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Le roi de Reims se tait : depuis bientôt un an, nul secours n’est venu pour la Pucelle

Elle l’a mené au sacre de Reims ; lui n’a rien fait paraître pour elle. Voilà bientôt un an que la Pucelle a été prise à Compiègne, vendue aux Anglais pour dix mille livres — une rançon de prince — et amenée à Rouen. De la cour de Charles de Valois, on n’a vu venir ni offre de rachat, ni démarche, ni parole publique. Ce silence, tandis que le procès presse l’accusée de se soumettre, interroge : embarras, impuissance, calcul, ou captive que l’Église réclame et que nul prince ne peut plus racheter ?

Le chroniqueur judiciaire 12 mai 1431, 08h00 6 min de lecture

Il y aura bientôt un an, jour pour jour, que la Pucelle est tombée aux mains de l’ennemi. Le 23 mai de l’an passé, devant Compiègne, elle fut arrachée de sa selle et faite prisonnière comme elle couvrait la retraite des siens. Depuis, elle a changé de geôle, passé aux Anglais, gagné Rouen ; et de tout ce temps, de la cour de celui qu’elle mena au sacre, rien n’est venu. Ni héraut, ni lettre ouverte, ni offre de rachat que l’on connaisse.

On la dit vendue pour dix mille livres. La somme est celle qu’on paie pour un prince du sang, non pour une fille de laboureur de Lorraine : elle dit assez le prix que le parti anglais attachait à la tenir. Or c’est un usage de la guerre que le camp d’un captif propose sa rançon et le rachète avant que l’autre en dispose. Ici, ce recours-là n’a pas été tenté au grand jour, ou du moins nul n’en a rien su.

Aujourd’hui, tandis que les juges de Rouen, après avoir menacé l’accusée de la question sans l’y soumettre, la pressent toujours de se rendre à l’Église, ce silence de la cour de Bourges pèse plus qu’il ne pesait. Il se prête à plusieurs lectures, et aucune, à cette heure, ne s’impose aux autres.

Un an de captivité, et pas un héraut

Rappelons le chemin. Prise devant Compiègne le 23 mai 1430 par les gens du comte de Ligny, messire Jean de Luxembourg, l’accusée fut d’abord retenue par les Bourguignons. On la mena de Beaulieu à Beaurevoir, châteaux du Luxembourgeois, où elle demeura des mois. C’est de là qu’elle passa aux Anglais, qui la voulaient et la payèrent : dix mille livres tournois, dit-on, comptées pour l’avoir.

De Beaurevoir à Rouen, la Pucelle a donc traversé tout ce temps sans qu’on sache une seule démarche faite pour elle du côté de Charles de Valois. Un prince captif se rachète : les rançons se traitent d’ordinaire de camp à camp, par hérauts et par lettres. Rien de tel n’a paru ici. Nul envoyé n’est venu à Beaurevoir ni à Rouen offrir de l’argent pour la Pucelle ; nulle parole publique n’a été prononcée en sa faveur par ceux qu’elle a servis. Le fait, à Rouen, on le tient pour constant : de la cour du roi de Reims, on n’a rien vu venir.

Trois manières de lire un silence

Faut-il y voir de l’embarras ? La Pucelle a rendu à Charles de grands services, mais elle était devenue encombrante avant même sa prise. Après le sacre, l’assaut manqué devant Paris, à l’automne de 1429, avait brisé l’élan de ses armes ; on assure qu’à la cour, ceux qui traitent avec les Bourguignons voyaient d’un mauvais œil cette inspirée qui poussait à la guerre quand eux cherchaient l’accord. Une envoyée du ciel qu’un tribunal d’Église instruit pour hérésie n’est pas une alliée commode à réclamer tout haut.

Faut-il y voir de l’impuissance ? Le roi de Reims tient une part du royaume, non le tout ; ses finances sont maigres, ses capitaines occupés, et Rouen est au cœur des terres anglaises. Racheter une prisonnière que l’ennemi ne veut pas rendre, fût-ce à prix d’or, n’est pas au pouvoir de qui ne tient ni la place ni la route. Il se peut que Charles n’ait pas les moyens d’une démarche que l’adversaire eût de toute façon repoussée.

Faut-il y voir du calcul ? On peut penser qu’un prince ménage ses deniers et sa réputation, et qu’il lui coûte moins de laisser aller une captive dont la gloire l’éclipsait que de la disputer à grand bruit. On peut le penser ; on ne peut le prouver. Nul, hors du Conseil du roi, ne sait ce qui s’y dit ni ce qui s’y décide, et ce qui se tait ne se lit pas.

Une captive que l’on ne rachète pas ?

Il faut ici corriger l’image d’une simple prisonnière de guerre qu’on laisserait sans rançon. Dès le lendemain de la prise de Compiègne, l’Église a réclamé l’accusée. On rapporte que, le 26 mai de l’an passé, l’Université de Paris et l’inquisiteur écrivirent pour qu’on livrât cette femme au jugement de l’Église, comme suspecte d’hérésie. Une accusée que l’Inquisition demande n’est plus tout à fait un captif ordinaire : elle échappe, en partie, à la logique des rançons. On ne rachète pas à prix d’argent une personne que le bras d’Église veut faire comparaître pour la foi.

Cette part de vérité doit tempérer le reproche. L’absence de secours ne prouve pas, à elle seule, un abandon voulu. On peut se taire par calcul, mais aussi parce qu’il n’y a plus rien à tenter une fois l’Église saisie. Et l’on aurait tort de croire les longues captivités rares en ce temps : le duc Charles d’Orléans, pris à Azincourt voilà quinze ans, est encore aujourd’hui prisonnier en Angleterre, sans que sa rançon ait pu être réunie. Demeurer longtemps aux mains de l’ennemi n’est point, en soi, la marque d’un roi qui délaisse les siens.

Reste que le duc d’Orléans, lui, n’est pas traduit devant des juges d’Église pour ses voix et son habit. La comparaison rassure d’un côté et laisse l’autre entier : on comprend qu’on ne rachète pas vite un prince ; on comprend moins qu’on ne dise pas un mot pour celle qui vous a mené au sacre.

Ce que ce silence laisse ouvert

Voilà où l’on en est. La Pucelle attend, aux fers, dans la tour du château, cependant que les docteurs la pressent de se soumettre. De Bourges, aucune voix. Est-ce l’embarras d’un roi devant une inspirée devenue gênante, l’impuissance d’un prince qui ne tient ni la ville ni la bourse, le froid calcul de qui préfère se taire, ou l’effet d’une cause que l’Église a soustraite au négoce des rançons ? Chacune de ces lectures trouve, à Rouen, qui la défend.

On saura peut-être un jour ce que le Conseil du roi a pesé dans l’ombre. À cette heure, on ne le sait pas. Ce que l’on voit, c’est une accusée seule devant ses juges, et une cour qui, jusqu’ici, n’a rien fait paraître pour elle.

Le contexte

Par le traité de Troyes (1420), le dauphin Charles avait été écarté de la succession au profit du roi d’Angleterre et de sa descendance, fondant la double monarchie.

La Pucelle fit lever le siège d’Orléans en mai 1429, puis conduisit le dauphin se faire sacrer roi à Reims le 17 juillet 1429.

Prise devant Compiègne le 23 mai 1430 par les gens de Jean de Luxembourg, comte de Ligny, elle fut retenue par les Bourguignons, puis vendue aux Anglais et transférée à Rouen.

Rouen est aux mains des Anglais depuis la conquête de la Normandie (1419) ; l’accusée y est détenue dans la prison du château, sous garde anglaise.

État des informations

Cette analyse est datée du 12 mai 1431, alors que les juges, après avoir menacé l’accusée de la question sans l’y soumettre, la pressent de se soumettre à l’Église. Elle constate un silence — l’absence, à cette date, de toute démarche royale publiquement connue — et pèse plusieurs explications sans en retenir aucune pour certaine. Elle ne préjuge en rien de ce que décidera la cour de Charles ni de l’issue de l’instruction.

Ce que l’on sait

  • La Pucelle fut prise devant Compiègne le 23 mai 1430 par les gens de Jean de Luxembourg, comte de Ligny, et retenue d’abord par les Bourguignons.
  • Elle fut ensuite remise aux Anglais contre une forte somme, que l’on dit de dix mille livres tournois, et amenée à Rouen pour y être jugée.
  • À ce jour, aucune démarche publique de la cour de Charles de Valois — offre de rachat, ambassade ou parole ouverte — n’est connue en faveur de l’accusée.
  • Le procès se poursuit à Rouen ; après avoir menacé l’accusée de la question sans l’y soumettre, les juges la pressent de se soumettre à l’Église.

Ce que l’on ignore

  • On ignore ce qui s’est dit et décidé dans le Conseil du roi à propos de la captive : ses délibérations demeurent secrètes.
  • On ne sait ce que Charles de Valois pense ou projette touchant l’accusée, ni ce qu’il attend de son procès.
  • On ne peut établir si une rançon ou une démarche fut jamais offerte en secret pour la Pucelle ; rien de tel n’a paru au grand jour.

Sources historiques utilisées

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Jeanne d’Arc — encyclopédie Wikipédia (FR)

Consulté pour la capture devant Compiègne (23 mai 1430), la détention à Beaulieu et Beaurevoir chez Jean de Luxembourg, la remise aux Anglais contre dix mille livres tournois, le transfert à Rouen et le calendrier du procès jusqu’à mai 1431.

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Charles VII a-t-il abandonné Jeanne la Pucelle ? — montjoye.net

Consulté pour la discussion des hypothèses sur l’absence de secours royal — embarras, impuissance, calcul — et pour le rappel des longues captivités non rachetées de ce temps, tel Charles d’Orléans prisonnier en Angleterre depuis Azincourt.

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Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Cette analyse imite le décryptage d’un chroniqueur de mai 1431. Aucune information postérieure au 12 mai 1431 n’y est introduite ; le silence de la cour de Charles est constaté à cette date et non refermé, et les hypothèses sont pesées sans qu’aucune soit donnée pour certaine.

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