janvier, senatus consultum ultimum, fuite des tribuns (ch. 30-32).

secondary

Guerre civile de César

Wikipédia · 2024

Contexte institutionnel de la crise, senatus consultum ultimum, position des optimates et de Pompée.

secondary

Senatus consultum ultimum

Wikipédia · 2024

Nature et usage de la disposition d’exception invoquée par le Sénat.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

La rédaction · 2026

Tribune d’opinion attribuée à une plume optimate fictive mais plausible (Manius Acilius Glabrio, ancien préteur), imitant l’argumentaire des adversaires de César en janvier 49 av. J.-C. Aucun propos réel ne lui est prêté.

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