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M. Paul Reynaud forme un gouvernement à courte majorité

Au lendemain de la démission de M. Daladier, c’est à M. Paul Reynaud que le président de la République a confié la présidence du Conseil. Investi cet après-midi par la Chambre, le nouveau cabinet ne tient, dit-on, qu’à une voix de majorité. M. Daladier conserve la Défense nationale. Le pays, en guerre depuis l’automne, se cherche un gouvernement de combat.

Notre rédaction 22 mars 1940, 20h00 5 min de lecture
Portrait photographique de Paul Reynaud, président du Conseil, en 1940.
Paul Reynaud en 1940. Auteur anonyme, photographie d’époque — domaine public (Wikimedia Commons).

C’est fait : la France a de nouveau un gouvernement. Hier, au sortir d’une crise ouverte par la démission de M. Édouard Daladier, le président Lebrun a appelé M. Paul Reynaud à former le ministère. Le cabinet constitué dans la soirée s’est présenté cet après-midi devant la Chambre des députés, qui lui a accordé son investiture — mais d’une majorité si mince que le scrutin a tenu l’hémicycle en haleine jusqu’au dernier bulletin.

La crise remonte au 20 mars. Ce jour-là, M. Daladier, après un débat où la confiance lui parut se dérober, a remis sa démission au chef de l’État. Le cabinet, qui dirigeait le pays depuis avril 1938 et conduisait l’effort de guerre depuis septembre, n’a pas survécu au malaise né de l’affaire de Finlande. Tandis que l’Armée rouge tenait en échec, durant tout l’hiver, la résistance finlandaise, l’opinion et une partie de la Chambre s’étaient prises à espérer un secours français. La paix imposée à Helsinki par Moscou voici quelques jours — l’armistice a été conclu le 12 de ce mois — a laissé un goût d’occasion manquée. C’est sur ce terrain, et sur la conduite générale de la guerre, que la confiance s’est dérobée sous les pieds du président du Conseil sortant.

M. Reynaud n’est pas un inconnu dans cette querelle. Ministre des Finances du cabinet déchu, il s’était fait, de longue date, l’avocat d’une politique extérieure ferme et d’une conduite plus résolue des opérations ; on le rangeait parmi ceux qui, au temps des accords de Munich, jugeaient que la France cédait trop. C’est cet homme-là que le chef de l’État a choisi pour reprendre en main un effort de guerre que beaucoup, dans le pays, trouvent trop lent à se déployer.

Mais l’investiture obtenue cet après-midi ne ressemble guère à un plébiscite. Les chiffres proclamés du scrutin — 268 voix pour, 156 contre, et plus de cent abstentions — donnent, certes, l’avantage au gouvernement ; mais les abstentions sont si nombreuses, et le soutien si composite, que l’on prête déjà au président de la Chambre lui-même le mot, recueilli dans les couloirs, qu’il n’était « pas très sûr » que la majorité fût acquise. C’est dire la fragilité de l’attelage plus que l’écart des voix. Une partie des radicaux et des bancs de droite a refusé sa confiance au nouveau cabinet ; ce sont surtout les voix socialistes qui l’ont fait passer. Rarement gouvernement aura pris ses fonctions sur une assise aussi resserrée.

Pour conjurer cette fragilité, M. Reynaud a fait le choix de la continuité autant que du renouvellement. M. Daladier, qu’il remplace à la tête du gouvernement, demeure au ministère de la Défense nationale et de la Guerre : celui qui a porté l’effort militaire depuis l’automne en conserve la charge. Le nouveau président du Conseil, lui, prend en main les Affaires étrangères, qu’il joint à ses fonctions. Le cabinet se veut d’union, large assez pour rassembler des concours qui hier se faisaient la guerre.

Reste à savoir si pareil attelage tiendra. Une majorité d’une voix est une majorité, mais c’est aussi une fragilité de tous les instants, qui interdit l’erreur et laisse peu de marge aux dissensions. La nation est en guerre ; elle attend de ses gouvernants moins des combinaisons que des actes. M. Reynaud le sait, qui a hérité, avec le pouvoir, d’une Chambre divisée et d’un pays qui se demande quand et comment la guerre, jusqu’ici si étrangement immobile, prendra son vrai visage.

Le contexte

La France et le Royaume-Uni sont en guerre contre l’Allemagne depuis le 3 septembre 1939, après l’invasion de la Pologne ; le front occidental est demeuré, depuis, étrangement calme.

Le cabinet de M. Édouard Daladier dirigeait le pays depuis avril 1938 ; il avait conduit la France dans la guerre à l’automne 1939.

L’URSS a attaqué la Finlande le 30 novembre 1939 ; après un hiver de combats, Helsinki a dû conclure un armistice avec Moscou le 12 mars 1940. La non-intervention française dans ce conflit a nourri la crise qui a précipité la démission du gouvernement Daladier le 20 mars.

Le 21 mars, le président de la République, M. Albert Lebrun, a appelé M. Paul Reynaud à former le nouveau cabinet.

État des informations

Cet article s’en tient à ce qui est connaissable au soir du 22 mars 1940 : un gouvernement formé, une investiture arrachée de justesse, une répartition des grands portefeuilles. Il ne préjuge ni de la solidité du nouveau cabinet ni de ce que sera la conduite de la guerre. Les chiffres du scrutin sont donnés comme rapportés, dans l’attente du compte rendu officiel.

Ce que l’on sait

  • Le gouvernement de M. Édouard Daladier a démissionné le 20 mars 1940.
  • M. Paul Reynaud a été appelé par le président Lebrun à former le gouvernement le 21 mars 1940 ; le cabinet a été constitué le même jour.
  • Le nouveau cabinet a obtenu l’investiture de la Chambre le 22 mars 1940, à une très courte majorité.
  • M. Édouard Daladier conserve le ministère de la Défense nationale et de la Guerre.
  • M. Reynaud cumule la présidence du Conseil et le ministère des Affaires étrangères.
  • La crise est née du malaise consécutif à la non-intervention française en Finlande, après l’armistice soviéto-finlandais du 12 mars 1940.

Ce que l’on ignore

  • La stabilité et la durée du gouvernement Reynaud sont incertaines : une majorité aussi étroite peut se défaire à tout moment.
  • On ignore quelle conduite de la guerre le nouveau cabinet imprimera, et avec quels résultats.
  • Le décompte exact du scrutin d’investiture est diversement rapporté ; le détail des votes par groupe n’est pas pleinement établi.

Sources historiques utilisées

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Gouvernement Paul Reynaud — Wikipédia

Consulté pour la formation du cabinet (démission de Daladier le 20 mars, formation du gouvernement Reynaud le 21 mars), l’investiture du 22 mars à une voix de majorité (mot d’Herriot rapporté par de Gaulle), le maintien de Daladier à la Défense nationale et le cumul des Affaires étrangères par Reynaud.

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Paul Reynaud — Wikipédia

Consulté pour le parcours de Paul Reynaud, sa position d’avant-guerre face à Munich, son passage aux Finances dans le cabinet Daladier et son accession à la présidence du Conseil en mars 1940.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule la dépêche du soir du 22 mars 1940, au lendemain immédiat de l’investiture, sans rien préjuger de la suite. Les chiffres du scrutin sont donnés comme rapportés, dans l’attente du compte rendu officiel.

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22 mars 1940, 22h0011 min